‹ Jean Calvin, les hommes et les choses de son temps (volume 4)Chapitre 115 sur 149 · Le kôle de l'expérience · texte numérisé non relu

Le kôle de l'expérience

D'après Calvin, la foi est inséparable de « l'expérience », du « sentiment ». — « Job n'est point un docteur spèculalij, mais il est un vrai praticien des ciioses dont il parle, c'est-à-dire des jugements de Dieu. Ft de fait, sans ceslc cxpénence, ici nous ne pouvons pas cognoistre ne Dieu,... ne rien qui soit.... Si faut-il que nous venions à \'esf>reiive, ou nous n'aurons que des vaines spéculations.... Si nous n'avons senti que c'est de nos péchez.... Nous ne saurons pas, dis-je, un seul mot de Dieu, ouy d'affection *. » — « Qu'aurons-nous gaigné, quand nous aurons cognu subtilement que c'e.st de l'essence de Dieu et de sa majesté glorieuse, et cependant que nous ne comprendrons pas ce que nous devons sentir de luy par expérience, et ce qu'il nous déclare - ? » — « Pour ce que notre infirmité n'attouche point à la hautesse de Dieu, la description qui nous en est baillée se doit submettre à nostre capacité, pour estre entendue de nous. Or le moyen est qu'il se figure non pas tel qu'il est en soy, mais tel que nous le sentons •'. »

Il ne suffit pas d'être « convaincu par raison que Dieu est par dessus l'ordre de la nature, » comme d'une « chose qui se démontre évidemment; » il faut en être « touché >\ Dieu « veut que nous sentions qu'il est prochain '. »

Notons bien que « les iiommes ne peuvent droitement cercher Dieu, sinon quand ils le cognoissent tel qu'ils le doivent avoir senti par expérience ■'. » — « Prions Dieu qu'il nous fasse sentir h vertu de sa parole,... c'est assavoir que c'est une forteresse invincible; que nous connaissions cela par expérience". » — « Nous regardons Dieu, quand il se monstre Père et Sauveur par effect et qu'il nous en donne l'expérience tonte notoire ''. »

plus nouvelles sont des questions anciennes. Tout à l'heure, à propos du livre de M. Scha;der, c'était l'cnorine question de la théologie théocentrique ou anthopocentrique. Maintenant, à propos des relations entre l'idée et la vie, c'est la question non moins énorme de l'expérience et de l'intellectualisme. Et une fuis de plus on voit combien l.i théologie de Calvin est actuelle et moderne. » Tout fait ne comporte pas comme tel l'appellation de vérité. La vérité est cet extrait, ou ce point d'appui des faits, qui est susceptible d'être considéré par toute intelligence comme subsistant, identique ;i lui-même, indépendamment des représentations et des sentiments qui s'y trouvent associés dans les consciences individuelles. II importe à cet égard de distinguer deux sens du mot expérience. Le savant fait des expériences ; par elles, il dégage, du donné brut, des réalités dites objectives. Le mystique fait des expériences : cela signifie qu'il a conscience de passer par certains états d'àme subjectifs. La langue allemande et la langue anglaise distinguent ces deux genres d'expérience par les mots : expérience, ex/>erinient, Ertebniss, Erfahritttg. L'expérience, au sens anglais du mot, le fait d'avoir conscience de passer par tels ou tels états, a, sans doute, une réalité objective, en ce sens que tout le monde reconnaîtra que le sujet a eu conscience de passer par tels ou tels états, mais non en ce sens que ces états sont objectivement véritables, c'est-à-dire que l'idée que le sujet se fait de leur signification ou de leur cause est nécessairement juste. » — « Toute vie n'est pas par elle-même un bien. Non seulement nous sacrifions sans remords des myriades de vies engendrées par la nature, mais nous tenons la persistance de certains instincts de l'homme, de la sauvagerie, de l'ignorance, du mensonge, de l'intempérance, pour des maux que nous devons combattre. Vivre sa vie, quelle qu'elle soit, être tout ce qu'on peut être, se développer en tous sens, au hasard, ne saurait être, aux yeux de la raison humaine, l'idéal. » — Il faut donc « ne pas parler simplement de vie en général, mais d'une vie plus haute, plus noble, plus désintéressée, plus généreuse. C'est parce que telle croyance donne à la vie humaine, non seulement plus d'intensité, mais plus de valeur et de mérite, que l'on attribue à cette croyance un rapport à la vérité. Qu'est-ce à dire, sinon qu'au fait brut de la vie on joint, consciemment ou inconsciemment, un concept qui la détermine d'une certaine manière? Mais un concept, c'est un apport de l'intelligence : .Si donc, dans la notion de vie, on trouve un fondement de vérité, c'est que l'on se fait de la vie une idée qui suppose la vérité. Ce n'est pas la vie comme telle, c'est la vie imprégnée d'intelligence qui est jugée bonne, et qui confère une valeur réelle, vraie, aux moyens appropriés à son développement. » — « Il semble donc que l'action, pour être digne de l'homme, digne d'estime et d'amour, rte puisse se passer de l'intelligence, et qu'ainsi le pragmatisme ne se suffise pas à lui-même, mais requière, pour être légitime, le concours de ce même intellectualisme, qu'il prétend supplanter. » Emile Boutroux : « La vérité et la vie, » dans Foi et vie, i" décembre igog, p. 7io-7i4.

\. Opira XX.XIII, p. 625. - i. Ilnd., p. 372. - 3. Ibirt., I, xvii, 13. - 4. Ibid., XX.\1V, p. 432, 433. — .'>. Ibid., XXXV, p. 234. - 6. Ibid., XXXIII, p. 326. - 7. Ibid., XXXIV, p. 132.

APPENDICE

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