Rhi-utation di; la thhse
I. Mais la théorie de M. Schulze a, depuis le premier jour, perdu beaucoup de terrain. — Nous avons vu le désaveu du professeur Lang. — Le professeur Kattenbusch, dans le même numéro de la Christliche WcU, dit : « Sur ce point, Calvin n'avait rien d'original. La « méditation de » l'éternité, » la pensée de la mort et de ce qui la suit, est un des traits de la bonne piété évangélique •*. » — Le Rev. Stevenson, professeur dans le Séminaire d'Auburn, en Amérique, dit : « La chose difficile est de chercher le bien de notre prochain, et seul le renoncement à soi-même résout cette difficulté. Aucun membre de la société n'a ses droits ipowers) pour lui-même, et ne doit s'en servir dans son intérêt particulier, mais pour le profit des autres. Renoncer à soi-même pour les autres hommes, voilà ce qui devient la base de la solidarité, comme renoncer à soimême pour Dieu, voilà ce qui devient la base de la tranquille possession de soi-même : mais cela ne conduit pas à l'ascétisme K » — Le professeur Bavinck dit : « Lorsque Calvin parle du mépris de la vie présente, il entend quelque chose de tout dirtérent de ce qu'entendait la morale du moyen âge.... La vie elle-même est une « beiiedictio Dei ■'.... » « Bien est vray que nous ne la devons » jamais hayr {odio cerlc mm hahcnda iinnqiiam), sinon d'autant (qualenm) qu'elle nous détient en » sujétion (obnoxios) du péché ; combien encores que proprement cela ne luy est pas à imputer". » Considérer la vie comme une vocatio Dei est le premier principe, le fondement de toute activité morale,... et nous assure ce précieux réconfort « qu'il n'y aura œuvre si mespriséene sordide (lam scrdidum et vile) laquelle ne reluise devant Dieu et ne soit fort précieuse (qnod non coram Deo resplcndeal et pretiosissinmm babeatur) \ Ainsi Calvin voit l'ensemble de la vie plongée dans la lumière de la gloire divine.... Tous les biens de la vie sont délivrés du déshonneur, auquel les avait aban-
) Lie theol H. strathmann. Ibid., p. 200. - i. Martin Schulze, « JenseitshofTnung und Sittlichlhcit bci Calvin, » dans Die chrisll.che Wcll, .909, P- 658, 659. - Voir John S. Stahr : « The Ethics of Calvinism, » dans The Re/ormed Church Review, avril 1909, P- 229-244. " ^t- Oie christliche IVelt, .909, p. 653- - ''• Rev. J. Ross Stevenson : « Calv.n s Influence on civic and social I.ife,> dans The Aubur,, Se.„i..a.y Record, juillet ,909, p. 174- - -■ /'«"'«'«"' chrelu»»e. III, IX, 3 - 6. Le latin plus clair et plus précis dit: « quoique mûme cette haine ne doive jamais etrc^vra.ment dirigée contre la vie ellcmçme » (y««,«yHa»< ne iltud odimn proprie in ipsam converttndivn est), III, ix, 4. - 7. III, x, 6.
