‹ Jean Calvin, les hommes et les choses de son temps (volume 4)Chapitre 12 sur 149 · I. Pour les textes, voir Mùllcr, Syiiibolik, p · texte numérisé non relu

I. Pour les textes, voir Mùllcr, Syiiibolik, p

î. Pour les textes, voir Kôstlin, Luthers Théologie, 1883, II, p. 244, 287, 367 et s. s.

intimes, personnels, immédiats avec Dieu, et le domaine où il s'agit de nos rapports extérieurs avec la création. 11 distingue entre le spirituel, réternel, le céleste et le mondain, le temporel, le terrestre. » Dans le premier, règne le Saint-F-'sprit, tandis que la Raison n'apparait que comme une courtisane. Fiait Hiilda. Dans le second, Luther reconnaît joyeusement «la magnifique lumière de la raison et de l'intelligence'.» Et voilà, de nouveau, deu.\ hémisphères {duo hemispheria), l'un inférieur (iiiferius) et l'autre supérieur [siiperius)-. Sans doute, par cette distinction, d'un tout autre ordre que la distinction catholicoromaine, Luther restitue à l'ordre civil, à l'Etat, leur vraie place, leur indépendance nécessaire. Mais enfin ce dualisme transformé est encore du dualisme.

Alors paraît Calvin. Au premier abord, il semble aggraver le nouveau dualisme, que Luther a inauguré, soit qu'il insiste sur l'influence destructive du péché (nous verrons combien il y a ici de malentendus), soit qu'il célèbre les « grâces » accordées par le Seigneur à la nature humaine (et nous verrons combien ici il y a d'ignorances). Seulement l'esprit logique et pratique de Calvin ne peut se contenter de ce dualisme nouveau, pas plus que du dualisme ancien. Il n'y a pas deux domaines dans la religion, le domaine de la religion naturelle et le domaine de la religion révélée: il n'y a qu'un domaine religieux'', lit il n'v a pas deux domaines dans la vie humaine, le domaine des rapports avec Dieu et le domaine des rapports avec la nature. Il n'y a qu'un domaine dans la nature et la société civile, comme en religion et dans l'Eglise: tout est relation avec Dieu', car la grâce est générale.

La Religion naturelle, — cette révélation générale, — nous conduit en elïet au grand dogme calviniste de la Grâce générale.

Voici les textes^ : la «grâce spéciale {aliquid yeculiarc')^\ » dite aussi « révélation spéciale (specialis illiiininatio] » et encore « grâce spirituelle [singiilaris

i. Kôstlin, Lutbers Théologie, II, p. 244, 245.

2. L'e-xpression est des théologiens luthériens. Voir Bavinck, Gereformeede Dogmatiek, I, p. 223.

3. Bavinclc reconnaît que même Calvin n'a pas complètement surmonté la vieille distinction dualiste entre la révélation naturelle et la révélation surnaturelle.

4. On peut dès lors comprendre que les partisans de la religion naturelle, au sens calviniste, se soient trouvés les adversaires des idées naturelles, des idées innées, au sens des philosophes, qui, par ces idées, ont voulu constituer une autonomie de la personne humaine, inconnue à Calvin, contraire à tout le système de Calvin.

•>. Notons aussi les textes suivants: «Ce qu'entre les payens mesmes il y a eu quelque ordre, cela est advenu par une providence admirable de Dieu, lequel a voulu encores réserver quelque honnesteté au genre humain... Combien que toutes les œuvres des payens ne fussent point réputées pures devant Dieu, encore Dieu y a besongné, afin que les choses se meslassent ijoint du tout. Quand donc nous voyons cela apprenons, quand Dieu nous donne quelques signes de sa providence, retenant les hommes en quelque ordre et honnesteté, que nous appercevons en cela qu'il veille sur le genre humain... Il est certain qu'aujourd'huy toute honnesteté serait effacée entre les hommes, s'il n'y avait une providence admirable de Dieu. > iSermons sur le Detitérononte, Opéra XXVIII, p. 110.) — «Que dirons-nous là, sinon que nostre Seigneur a eu une bride secrette sur les hommes, pour dire: -Je veu.x qu'il demeure quelque honnesteté

JEAN CALVIN IV 7

5o PROLÉGOMÈNES

gratta: i5(5o traduit plus exactement grâce siiigiiliùrc) ^y\ c'est l'esprit de régénération, donné aux seuls élus '.

