Cornill, p
JEAN CALVIN IV
APPENDICE
amitiés personnelles malgré des difl'érences, il a continuellement poussé à la condescendance dans les choses secondaires, en fait de cérémonies et de doctrine '. » — M. le professeur Loofs dit : « Calvin est intervenu dans notre histoire nationale, non pas pour augmenter la diversité des opinions, mais comme un ami du Consensus évangélique, comme l'avocat d'une uuit)ii pour laquelle son époque n'était pas mûre -. »
x\I. ^^'itz Oberlin •', pasteur et professeur ;\ Vienne (Autriche), a écrit sous ce titre « Calvin l'homme </(• l'union », une étude très complète, où il a rassemblé quelques-uns des textes, vraiment innombrables, dans lesquels Calvin proteste contre les désunions, les séparations, les schismes et prêche l'union. Il prêche l'union à Genève, d'où il vient d'être banni; l'union en Suisse où il arrive à faire adopter le Consensus Tigurinus, 1549; l'union entre la Suisse et l'Allemagne, et ce n'est pas sa faute si ses tentatives échouent. Hn 1552, il espère ardemment la réunion d'un concile protestant qui travaillera à l'union de tous les protestants. — Il vaut la peine de citer quelques textes. -Les Anglais, réfugiés à Francfort, se querellent et se divisent. Calvin leur écrit : « Maintenant vous discutez au sujet de la liturgie et des cérémonies, comme si vous étiez dans la paix et dans les délices.... Pour moi, dans les choses moyennes, telles que les rites extérieurs, je me montre facile et flexible, et je ne crois pas qu'il soit utile de céder toujours à la folle morosité de ceux qui ne veulent rien changer à la coutume. Dans la liturgie anglicane, telle que vous me la décrivez, il y a beaucoup d'inepties tolérables. » Et après avoir parlé des « restes d'ordures papistiques {J\ecis papislica reliquia), il ajoute: «Et toutefois, pourvu que l'infirmité de quelques-uns n'aille pas à l'extrême, je ne voudrais pas que vous vous montriez trop rigides '. — Plus tard à propos des cérémonies du baptême, il écrira à Knox, en Ecosse : « Si au début de l'Eglise, nous exigeons la perfection absolue, il y a fort lieu de craindre que beaucoup ne saisissent ce prétexte pour rester dans leurs ordures ^. »
Une grande discussion s'éleva en Angleterre à propos de la nomination de Hooper à l'évêché de Glocester. Hooper refusait de se laisser consacrer avec des cérémonies romaines. Il fut jeté en prison. Calvin essaie encore de calmer les esprits. Il loue Hooper d'avoir refusé l'onction. Mais, ajoute-t-il, « au sujet du chapeau et du manteau, j'aurais préféré (quoique je n'approuve pas ces choses) qu'il ne résistât pas avec autant de ténacité, et c'est ce que j'avais naguère conseillé ''. »
Voici, peut-être qui est encore moins connu. Dans un de ses traités les plus violents Calvin s'explique au sujet des catholiques. Il se réjouit de leur fidélité à certains dogmes, des plus importants : « Les papistes confessent que Christ est Dieu et homme, et que sa personne consiste en deux natures; ils rejettent bien distinctement et expressément tous les erreurs desquels l'Eglise a esté tormentée anciennement; ils anathématizent fort et ferme Arius, Sabellius, Nestorius, lùitichès, Marcion et les Manichéens. » Puis il répond à l'accusation de « desdaigner la compagnie qui retient le nom ancien de Catholique et d'Eglise romaine, et de fuyr toute communion d'icelle, et de n'avoir amour ne compassion envers elle comme il falloit, ains de la détester, comme estant le corps de Satan et de l'antéchrist. » Ce ne sont pas là ses sentiments, et en particulier il distingue nettement entre l'Eglise et les hommes qui en font partie.
« De la communion il en a déjà esté assez respondu, que nous ne fuyons communion d'iceux, sinon en tant qu'elle pollue d'idolâtrie et superstitions tous ceux qui s'y enveloppent. Quant aux hommes, pour vray nous ne leur sommes point ennemis, veu que nous ne sommes pas moins en peine et souci de leur salut, que du nostre propre. Mais ce mesdisant.... blâme de cruauté, la rondeur que
\. Schubert, p. 28. — 2. Fr. Loofs, " Zuiii GedSclilnis Calvins, Rede in der Aula der Universilât Ilalle-Wittenberg, Sonderabdruck aus Theologische Sliidie» iind Kriliken, " 1910, i. Ileft, p. 126. — .'t. E.-A. Witz-Oberlin, Calvin, der Cnioiismatiii, Vortrag gclialtcn am 23 Oktobcr 1909 /ii Wien, igio, -- 'i. Calvin aux Anglais di' Francfort, fév. 1555. O/iera XV. p. 394. - '». Calvin à Knox, 8 nov. 1559. Opéra XVII, p. 667. — *'. Calvin à Hnilingcr, mars 1551. Opéra XIV, p. 75.