AAA APPENDICE
donnés le moralisme ascétique'. » — Le professeur A. Dorner dit: « On comprendrait tout à lait faussement Calvin, si l'on pensait que par la discipline ecclésiastique il voulait favoriser des penchants ascétiques, monastiques.... Ici la pensée de Calvin n'est ni théocratiquc, ni rigoriste-. » — « Max Weber, et Trôltsch, qui le suit pour l'essentiel, attribuent au calvinisme un « ascétisme intra mondain » {innerwcllliche Askese); il l'exerce dans le domaine de la vocation, en se donnant pour but la vocation elle-même. Ce n'est pas exact, en soi, parce que Calvin se préoccupe du bien du prochain, et ne voit pas une vocation dans l'acquisition de l'argent pure et simple. Si tout doit être fait pour l'honneur de Dieu, on ne peut pas appeler cela ascétisme, car le but, d'après Calvin, n'exclut pas la joie de la possession terrestre, mais elle la comprend (nichl ans- soiidern ein-schliesst) ^. » — Le professeur Schultbess-Rechberg dit : « En opposition extrême avec la tendance fondamentale ascétique du catholicisme, la Réformation considère la famille, l'Ktat, la société, la vocation civile, comme les sphères voulues de Dieu et bénies par Dieu de l'activité religieuse et morale *. »
2. M. Bohatec montre que Calvin insiste beaucoup sur le présent : Prasenlia Dei, de présente Dei aiixilio, Dcum prasentevi. — Il dit : « Insensiblement, les idées eschatologiques sont transformées.... Les passages qui, en général, sont pris dans un sens eschatologique, sont appliqués au présent,... et la formule t)'pique : Méditation de la vie future, s'échange avec les formules : Méditation de la Providence '\ Méditation des promesses de Dieu *. » — Voici du reste quelques-uns des textes signalés par M. Bohatec, et qu'il vaut la peine de reproduire en entier : Psaume XVII, 1 5 : u Je seray rassasié. Aucuns baillent icy uii sens plus subtil que propre, restreignans ceci à la résurrection dernière, comme si David remettoit à la vie à venir l'espérance de sentir en .son cœur une joye heureuse, et tenoit son désir en suspens jusque-là.» — Psaume XXXI, 19: « Dont nous recueillons qu'il n'est pas yci traitté de la béatitude éternelle qui .Utend les fidèles au ciel, mais des aides et bénéfices de Dieu qui appartiennent à la conservation de la vie présente. » — Et enfin ce texte, qui n'est ni le moins curieux, ni le moins significatif: Psaume XLIX, 21 : « L'homme est en honneur. Pour ce que le prophète pouvoit sembler avoir parlé auparavant de la vie présente en trop grand mespris, laquelle, si on l'estime en soy, est un singulier bénéfice de Dieu, il met yci comme une manière de correction.... Dont aussi nous recueillons que ce n'est que par nostre faute que nous sommes misérables en ce monde, car si nous sçavions deuement recognoistre les biens que Dieu nous fait, et en user comme il appartient, nous verrions desjà vci reluire quelques estincelles de la béatitude à venir : mais cest honneur-là périt par la corruption qui est en nous. »
3. M. Schulze caractérise le prétendu ascétisme de Calvin comme un ascétisme eschatologique. Le professeur Bavinck rappelle et constate que Calvin a eu comme une sainte horreur de l'eschatologie : " Calvin parle très peu de la réprobation. L'Institution est un livre caractérisé par une grande sobriété, complètement dépourvu de scolasticisme abstrus. Il traite toujours les doctrines de la foi dans l'union la plus intime avec la pratique de la religion. C'est spécialement vrai de l'eschatoloi^ie. Tout le monde sait que Calvin n'a jamais pu se décider à écrire un commentaire sur l'Apocalypse, et dans son lnstitutio)i il ne consacre que peu de paragraphes aux « choses dernières ''. »
4. Le prétendu ascétisme calviniste se trouve réfuté par le sens, — relevé avec insistance par
\. H. Bavinck, «Calvin and Common grâce», dans The Princeton Theological Revicii; 1909, p. 459, 460.
i. A. Dorner, p. 12. — :i. Iltid., p. 20, n. 17. — 4. Schulthess-Rechberg, p. 295. — •'>. « Pia sanctaque Providentiae meditalio. » 1559. I, xvii, 6. — « Hiijus doctrinse meditatio Ps. LXXIII. » Début : Opéra XXXI, p. 673. — 6. Bohatec, p. 42<) - '. Bavinck, The Princeton llienlogical Rtview, 1909, 45g.
