‹ Jean Calvin, les hommes et les choses de son temps (volume 4)Chapitre 13 sur 149 · Bf, p · texte numérisé non relu

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2. Bf, p. 70. II, III, 3. — C'est pour avoir ignoré ou méconnu ce rôle de la Grâce générale, que R. Stâhelin {Reakncyklopadie, 3= éd., art. Calvin, III, 1897, p. 672), par exemple, oppose complètement Calvin et Zwingle, en ces termes : « L'idée d'une révélation générale, accordée aussi aux païens, à laquelle Zwingle, avec son humanisme, tenait tant, s'est complètement effacée {ganz hinter getreten) derrière la révélation positive de la Bible, bien que Calvin, à propos des vérités enseignées par les pa'iens, dise : € Puisque toute vérité est de Dieu, si les infidèles ont dit quelque chose à propos, et à la vérité, il ne le faut pas rejeter, car il est procédé de Dieu », [Coiniiient. sur l' Epitrc à Tile, I, 12). — En réalité il ne s'agit pas d'un aveu échappé à Calvin, mais d'une doctrine fondamentale qu'il a expressément enseignée. Et Kuyper peut dire que, si un Caïn et un Judas sont les produits de la corruption de l'humanité, un Platon et un Cicéron sont les produits de la grâce générale de Dieu. {Gemeeite gratie, II, p. 22.)

3. Ces deux erreurs se trouvent, au seizième siècle, dans le Protestantisme ; l'erreur moraliste avec les Sociniens, l'erreur mystique avec les Anabaptistes; frères ennemis dont la mère commune est l'Eglise catholique. Le Socinianisme pélagien accepte la distinction catholique entre la religion naturelle et la religion surnaturelle, commence en n'acceptant que celle-ci et finit en n'acceptant que celle-là (voir l'article Sociit iiiid lier Socinianism dans la Realeiicyclopiidie, 2= éd.). Quant à l'anabaptisme, Ritschl, s'appuyant sur BuUinger, en a montré la filiation catholique (Bullinger, Der Wiedertaufer Urspnmg, Fiirgaiig, Seckleii, Wesen, 1560. — A. Ritschl, Gesehichte des Pielisnms, 1880, I, p. 24, 25). Seulement, comme le Socinianisme et l'Anabaplisme représentent deux tendances du cœur humain, ils sont perpétuels. L'Anabaptisme se retrouve non seulement chez les Mennonites, mais aussi dans le Piétisme, chez les Moraves, dans l'Indépendantisme, et de nos jours dans les religions dites religions de l'Esprit. Tandis que le Socinianisme se retrouve chez les Remontrants de Hollande; par Spinoza, le juif hollandais, il exerce son influence sur le Déisme anglais; par Descartes, qui habita la Hollande, il exerce son influence sur le Rationahsme, et se retrouve dans le Ritschlianisme, grand négateur de la religion naturelle, grand propagateur du dualisme entre la religion et la philosophie. J. Thikotter, La théologie de l avenir, 1885, p. 10; Ernest Bertrand, Une nouvelle conception de la rédemption, 1891, p. 40, 4'.

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de Glasgow, dans un petit volume intitulé : La théologie comme science. « Le trait caractéristique, distinctif, le subjectivisme anthropologique de la théologie réformée, s'est attesté en maintenant le caractère naturel et inné de la religion, à titre d'élément primaire, universel et indestructible de la nature humaine. Cette affirmation peut paraître paradoxale en face des opinions qui ont généralement cours. On suppose, d'habitude, que ce principe a été d'abord introduit dans la théologie moderne par Schleiermacher >vec ses Discours sur la religion en ijijc), et avec sa Dogmatique d'une plus grande précision psychologique en 1821.] Incontestablement, Schleiermacher a inauguré les discussions psychologiques sur la nature subjective de la religion. Mais il avait été ici précédé depuis longtemps par la théologie réformée et il lui a en vérité emprunté cet élément et plusieurs autres de son système. Dès le début, la théologie réformée..., en proclamant, avec la plus remarquable précision, l'innéité de la religion, s'opposait distinctement à la contingence, à l'extériorité de la religion, que professaient et défendaient, à l'époque de la Réformation, les Romanistes, les Sociniens et les Luthériens*. »

2. Le second témoignage est celui du professeur Bavinck-, dans sa brochure De algemeene genade (1894), dont je résume la pensée. Si le monde a été corrompu tout entier par le péché, le monde reste tout entier l'objet de la grâce de Dieu. Il n'y a pas, d'un côté, une partie du monde objet de la grâce divine, et, de l'autre côté, une partie du monde complètement en dehors de la grâce divine, règne du mal complet, de telle façon qu'il faudrait fuir d'une partie du monde dans l'autre. Mais, de même qu'il y a grâce de Dieu chez les païens, en même temps que chez les juifs et les chrétiens, il y a aussi grâce de Dieu dans la vie ordinaire, sociale, politique, en même temps que dans la vie religieuse et chrétienne. Tout est don de Dieu : la philosophie, les arts, les sciences, la politique, comme la révélation et l'élection. Ici encore le calvinisme n'invente pas, mais il développe les principes protestants et les amène aux formules logiques et définitives. Le calvinisme est le système protestant le plus opposé au dualisme

