‹ Jean Calvin, les hommes et les choses de son temps (volume 4)Chapitre 121 sur 149 · SOCIALISMF · texte numérisé non relu

SOCIALISMF

F.n réalité, ce qui a été contesté d'une façon générale, ce n'est pas Vimlividiialisme, c'est le socialismt' du Réformateur. — Or le professeur Wernle dit: « Les idées précédentes présentent un individualisme religieux complet : Dieu, l'homme avec son péché, sa justihcation par la foi et ses devoirs. Mais ce n'est là qu'un côté de la pensée calviniste, et c'est la caricaturer que de l'exposer sans tenir compte de l'autre côté qui concerne l'Eglise et le peuple de Dieu -. »

Une série d'auteurs relèvent le fait que, pour Calvin, la grande préoccupation e.st non pas le salut personnel de l'homme, mais l'honneur de Dieu. Et voilà l'égoïsme, voilà toute morale utilitaire, cudémonique, coupés dans leurs plus profondes racines. C'est la (;imeuse parole dans la lettre à Sadolet : « Il est d'une pauvre théologie de rechercher son salut individuel. »

La Christliche IVell consacre un article à réunir sur ce sujet les citations que nous avons données et quelques autres. — M. Trôltsch idont le témoignage est d'autajit plus significatif, qu'il a plus ou moins adopté les théories de Schulze sur le prétendu ascétisme de Calvin, et qu'il veut faire du Réformateur un épigone du moyen âge) dit : « Ce n'est pas le salut de l'âme de la créature, mais l'honneur de Dieu, qui est, pour Calvin, l'idée centrale. De même, c'est la glorification de Dieu dans l'action, qui est la vraie pierre de touche de la religion personnelle véritable.... Le calviniste sait que l'élection de Dieu ne peut être perdue. En conséquence, il peut et doit diriger tous ses efforts, non sur lui-même, mais sur la tâche qui consiste à façonner le monde et l'Eglise d'après la volonté de Dieu.... L'individualisme réformé contient ainsi des impulsions d'activité de tous côtés, pour faire coopérer l'individu à l'œuvre du monde et de la communauté ''. « — « Il n'est pas question, comme dans le luthéranisme, de distinguer entre la moralité privée et la moralité publique '. » — « C'est l'ensemble qui doit prendre soin de l'individu, soit directement par l'activité charitable nouvellement organisée dans la communauté religieuse, soit indirectement par une organisation appropriée et raisonnable de l'ensemble civil et social. C'est un socialisme sans démocratie [.'] et sans communisme, un socialisme dans le sens de celui que les prophètes de l'Ancien Testament avaient dans l'esprit. Tout homme répond pour lui, et cependant tout homme doit être un avec ses compagnons dans un même sentiment d'obligation et de compassion.... C'est un socialisme de responsabilité mutuelle, la responsabilité de chaque individu pour le tout, du tout pour chaque individu, et des individus les uns pour les autres "'. » — « Avant Calvin, nous ne pouvons pas parler de réforme chrétienne-sociale et de construction sociale dans le sens d'une œuvre une et consciente de la société chrétienne. Avant Calvin, il y a eu les sectes et la morale radicale de l'amour, depuis la communauté originale de Jérusalem. Mais l'application pratique de cette conception n'a pas été, en tout cas, continuée, ni son adaptation aux masses, ni son introduction dans l'arrangement pratique du monde. Cette ressemblance avec une constitution chrétienne sociale, voilà ce qu'il y a de plus unique dans les idées religieuses du calvinisme ''. »

Le pasteur R. Schwarz, traducteur des lettres de Calvin en allemand, dit : « Le caractère du calvinisme est de vouloir être un christianisme actif du peuple de Dieu '. » — Dans la Rejonmrle Kirchen Zeitung, on lit : « Calvin compte parmi les plus importants Réformateurs sociaux, dans le

1. Rev. s. L. Morris, The relation of Calvin and Calvinism lo Missions, dans Calvin mémorial adresses at Savannah, mai 1909, p. 132. - â. Wernle (in St. Gallen), p. 43- - '■^- Hibbert Journal, p. 108, 109. - *■ 'i"/-. P- "9- - ^>- ll>'d-< p. 120. - 6. Ibid , p. 121. - 7. Verhandiungen der scbw. refor. Predigergistllscha/I, in St. Gallen. Diskussion, p. 78.

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sens le plus large '. » — Le professeur George Boardman Eger dit : « Calvin fut, sans question, la force sociale suprême de cette époque.... -. » — M. le pasteur Lcopold Monod, un des représentants du christianisme dit social, en France, dit : « La Kcformation, dans l'esprit de Calvin, était une régénération individuelle et sociale.... Nous ne voulons plus aujourd'hui que la préoccupation essentielle et presque exclusive de l'âme pieuse soit attachée ù son salut personnel. Calvin déjà ne le permettait pas. » Et après avoir cité, à son tour, les déclarations de Calvin au cardinal Sadolet, M. L. Monod conclut : « Les représentants de ce que l'on a appelé le Chriilidiiisme social ne désavoueront pas un pareil langage •'. » — Le professeur Briguer dit : « Tout le domaine de la vie civile, sociale, économique, spirituelle, politique, est ouvert i l'Eglise. Partout l'Eglise peut, même doit, d'une ni.iin audacieuse, intervenir, régler, diriger, transformer*. » — Le profes.seur Barth dit : « Dans notre culture moderne, à côté d'un courant individualiste, il \' a, non moins fort, un courant socialiste. » On veut aider les faibles. « Toute l'organisation des sociétés, en tant que cette organisation est saine, poursuit ce but. Mais Calvin nous montre comment on peut transformer socialement tout un peuple. >> Instruction, écoles, soin des pauvres, des malades, tout cela fait « partie intégrante de la mission de l'Eglise. » « Où prendre les moyens pécuniaires ? Ici se montre un côté souvent méconnu de la discipline calviniste. » Calvin abolit le luxe. « Calvin imposa à la Genève amie des plaisirs le devoir du renoncement, non point par dédain maladif de la vie, mais pour consacrer le revenu du travail aux intérêts communs : création des remparts, organisation des hôpitaux, soin des réfugiés.... On trouva l'argent parce qu'on travaillait beaucoup à Genève, et que chacun était habitué par son éducation à renoncer à ses intérêts particuliers. » Calvin ferma les tavernes. « Il était inspiré par l'idée juste qu'une race alcoolisée ne pense pas socialement.... L'énorme effort du corps et de l'âme, seul capable de résister aux menaces perpétuelles d'attaque,... aurait été insupportable à une population adonnée aux plaisirs, eBeminée par une vie de fêtes.... Calvin plaça le devoir vis-à-vis de la communauté, au centre, et l'ennoblit par l'obéissance à Dieu "'. »

Tendances unionistes.

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