‹ Jean Calvin, les hommes et les choses de son temps (volume 4)Chapitre 122 sur 149 · I . Union · texte numérisé non relu

I . Union

S'il est une épithète qui, jusqu'ici, ait été régulièrement accolée au nom de Calvin, c'est bien celle de sectaire. — Et voici que le caractère mis en lumière par les études du Jubilé est certainement le caractère unioniste de Calvin.

Le lie. G. Reichel, un morave, a intitulé son étude : « Calvin, l'homme de l'union ''. » 11 raconte les efforts de Calvin pour arriver à l'union avec Zurich, avec Wittenberg, en Pologne, en Angleterre. Toutefois, d'après M. Reichel, Calvin n'aurait pas (f entrevu la possibilité d'une unité religieuse, avec des différences dogmatiques réelles, » et ce serait précisément son

1. « Ein Sczialreformer der Rerormations-Zeit, » dans la Reformirle Kirchen-Zeilung, 1909, p. 18. — Dans l'article, l'auteur montre Calvin s'occupant des balustrades aux fenêtres, de la police, des industries, etc.

i. Prof. George Boardman Eager : « Calvin as a civic and sucial influence, » dans The Review a»d Expositor. A baptist thcoiogical Quarterly, edited by the Faculty of thc Southern Baptist theological Seminary, octobre 1909, p. 551.

'A. Léopold Monod, Calvin et son idéal théocralique (tiré du Prédicateur), 1909, p. 5, 9. — C'est peut. être le moment de se rappeler l'époque, pas très éloignée, où l'on établissait une opposition entre la conception du salut selon l'orthodoxie et la conception du salut selon le christianisme social. L'orthodoxie ne prêchait que le salut personnel, etc. — Voir l'élude du doyen Aug. Sabatier : « Deux conceptions du ministère évangélique, » dans la Revue chrétienne, 1891, p. I et ss. — 4. Chrisilicht W'tlt, 1909, p. 652. — •">. Barth, p. 21, 32, — ti. G. Reichel, Calvin als Unionsmann.

Le JtJBILÉ DE 1909 Et LA tHÉOLOGIE DE CALVIN 44^

dogmatisme rigide, — d'après lequel il était intimement persuadé de la parfaite correction de ses dogmes, — qui aurait animé ses tentatives d'union.

Toutefois, M. Reichel veut bien reconnaitre lui-même que cette explication est insuffisante, et il nous en fournit une seconde, plus heureuse : « D'où vient, demande t-il, cette modération, ce contentement d'une formule d'union d'après lui imparfaite, ce sage abandon des particularités, cette persévérance dans les efforts, à propos par exemple du Consensus Tiginiuus} D'où vient ce respect pour la grandeur de Luther, cette patience et cet amour pour un Bucer et un Méianchthon, cette douleur amère pour toute séparation : « Il ne faut pas se séparer à propos » d'une divergence quelconque (qiuelibel Jissenlio) '.... Il ne faut pas se séparer des ministres de » Christ avec un autre sentiment que si nos entrailles nous étaient arrachées. »

Tout cela n'est pas d'un dogmaticien ultra-rii;idc. — Alors M. Reichel estime que le grand motif de ce désir d'union vient "de l'amour de Calvin pour l'Eglise-. Le Réformateur a écrit à un ami : « Cette prophétie, — que tu exprimes dans tes lettres, — ne nous trompera jamais, même si le ciel tombait sur la terre, Dieu aura soin de son Eglise, pour qu'elle soit conservée dans la ruine même du monde entier •'. » — Ne contestons pas ce motif, tout en réservant complètement notre opinion sur les conséquences que M. Reichel croit pouvoir en tirer. Le fait que Calvin a été « riiomnie de l'union » subsiste.

M. Wernle dit : « Calvin a été et reste l'homme de l'union toute sa vie '. » — Sans doute, il a voulu amener les autres à ses idées, comme les luthériens voulaient les amener aux leurs. « Mais il était supérieur aux luthériens en ce qu'il tenait son regard fixé sur la carte du monde, en ce qu'il voyait devant lui le protestantisme en grand, tandis que les luthériens ne pensaient qu'à leurs petites Eglises. Pourvu qu'ils les tinssent attachées à la pure doctrine de Luther, le reste du monde pouvait crouler. Calvin pensait au monde, travaillait pour le monde ■''. » — « Il f-iudrait esquisser toute l'histoire universelle pour apprécier dans sa grandeur tout le travail de (Calvin •*. »

Le professeur Cornill dit : « Si étonnant que cela paraisse, Calvin, ;\ la suite de Bucer, est vraiment le père et le représentant énergique de l'idée d'union. Et non pas d'une union qui dit : « Devenez comme moi, et nous serons bons amis et frères. » Mais Calvin, dans l'intérêt de la paix, a poussé la prévenance [lintgci^enkommen) et les concessions {Nachi;ifbii;kein jusqu'à l'extrême limite de ce que lui permettait sa conscience. Pour la paix, supporter tous et tout ce qui peut être supporté, voilà sa devise. 11 l'a surtout appliquée vis-à-vis de l'Eglise de Luther. Que de fois et avec quelle insistance, il prie et supplie ses propres disciples de ne pas troubler la paix de l'Eglise de Christ, pour des cérémonies qui ne valent pas la peine d'une lutte. Il faut déclarer nettement qu'on ne les approuve pas ; mais ce n'est pas une raison suffisante pour se séparer et se haïr. Et ici encore Calvin a les yeux toujours fixés sur les grands intérêts et le sort général de l'Eglise. Tout ce qui est êvangélique doit se donner fraternellement la main contre Rome: tel est le principe dominant toute sa politique ecclésiastique. Si bien qu'on peut vraiment considérer Calvin comme le patron [Schiiliheiligen) de la réunion célébrée aujourd'hui par l'association êvangélique. Il vaut la peine de constater, rien qu'au point de vue matériel, quelle place la paix de l'Eglise, l'accord entre évangéliques occupent dans les lettres et les écrits de Calvin. Il y a une foule des plus magnifiques déclarations. On voit qu'ici il s'échauffe, que son cœur parle \ » — Le professeur Schubert dit : « Dans ses lettres, à coté de l'insistance sur la décision, la clarté, la logique, il y a l'insistance sur le support, la mesure, la paix. De même qu'il a conservé ses

1. Voir toute la lettre à Zebùdée, 19 mai I539. Opéra Xb, p. 346. 347- - 2. G. Reichel, p. 40-42. - ■'■■ Calvin h Dryander, .8 mai .547. Opéra XII, p. 525. - '»• Wernle, MonalsbUiller. p. 206. - 5. Ibid., p. 207. - «. Ib.H.. p. 205. -

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