‹ Jean Calvin, les hommes et les choses de son temps (volume 4)Chapitre 109 sur 149 · Lf. scotismf · texte numérisé non relu

Lf. scotismf

Les textes précédents et les réflexions qu'ils suggèrent répondent déjà, en partie, à un reproche que l'on retrouve presque partout : Calvin aurait professé l'idée scotiste sur Dieu, sur le Dieu-

M. le professeur Viénot ^ dit : « C'est à Scot que Calvin parait avoir emprunte son idée de

1. WarficUl, Tlie Theology of Calvin, dans Calvin as a Theologlati and Calvinism lo day. p. 25. - i. Bohatec, p. 354- :{. Ofiera XLIII, p. 274, 275. - 4. Leçons et expositions familiires de Jean Calvin sur les douze petits propliites, 1563. Jonas IV, 6, 7, 8. - S. Le professeur John Viénot, Calvin et la co,,science moderne. Leçon d-ouverture dans la séance de rentrée des cours de la Faculté libre de théologie prolestante de Paris, le s novembre 1909.

^2 APPENDICE

Dieu, considérd' comme une volonté toiitc-puissanto, dont il est absurde et impie de discuter les motifs détemiinants. '. » — C'est la critique de professeurs de langue allemande, comme M. Barth : « La théorie de Jean Duns Scot... était le propre fondement de sa doctrine - ; » d'auteurs de langue anglaise comme Irwin : « Professant, ainsi qu'il le faisait, la théorie de D. Scot, etc. ; » comme M. Walker : « Ce dogme scotiste de la légitimité de tout ce que Dieu veut par cela seul qu'il le veut ■',... » etc.

Nous avons exposé et discuté tout au long cette théorie, et nulle part nous n'avons rencontré ni une discussion, ni même une citation de la plupart des textes que nous avons fournis. Nous n'avons en conséquence rien à ajouter. — Tout au plus la question est-elle effleurée par le Rev. Tlieo. F. Herman, dont l'embarras suffirait à légitimer nos conclusions. « Il est vrai, dit-il, que Vliisliliition assigne des qualités morales à Dieu. Bile parle librement et (réquenimcnt de sa sainteté, de sa justice, de son amour. » Même cette phraséologie est singulière. Contentons-nousen. « Mais, ajoute l'auteur, les qualités ainsi désignées ne constituent pas la véritable essence de Dieu. Filles sont périphériques; la volonté est centrale. » C'est contraire aux déclarations particulières et à la pensée générale de Calvin. Non moins contraire est la définition de la volonté : « Une volonté pure, abstraite, qui n'est déterminée que par le caprice absolu. » Et notre auteur d'accumuler les affirmations bizarres : « Théoriquement, Calvin affirme que la volonté divine est conditionnée par la nature divine et que les attributs les plus essentiels de Dieu sont la justice et la grâce. » Voilà donc l'essence de Dieu selon Calvin; et l'auteur a eu tort, quelques lignes plus haut, de dire que la justice et la grâce n'étaient pas des attributs essentiels de Dieu, puisqu'il reconnaît que ce sont des attributs essentiels. Et l'auteur a beau ajouter que « pratiquement sa nature ne conditionne pas sa volonté; au contraire, sa volonté gouverne capricieusement son caractère, » quand ce serait exact, l'essence de Dieu, qui est une question théorique s'il en lut, serait faite de justice et de grâce. Et tout au plus Calvin aurait prêté à Dieu des contradictions pratiques. Mais ce n'est pas exact, et Calvin affirme que la justice des actes de Dieu nous apparaîtra un jour, qu'ils sont justes. — Du reste notre auteur ne peut pas ne pas reconnaître que Calvin « ne se représente pas Dieu comme sans loi, lui qui est sa loi à lui-même; » mais il croit pouvoir dire que Calvin ne tient pas compte de sa propre affirmation quand, « dans le même paragraphe, » il neutralise cette conception quasi-morale [?] de la souveraineté de Dieu, en affirmant qu'il est « impie de supposer qu'il y a quelque chose qui précède la volonté de Dieu, et de laquelle cette volonté dépendrait. » — Mais il n'y a pas là ombre de contradiction, et notre auteur commet la confusion que nous avons signalée. Il ne saurait y avoir antécédent et conséquent. Si, avant Dieu, il y a quelque chose dont Dieu dépend, Dieu n'est pas Dieu, et le Dieu, c'est ce X qui précède Dieu et l'oblige ou le contraint. — Dieu n'est jamais sans sa nature *.

En attendant, les adversaires de Calvin se livrent à une lutte acharnée contre... des moulins à vent. M. le professeur Viénot cite les lignes suivantes du doyen Stapfcr: « Si Dieu existe. Dieu est juste. Voilà ce que nous devons croire, désespérément, entendez : en dépit de tous les démentis sans cesse infligés par le spectacle du monde à une croyance si utile et si belle et malgré toutes les défaites de notre foi'".» Or ces paroles, loin d'être en contradiction avec la pensée de Calvin, pourraient lui servir d'épigraphe. Nous l'avons vu : si quelqu'un a lutté déscspéiéinenl pour maintenir la justice de Dieu, c'est Calvin.

I. Vicnot, p. 34, n. 3. — i. F. H.Trlli, p. la. — •'. Rcv. C.-II. Irwiii, John Calvin, tlie Mnii nui/ /n'a MV»/', looo, p. 179. — Williston Walker. Jrnii Calvin, l'Iionmie el l'mivie, trad. par E. et N. Wciss, 1909, p. 452. - '1. Rev. Thco. F. Ilerman, Calvin'.i Doctrine eif Ptedcstinalion dans Tlic Rrformcd Clmrcli Revieir, p. 198, 199. — -"i. Bibliolliajiie Universelle, i" mai 1909, p. 359.

Aussi bien les opposants, particulièrement compétents, se multiplient, qui réfutent le prétendu Scotisme de Calvin.

Dans une discussion spécialement complète, M. Warfield dit : « Le l'ait, que Calvin refuse de dépasser les attributs qui nous sont révélés dans les œuvres et les actes de Dieu, ne nous autorise pas à aller plus loin que lui, et, malgré ses protestations, à lui attribuer sur la nature de l'essence divine des conceptions qu'il a vigoureusement répudiées. Calvin a eu à souffrir, plus que la plupart des hommes, de ces attributions gratuites, relativement à des doctrines qu'il a solennellement reniées. Ainsi on n'a pas seulement affirmé avec persistance que, à la manière des Scotistes, il a réduit Dieu à la pure notion d'une volonté arbitraire, mais on lui a attribué, avec une égale confiance, les conceptions contraires du Déisme ou du Panthéisme.... La conception de Dieu chez Calvin est un pur et clair théisme, qui insiste sur la Transcendance et l'Immanence '. » — M. le Lie. Bohatec rappelle et approuve la déclaration de M. Scheibc : « Scheibe a décidément raison quand il relève la différence entre la liberté selon Calvin et le caprice de Scot -. » — « Dieu, dit le professeur Bavinck, n'est pas ex lex. Il prouve suffisamment sa justice en convainquant de culpabilité ceux qui le blasphèment dans leur cœur ■'. »

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