1. W. Hasties, Theology as Science, and ils Présent position and Prospects in the reformed Cfnirch 1899. (Ce sont trois leçons d'introduction destinées à préciser, pour les étudiants, la place de la théologie reformée et son utilité dans le passé et dans l'avenir), p. 71. Hasties caractérise ensuite, comme nous l'avons fait plus haut, le Ritschlianisme, avec sa séparation entre la théologie et la science, et voit dans le Ritschlianismc une conséquence de l'attitude de Luther vis-à-vis de la raison.

i. C'est l'honneur de l'école calviniste hollandaise, celle des Kuyper et des Bavinck, d'avoir mis en lumière et en honneur ce grand dogme calviniste. Je me rappelle l'étonnemcnt et presque le ravissement dans lequel me jeta la première lecture des ouvrages de ces grands dogmaticiens hollandais. Je n'avais rien trouvé de semblable dans mes études. Je ne pus cacher cet étonnement à M. Bavinck lui-même, et lui demandai si l'exposé de cette doctrine n'avait pas un peu surpris le public, provoqué des oppositions. Ce fut à lui d'être étonné à son tour. Pas du tout, me répondit-il (et je cite ici mes notes de voyage) : Personne n'a rien dit, ni sur ma brochure, ni sur l'ouvrage de ÎVI. Kuyper. C'étaient des idées courantes dans les dogmatiques, dans les explications du Cniccliisnte d' Heidclherii. Seulement tout cela était dispersé. <2uand nos adversaires nous ont accusé de mysticisme, de séparation du monde, nous nous sommes bornés à reprendre, à réunir et à développer en un corps de doctrine ce qui en était comme les membres dispersés. — Voir sur Herman Bavinck une très intéressante étude dans The Princeton Tlieoloi^ical Review, VI, octob. 1908, p. 529.

catholique, et en particulier au faux ascétisme social et individuel, malgré son rigorisme célèbre. Pas de couvent, pas de clôture. Dieu, avec ses dons et ses grâces, est des deu.x côtés de la porte verrouillée entre la religion et le monde. Le calvinisme est le système protestant qui établit le plus solidement l'indépendance réciproque de la société civile et de la société ecclésiastique. L'Etat, la société, la politique, les sciences, ne sont pas indépendants de Dieu, puisqu'ils sont des dons de Dieu ; mais ils sont indépendants de l'Eglise, qui est un autre don de Dieu, une autre institution de Dieu ; et par conséquent, au lieu d'un maitre et des serviteurs soumis, il y a des égaux, qui doivent s'aider dans le travail commun. Enfin, le calvinisme est le système protestant qui pousse le plus énergiquement à l'activité extra-ecclésiastique ; le chrétien ne saurait se dépréoccuper de ces dons de Dieu. 11 est au contraire mieux placé pour s'en occuper, pour s'en servir, pour les faire valoir. De là l'activité du calviniste, que l'histoire constate dans tous les domaines. Vie de famille, vie sociale, vie politique, vie scientifique, tout cela est bon, puisque tout cela est un don direct de Dieu, un don de sa Grâce générale. Comment Dieu ne verrait-il pas avec plaisir un de ses enfants honorer ses dons, Jouir de ses dons ? Mépriser ces dons, ce serait le mépriser lui-même '.

Je ne citerai ici qu'un détail infime, la vertu sociale qui s'appelle la propreté. L'on prétend que Veuillot avait dit qu'on mesurait l'intensité de la foi catholique à la saleté. C'était à propos de la canonisation de saint Labre, de pouilleuse mémoire. Parmi les peuples protestants, on peut mesurer la propreté au calvinisme. Les Ecossais et les Hollandais sont d'une propreté splendide ! On comprend ainsi ces deux choses mises en lumière par le dogme de la Grâce générale : le calvinisme est la suprême opposition au catholicisme romain; le calvinisme a été le grand ferment social des peuples modernes.

1. Le D"^ A. Kuyper a consacré à la Grâce générale deux gros volumes: De gemeene gratie, qui forment toute une dogmatique. La grâce générale et la grâce particulière, provenant du mûme Dieu, assurent l'unité de la vie dans le monde et dans l'Eglise. II n'y a pas ici de mondes opposés, mais un seul et même monde. Tout ce qu'il y a de bien dans la société civile, et tout ce qu'il y a de bien dans la société chrétienne, tout est la preuve du même amour du même Dieu. Et chacune de ces vies a sa valeur propre, réelle, intrinsèque. On comprend que des doctrines aussi larges soient à l'usage de patriotes ardents et d'hommes d'Etat intelligents. Le D"^ A. Kuyper reconnaît que tous les protestants n'ont pas toujours eu le clair sentiment de ces idées. iVIais ce n'est pas la faute des doctrines protestantes proprement dites, des doctrines calvinistes qui, sur ces différents points, se sont toujours opposées aux doctrines des catholiques romains à droite et aux doctrines des anabaptistes à gauche. Cette conception de la Grâce générale est si large qu'on peut l'accuser d'arriver à nier la corruption totale de la nature humaine, ou du moins d'en arriver aux mêmes résultats pratiques que les doctrines qui nient cette corruption. Mais ce n'est là qu'une très fausse et très superficielle apparence. Il y a du bien partout et il y a du mal partout. Il y a du mal partout parce que, même chez le fidèle, la corruption de la nature subsiste, et il y a du bien partout parce que Dieu fait grâce même aux incrédules. Mais partout le bien vient de Dieu et de sa grâce. C'est cette grâce que tout homme, sentant sa faiblesse, recherche. De gemeene gralie, II, p. 12-24, 48-52.

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