‹ Jean Calvin, les hommes et les choses de son temps (volume 4)Chapitre 120 sur 149 · I. Individualisme · texte numérisé non relu

I. Individualisme

En général, il n'v a pas lieu de démontrer que Calvin a été l'un des fondateurs les plus énergiques de l'individualisme moderne. Les uns l'en félicitent, et les autres l'en blâment, le plus souvent avec passion.

Une étude, cependant, reproduit le reproche suivant de Vinet : « La prospérité de Genève, dit celui-ci, malgré ma haute estime et mon aH'ection pour cette illustre cité, n'a pas le droit de prévaloir dans mon esprit contre les principes; je dis que ce qui n'est pas vrai, que ce qui n'est pas juste, n'est jamais nécessaire, ni désirable.... Calvin a moins fondé une Eglise qu'une république chrétienne; l'élément de l'autorité, la soumission de l'individu à la communauté, de la communauté elle-même à un dogme, a débordé partout dans son œuvre ; l'intérieur, le spontané, l'individuel, qui ont la première place dans la religion, ont presque disparu de la sienne -. »

Certes, nous admettons absolument le principe : « Ce qui n'est pas vrai, ce qui n'est pas juste, n'est jamais nécessaire, ni désirable. » Seulement, nous contestons les faits sur lesquels \'inet croit pouvoir s'appuyer. Vinet n'avait pas lu, et pour cause, les études qui font de Calvin un symbolo-fidéiste, le théologien de l'expérience mystique, individuelle. A l'époque de Vinet, on ne connaissait pas Calvin comme on le connaît aujourd'hui, et le texte même du célèbre professeur de Lausanne marque une date et permet de mesurer le chemin parcouru.

Sans vouloir passer d'un extrême très faux à un autre extrême opposé et non moins taux, il n'est plus possible de contester que dans la pensée religieuse de Calvin il n'y ait eu beaucoup de ce que Vinet appelle inlcricur et individuel. M. Barth, après avoir signalé comme le fondement de l'individualisme calviniste « l'élection personnelle par Dieu, » ajoute : « Le même Réformateur, auquel on reproche de n'avoir respecté aucune liberté personnelle, a inspiré dans le domaine religieux, à chaque chrétien, le plus haut sentiment de dignité personnelle {Selbslachlung) '. »

En particulier, il a émancipé chaque membre laïque de l'Eglise : « Pour Calvin, la communauté n'est pas composée de laïques mineurs, qui, toute leur vie, doivent être menés à la lisière : mais chacun est appelé à collaborer personnellement à tout le travail. Calvin ne voulait pas une Eglise de pasteurs '. »

Le célèbre historien anglais Green a dit : " C'est dans le calvinisme que le monde moderne plonge ses racines : car c'est le calvinisme qui révêla le premier au monde la dignité et la valeur

I. D' James Moffat, The Aiibiirn Scminary Record, 1909, p. 162, 166, 164. - i. Vinet, Lillcraliirc /raiifaise au dixneuvième siècle, III, p. 582. - Voir Alfred Schrœdcr, professeur à la Faculté de théologie de l'Eglise libre du canton de \'aud, Jean Calvin. Esijnisse de sa vie cl de son auvre, 1909, p. 24. — •!. Barth, p. 19. — 4, Ibid.

de l'iiomme. » — Et après avoir cite cette phrase, le Re\ . Morris ajoute : « La note fondamentale de sa philosophie religieuse fut l'individualité de l'ànie huniain(? en contact direct et en communion immédiate avec Dieu '. »

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