‹ Jean Calvin, les hommes et les choses de son temps (volume 4)Chapitre 113 sur 149 · Le SUBJhXTIVISME DU CaLVIX · texte numérisé non relu

Le SUBJhXTIVISME DU CaLVIX

Au surplus, ces deux séries de pensées, — si impossibles à séparer, — sont-elles bien en elles mêmes ce qu'elles paraissent être à M. Lobstein ?

Laissons la série des pensées dites « catholiques », etc., bien qu'il tiit peut-être nécessaire de s'entendre sur ce qu'on appelle le catholicisme. Il y a beaucoup d'erreurs et d'erreurs énormes dans le catholicisme: mais il y a de la vérité aussi et de la vérité évangélique. Ici, comme ailleurs,

I. P. Lobstein. Ibid., p. 75. — 2. Il>id., p. 82. - •!. Ibid., p. 9a. - V. Ibid., p. 58.

.T. Ici je noterai l'accord de mes réflexions sur le respect des antinomies, des contradictions apparentes et momentanées, que l'on rencontre dans la théologie de Calvin, avec les rcfle-xions du professeur K. Iloll. » L'idée de Dieu, a lil écrit, à laquelle aboutit la Justification, contient une antinomie (Patado.xie). A côté de l'idée du Dieu saint, impitoyablement exigeant, est nettement dressée l'autre idée, que Dieu est plein d'une merveilleuse bonté. Il faut penser ceci avec autant de force, et aussi complètement que cela, et sans chercher une conciliation intime. Mais cette antinomie est l'essence même de la foi chrétienne en Dieu. C'est la même antinomie que le Christ a posée, également inconciliable, entre la colère du juge et l'amour du pire. La contradiction (Gegensale) est pour nous la seule forme par laquelle nous pouvons prendre conscience de la profondeur de l'idée de Dieu. La grâce, qui a pitié de l'homme, doit se détacher, comme quelque chose de complètement nouveau, comme un miracle incompréhensible sur l'arrière-fond de la sainteté divine. Alors seulement l'amour divin est quelque chose de plus que la simple indulgence ou l'aveugle amour paternel. » (Karl Holl, Was liât die Recltlferligimgslehre dent moderiten Mensclien zu sagen ? 1907, p. 24, 25.) - Et auparavant M. Holl avait déjà écrit : « Les antinomies restent. .. L'acte religieux lui-môme contient une antinomie. Théoriquement, c'est une contradiction que l'homme, en même temps, se sente compris dans la puissance universelle de Dieu, et puisse se dresser, comme Moi, devant Dieu. Aucune logique ne peut résoudre ces antinomies. Nous touchons ici aux bornes de la connaissance humaine. Il vaut mieux les respecter et les laisser subsister à côté les unes des autres, plutôt que d'aflaiblir le sens de chacune d'elles par une conciliation qui n'a jamais réussi. » (Karl Iloll, Die Rcclilfeiiigiingslehre im Licitt der Gescitichie des Proteslantisnms, 1906, p. 4a.)

APPENDICE

le systcmc du bloc est iiuuinissiblc; et il ne suffit pas de dire : catholique! pour qu'on doive passer, comme devant une vieille erreur intellectuelle ou religieuse.

Mais la seconde série des pensées est-elle vraiment symbolo-fidéiste ? Et M. Lobstein, sans le vouloir, n'cst-il pas obligé de s'illusionner un peu pour arriver à sa surprenante conclusion ?

Exemple : « Calvin parle comme Luther. L'un et l'autre Réformateur insistent sur le caractère pratique et subjtclif de la connaissance religieuse : « Geste doctrine n'est point spéculative ( comme on dit), comme sont les sciences humaines : car là c'est assez d'avoir conçu ce qui en est, mais de ceste-ci, il faut qu'elle soit enracinée en nos cœurs '. » — Et je vois bien que M. Lobstein a écrit le mot subjectif; qu'il le répète....; « comme Luther, Calvin pleinement convaincu de la subjectivité de la connaissance religieuse -....; » — « l'intérêt spirituel qui détermine sa pensée repose uniquement sur une base morale et religieuse, c'est-à-dire subjective et téléologique 3 ; » ...mais qui a décidé que « moral et religieux » est synonyme de « subje'ctif » ? de quel droit prêter à Calvin le vocabulaire symbolo-fidéiste ? Littré définit « conceptions subjectives », celles qui « émanent directement de l'esprit, sans mélange notable des conceptions objectives. » Or jamais Calvin n'a été ainsi « subjectif », et l'étude de M. Lobstein suffit très bien à le démontrer. Dès lors, ou tous les chrétiens ont été subjectifs, parce qu'ils ont tous voulu être pratiques, moraux, pieux, ou Calvin ne l'a pas été.

Mais cela dit, nous croyons utile de reproduire ici quelques-unes des très nombreuses citations par lesquelles M. Lobstein montre l'anti-intellectualisme de Calvin. Le lecteur voudra bien les ajouter à toutes celles que nous avons déjà données nous-même : nous les groupons et examinons dans les trois paragraphes suivants:

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