‹ Jean Calvin, les hommes et les choses de son temps (volume 4)Chapitre 116 sur 149 · L'UNITI- DE LA l'IiNSl'^K DE CaLVIN · texte numérisé non relu

L'UNITI- DE LA l'IiNSl'^K DE CaLVIN

Voici entiii une troisième série de citations, qui fait partie d'un long développement sur les rapports de la Farole et de l'Esprit de Dieu. M. I.obstein donne quelques lignes, mais il nous laut parcourir attentivement les pages elles-mêmes: « Quand Dieu nous donne sa cognoissance, sachons qu'il ne veut point qu'un tel tlirésor soit perdu, ne qu'il périsse, mais que nous le recevions pour en taire nostre />rofil. Or cependant nous avons ici à noter, que jusques à ce que Dieu ait parlé, et que nous soyons enseignez en son escliole, que nous n'aurons nulle doctrine, ne conseil, que nous serons là comme povres bestes escartées, que nous serons bref du tout conlus.... Si Dieu retire sa parole,... il n'y a plus de doctrine par laquelle Dieu nous donne une reigle certaine et infallible.... Si Dieu n'approchoit de nous, nous n'aurions nul moyen de venir à luy.... Combien que nous pourrons savoir tous les secrets de la nature, nous pourrons tracasser çà et là par tout le monde,... et cependant nous n'aurons pas le principal, c'est de cognoistre la vérité de Dieu, car elle surmonte tout esprit humain.... Voilà qui est cause que si peu de gens profittent en l'Escriture saincte, c'est qu'ils sont outrecuidez; ils sont préoccupez d'une telle fantasie d'estre bien sages et bien aigus. Or estans ainsi enyvrcz, ils mesprisent toujours la iiarolle de Dieu.... Pour ceste cause, humilions-nous.... Que toute nostre prudence soit d'obéir à Dieu.... Ceste promesse emporte aussi une condamnation pour ceux qui auront eu les oreilles battues de la parollc de Dieu, et cependant seront demeurez endurcis.... Il faudra que tout ce que nous aurons jamais ouy de la parolle de Dieu vienne en conte.... Nous n'aurons ouy sermon en toute nostre vie, que Dieu ne nous allègue au dernier jour : Comment? Combien avez-vous profité?... Soyons attentifs de recevoir la parolle, et embrasser la doctrine que le Seigneur nous monstre.... Il est vray que ceci n'est jamais accompli, jusques à tant que nostre Seigneur nous enseigne par son Sainct-Esprit, après que sa parolle nous aura este prèchée par la bouche des hommes.... Comme le soleil est aussi clair pour les aveugles que pour les autres, mais ils n'ont point la capacité de recevoir la clarté que le soleil leur apporte, ainsi en est-il de nous. Tellement que quand Dieu parle seulement par la bouche des hommes, c'est temps perdu. Il faut que le commandement soit en nostre bouche et en nostre cœur. Et comment l'aurons nous et en nostre cœur et en nostre bouche? Ce sera quand Dieu l'y aura mis par la grâce de son S. Esprit... Il n'y a qu'un seul moven d'estre illuiuincz de Dieu, afin que nous cognoissions sa volonté pour nostre salut, c'est que nous recognoissions la grâce qui nous est offerte par nostre Seigneur Jésus-Christ en l'Evangile.... Car ce n'est point assez, encores que nous ayons cogneu ce qui nous est monstre par l'Escriture saincte : mais il faut que nous en soyons touchez au vif en nos cœurs, que nous soyons certifiez de l'amour paternel de nostre Dieu. Quand cela y est, alors il n'y a plus de cachette, il n'y a plus d'obscurité en l'Escriture saincte, c'est une instruction suffisante autant qu'il est bon et propre pour nous '. »

Certes, voilà bien une pensée dans laquelle « le triage » des éléments qui la composent est impossible. Parlera-t-on d'iiilellectiialisine et de snbjeclivisme ? — Autant vaudrait essayer de séparer dans une goutte d'eau l'hydrogène et l'oxygène ! La pensée de Calvin n'est ni intellectualiste, ni subjective ; tout est objectif et religieux, tout est externe et interne, tout est idée et sentiment.

Et je conclus par une observation de M. Lobstein, heureux de me trouver ici d'accord avec lui : « A la lecture de ces déclarations si nettes, si catégoriques, sur la foi au Dieu créateur, on ne sera plus tenté de voir dans Calvin le docteur intellectualiste et le théoricien à outrance qu'a imaginé la tradition -. »

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