divers auteurs, — de Calvin pour la nature, pour la réalité. Le professeur UoW dit : « Il sentait, avec son cœur, la réalité du monde, et avait l'œil ouvert à sa beauté. Un sentiment de la vie, sentiment sain, qui provenait de la volonté morale, le remplissait, et son sens de la nature n'était pas émoussé'. » — M. le professeur Barth dit: « Un des caractères principaux de la culture moderne, c'est le sens de la réalité, telle qu'elle nous apparaît dans la nature et dans l'histoire.... Or c'est précisément une propriété originale de la piété calviniste qu'elle découvre dans le monde réel, qui nous entoure, les traces du Dieu vivant, et glorifie en elles avec humilité son gouvernement.... Aussi Calvin regarda sans crainte les mystères de l'existence, la misère physique et morale des hommes.... Avec le même courage, il regarde l'histoire face à face. Il voit en elle le royaume de Dieu, une histoire réelle, que le suprême souverain, d'une main ferme, conduit à un but prévu. Et cette joie que donne la réalité, dans la conscience de son arrière-fond divin, Calvin l'a léguée à la culture de tous les peuples réformés -. » — Le pasteur Lie. Hadorn dit : « Hn établissant la moralité sur le fondement de l'Ecriture sainte, Calvin l'a par cela même réconciliée avec la nature.... C'était sa conviction inébranlable que l'absolue soumission à la volonté divine contribue au salut de l'homme dans tous les domaines, qu'elle ne comprime pas l'homme, mais qu'elle le qualifie au contraire pour le libre développement de toutes ses aptitudes et de toutes ses énergies ^. »
La doctrine du serf-arbitre.
Le problème de la liberté est le grand problème de l'anthropologie. M. le licencié Bohatec montre que les préoccupations de Calvin ressemblent fort aux préoccupations modernes. On pourrait peut-être ajouter que les solutions modernes ressemblent fort aux solutions de Calvin, en ce sens au moins qu'elles ne sont pas beaucoup plus des solutions. Mais si elles ont les défauts de celles de Calvin, en ont-elles les qualités ?
« Les conséquences, dit M. Bohatec, Calvin ne les tire pas, par la simple raison qu'il ne s'agit pas pour lui de la position et de la solution, par la loi de causalité, d'un problème métaphysique *. » — « Calvin a voulu distinguer entre l'idée psychologique et l'idée morale de la liberté, l'idée psychologique attestant la participation, sans contrainte, de la personne à ses choix et à ses actions ; l'idée morale affirmant la souveraineté de la raison sur le système naturel des sentiments et des instincts de l'homme. La première idée est purement formelle, la seconde est normative. Wundt définit la liberté comme Calvin: « La liberté [psychologique] est l'absence de contrainte, mais non pas de causes ■''. » — « Calvin admet la liberté psychologique.... Autre est la question de savoir si la liberté psychologique et la liberté morale peuvent être séparées ''. » — « Une solution théorique de la question, Calvin ne l'a pas donnée, et ne pouvait pas la donner. Il s'est contenté de l'affirmation pratique que, à côté des décrets divins, et, malgré eux, nous avons les moyens et la possibilité d'agir nous-mùmcs iselbslslàttdij;)'^. » — « Calvin, c'est son mérite, a fait un pas au delà de la rude étroitesse déterministe de Luther, sans entrer dans la voie de la liberté matérielle qui attirait Bucer et Mélanchthon. Il a essayé, sans réussir, une conciliation scientifique. Ici aussi il est le théologien de la « diagonale ». C'est son mérite, et, comme pour tous les essais en « diagonale », sa faiblesse. Du moins son effort redoublé pour sauver au moins l'apparence de la liberté a exprimé le besoin de la liberté vraie **. »
I. HoU, p. 6. — i. Barth, p. 15, 16. — ;t. Hadorn, p. 23. — '». Bohatec, p. 362. — ">. Wundt, Vorlesungtn uber dit MtnscheH und TierseeU, a" çdit., 1893, p. 464. — ti. Bohatec, p. 365, 367. — 7. Ibid., p. 367. — 8. Ibid., p. 373.
APPENDICE
Le Rcv. Moftat dit : " Ce n'était pas pour Ininiiiicr riionimc, ptiur dcciicr la nature humaine, que ces choses étranges, dures, étaient dites : mais pour que chaque homme, si déprave fiit-il, put avoir la toi et le courage suffisants pour prier Dieu, pour accepter sa grâce et pour chanter ensuite les louanges de sa grâce. » — « Calvin n'hésita jamais à suivre la logique de la souveraineté de Dieu.... C'était un de ces hommes qui regardent les foits sans cligner les yeux, et insistent sur les conséquences nécessaires des faits sans restrictions. » — « Il vaut mieux être un chrétien agnostique qu'un théologien non chrétien '. »
Individualisme et socialisme.