‹ Jean Calvin, les hommes et les choses de son temps (volume 4)Chapitre 112 sur 149 · Une méthode · texte numérisé non relu

Une méthode

Nous avons ici un exemple, — extrêmement remarquable, — du procédé (que nous avons signalé) qui consiste à grouper les idées de Calvin en deux séries parallèles, contradictoires, et à ne tenir compte que de l'une de ces séries, traitant l'autre comme si elle n'existait pas. Il v a, dit M. Lobstein, en propres termes, chez CaKin « un double courant religieux et dogmatique. L'un de ces courants nous entraine vers le passé, vers la religion d'autorité dont Rome est le fidèle organe et la gardienne vigilante et sévère ; l'autre, en nous ramenant à l'Evangile, nous porte vers l'avenir et nous garantit le progrès.... Les courants se rencontrent dans la conscience de nos Réformateurs et existent chez eux, sans qu'ils se doutent de l'antinomie irréductible qui règne entre l'un et l'autre ^. » — D'un côté, « notion évangélique et protestante », de l'autre, « notion scolastique et intellectualiste " ».

Ainsi deux courants, distincts, et alhiiil en sens contraire (!): du reste inliniénienl mêlés, et ceci n'est pas moins curieux et important que cela. Dans un long « passage du cent soixante-onzième sermon de Calvin sur le Deutéronome, les différents éléments » sont confondus, embrouillés : «■ 11 importe de les débrouiller et tirer au clair '. »

Autre part, « l'identification de la Parole de Dieu et de l'Ecriture sainte,... familière à Calvin,

1. Ofiera IX, p. 637. Voir Ofiera VII, p. 315, et Jean Calvin, II, p. 261. Voir Tschackert, p. 396.

i. P. Lobslein : « La connaissance religieuse, d'après Calvin.» Etude d'histoire et de dogmatiqut- (à M. E. Mûnégoz, professeur à la Facultt- de théologie protestante de Paris, hommage de confraternité religieuse et théologique), dans la Revue de théologie et de philosophie, 1909, p. 53-110.

X Ibid., p. 108. — '1. Ibid., p. 110. — ."). Ibid., p. 108, 109. — I). Ibid., p. 83. — 7. Ibid., p. 74. — C'est nous qui soulignons, ici et plus loin.

forme une des idées maîtresses de sa théologie,... et fait dévier la pensée protestante vers une conception voisine de la scolastique '. »

Autre part, M. Lobstein reconnaît que, s'il croit « rendre exactement la pensée de Calvin, » son interprétation « ne rend pas toute la pensée de Réformateur. Pour la saisir dans son intégrité, il faut la compléter dans deux directions, qui marquent un double écart de la voie royale et droite, indiquée et suivie par Calvin lui-même -. »

Mais ici comment ne pas se demander si c'est bien rendre exactement une pensée que de ne pas la rendre toute, que de ne pas la saisir dans son « intégrité », que de laisser de coté des idées maîtresses ? etc. — M. Lobstein avoue du reste loyalement que le triage, auquel il se livre, est si difticile que parfois il est impossible : « Il faut avouer que, sur ce point, il n'est pas f;icile de distinguer entre l'intérêt religieux, qui inspire et domine la christologic de Calvin, et la formule dogmatique qui sert d'expression à sa foi. L'un et l'autre se confondent si complètement que, le plus souvent, un triage est impossible; le fond et la forme sont indissolublement unis •'. »

.Malgré tout, M. Lobstein croit pouvoir tenir compte seulement d'une des deux moitiés, celle qu'il appelle protestante, à l'exclusion de l'autre, qu'il appelle scolastique. « Nous nous bornons, dir-il, à relever les aspects vraiment nouveaux et originaux de la pensée du Réformateur, ceux qu'il a indiqués, ou développés, à la suite de Luther, ou d'accord avec lui. Quant aux éléments empnintés à la tradition scolastique, il suflîra de les noter en passant, sans y insister ; bien qu'ils occupent une place considérable dans le système de Calvin, ils ne méritent pas d'être étudiés en eu.xmcmcs '. »

M. Lobstein nous excusera, mais le procédé nous parait inadmissible psychologiquement et historiquement. Abstraire d'un organisme vivant, comme la pensée de Calvin, un certain nombre de membres, d'idées, est une opération césarienne à laquelle la vie, c'est-à-dire la vérité d'aucun système ne peut résister, surtout pas celle du système de Calvin "'.

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