La grâce générale confère les « vertus, qui ne sont point communes à la nature, mais sont grâces spécialles du Seigneur, les quelles il distribue mesmes aux meschans {pro/aiiis hominibus), selon la manière et mesure que bon luy semble) - »; qu'il « donne indifféremment aux bons et aux mauvais [impiis eliam et prof an is commune'^ y>. Un seul passage dit tout: «Si quelqu'un objecte: qu'est-ce qu'a à faire l'Esprit de Dieu avec les iniques, qui sont du tout estrangez de Dieu : Je respondz que cest argument n'est pas suffisant. Car ce qu'il est dict, que l'ICsprit habite seulement aux hommes fidèles, cela s'entend de l'esprit de sanctification, par le quel nous sommes consacrez à Dieu pour estre ses temples. Ce pendant toutesfois Dieu ne laisse point de remplir, mouvoir, vivifier par la vertu de ce mesme esprit toutes créatures'*. »

11 faut donc bien s'entendre: il y a diversité d'objet, mais pas diversité de cause. 11 n'v a pas de dualisme. Dons de la grâce qui s'adresse aux élus seuls, dons de la grâce qui s'adresse aux méchants comme aux bons, tout est don, et même, en un sens, tout est don direct et personnel. La grâce générale, qui ne fait pas de distinction entre les bons et les méchants, fait distinction entre les « individus. » « Lt toutesfois cela est tellement [en telle sorte] universel, qu'un chacun pour soy, en son intelligence, doibt recongnoistre une grâce spécialle de Dieu. » Dieu ne crée-t-il pas «des folz et incensez?» Donc «la lumière de Dieu est tellement [de telle sorte] naturelle à tous, que c'est un bénéfice gratuit de sa largesse envers un chacun.... [Toutesfois] que ces choses sont communes aux bons et aux mauvais, nous les pouvons réputer entre les grâces naturelles^. »

Sans doute cette grâce générale a surtout pour objet les choses « terriennes. » Quant aux «choses terriennes..., la doctrine politicque, la manière de bien gouverner sa maison, les ars mécanicques, la philosophie et toutes les disciplines qu'on appelle libérales..., il nous fault ainsi confesser cela : c'est que en tant que l'homme est de nature compagnable, il est ainsi enclin d'une affection naturelle à entretenir et conserver société. Pourctant nous voyons qu'il y a quelques cogitations généralles d'une honnesteté et ordre civil, imprimées en l'entendement de tous hommes.... Cela demeure toujours ferme, qu'il y a en tous hommes quelque semence d'ordre politicque: ce qu'est un grand argument que

de nature, en despit de ceux qui dominent au monde, et qui voudroyent mettre une telle confusion, que les hommes fussent comme bestes brutes, qu'ils fussent comme chiens et chevaux, tant y a que je suis par dessus, pour faire que ma loy soit imprimée tellement aux coeurs des hommes, que quelque malice et aveuglement qu'il y ait, ils retiennent encores quelque honnesteté de ce que je leur ay premièrement commandé. > Voilà, di-je, comme Dieu a gouverné, tellement que les hommes, quelques infidèles qu'ils soyent, ont toujours eu quelque remors, pour ne point contrevenir entièrement à ce qui leur estoit défendu en ceste loy. • {Ibid., p. 63.) — fi. Iiislilnlion, 1543 (1545. P- 59)-

I. II, II, 20. — i. B»^, p. 71. II, III, 4- — •'■ Institulion, 1543 ('.';45. P 59)- H. ", 2°- — *■ B* . P- 57- II, II. 16. — 3. B»-, p. 55, 56. II, II, 14.

LA RELIGION NATURELLE ET LA GRACE GENERALE Dl

nul n'est destitué de la lumière de la raison, quant au y;ouvernement de la vie présente *. »

Ce serait une erreur cependant de vouloir restreindre l'influence de la grâce générale aux «choses terriennes. » La grâce de Dieu agit sur l'âme et le cœur de tous les hommes. Les maladies dont elle « purge » les élus {purgat), elle les « réprime seulement aux réprouvez, comme par une bride {injecta fraeiin coercet), à ce qu'elles ne se desbordent point, selon que Dieu congnoist estre expédient pour la conservation du monde universel (rerum uiiiversilalcin)'. »

Dieu donc agit difl^éremment, mais toujours par grâce, et rien ni personne n'est soustrait à faction de l'un ou l'autre des modes de cette même o-râce. Du coup Calvin ramène iunité là où le catholicisme romain avait introduit le dualisme, et avec plus de vigueur qu'aucun autre Réformateur il combat les deux erreurs de ce dualisme, l'erreur moraliste et l'erreur mystique \

Pour résumer et surtout pour illustrer tout notre chapitre nous citerons deux témoignages singulièrement importants, l'un sur le calvinisme et la Religion naturelle, l'autre sur le calvinisme et la Grâce générale.

I . Le premier est celui de M. Hasties, professeur de dogmatique à l'Université

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