LE JUBILE DE I QOg ET LA THÉOLOGIE DE CALVIN 401
nous avons à détester franchement une feintise desloyale, à quoy nous contraint resgard de la religion, sans (jiie nous ayons huine aucune contre les personnes. Nous ne communiquons pas avec les papistes. Esl-ce que nous les estimons comme pourceaux ou chiens, tellement tjue nous fuyons de les bailler ? Ains au contraire, nous avons pitié de leur aveuglement ; nous tasclions de remédier à leurs vues, autant qu'en nous est ; nous les aimons d'une affection fraternelle ; nous ne faisons point de difficulté de les recevoir entre nous, ains y sommes fort volontaires, pourveu qu'ils ayent la patience d'invoquer Dieu purement. Bref, nous sommes prests d'approcher d'eux, et nous y adjoindre par tous moyens, moyennant qu'ils ne nous destournent point de Christ. Seulement nous fuyons de communiquer à leur idolâtrie, ce qui ne ferait que les endurcir, nous polluer, et envelopper tant eux que nous ensemble en condamnation et perdition '. »
Et enfin voici des textes peut-être plus significatifs encore (et qui du reste expliquent les autres). Seulement il faut les lire avec des yeux du seizième siècle, dirais-je, et non du vingtième. Four nous ces textes ne contiennent que des vérités assez banales. Pour les hommes de la première Réformation, et surtout pour un Calvin, ils contiennent des vérités nouvelles, capitales, qui influenceront toute la marche des églises évangéliqucs, et qui les mèneront certainement plus loin que ne le pensait celui qui les a écrites. Son mérite n'en est pas diminué. Toute la foi sur laquelle doit reposer l'union des chrétiens, se résume dans la foi au Christ, et la foi nécessaire n'est pas une foi parfaite, absolument sans erreur :
« Il faut tenir cela pour conclu que lors nous avons une saincte unité entre nous, quand en accordant ensemble en la pure doctrine de Dieu, nous sommes tous un corps en Christ.... L'apostre pouvoit-il plus ouvertement enclorre l'unité de l'Eglise en un consentement et accord en la doctrine de vérité, que quand il nous réduit à Jésus-Christ, à la foy, laquelle est comprinse en la cognoissance d'iceluy, et à l'obéissance de vérité?... Ainsi que nos adversaires s'approchent premièrement de Jésus-Christ; puis qu'ils nous accusent pour schismatiques-. » — « Toutesfois je ne veux point ici iinaginer une fo}' tant parfaite (eam perspicaciani), laquelle ne puisse jamais errer ni faillir (nusquani aberret, nusquaiii hallucinetur) en l'élection du bien et du mal ;... Mais plustost je confesse que ceux mesmes qui ont la conscience plus pure et dévote (pias ac vere religiosas mentes), ne parviennent pas à l'intelligence de tous les mystères de Dieu, ains le plus souvent es choses plus évidentes (evidentissimis), ils ne voyent goutte ; et ce par la providence du Seigneur, à fin qu'ils s'accoustument à toute modestie et submission d'esprit.... Je maintien seulement ceci, que cependant qu'ils s'arresteront à la Parolle de Dieu, ils ne seront jamais si surprins, qu'ilz soient tirez jusqu'à perdition et que la vérité de la Parolle leur est si certaine et manifeste que ni les anges ni les hommes ne les pourroyent divertir d'icelle ^. »
Le licencié Leitpold dit: Calvin a été « modeste ». « Il a fait preuve de tolérance [Duldsamheit), et il l'a manifestée même dans le domaine théologique, domaine où, à cette époque, bien peu étaient tolérants [duldsanî). » Preuves en soient ses réponses à des écrits sur la Cène; sa « belle » lettre à Jean Sturm.... « Cette hrgeur (l'Feitheriigkeit) est le fruit de ses connaissances nombreuses, et de sa profonde intelligence ; c'est ce qui le préservait de l'orgueil ; c'est ce qui le rendait tolérant {duldsam}». — «En réalité Calvin fut plus tolérant {duldsamer) que plusieurs de ses contemporains. » « Pas dans tous les cas, mais dans beaucoup, où Calvin a été intolérant ( unduldsam I l'historien actuel doit dire: il n'avait pas tort. » — « Malgré toutes les luttes avec les luthériens, il les regardait comme ses frères. Il sentait les souffrances des luthériens comme ses propres souffrances, leurs joies comme ses joies. Quelle part il prit aux malheurs d'Augsbourg !... Combien
1. opuscules, Response à un moyenneur rusé, p. 1908, 1909. Respoiisio ad versipeletii ijUDiidaiii medialoreiii... Opéra IX, p. 551, 552. — i. Opuscules, p. 566, 567. Supplex exhorta lio.... ut restiluendx ecclesia; curam serio vclint. suscipere. Opéra, VI, p. $21. - .3. Opuscules, p. 164. Responsio ad Sadoleti Epistolam. Opéra, V, p. 405, 406.
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"randc fut sa joie lorsqu'il apprit que le lutlicricn Jean Brenz avait licureusement ôchappé à la mort ! Il montra un noble désintéressement en tressaillant de joie à propos des progrès du luthéranisme en Bavière, en Autriche, en Danemark, en Suède. Son intelligence politique était si claire, qu'il ressentait les triomphes de ses adversaires sur les catholiques comme son propre triomphe. Jamais il n'avait mis sa personne au premier rang ; il ne s'inquiétait pas de faire faire des progrès à sa propre tendance. Il se consolait avec la consolation de St-Paul : il me suffit que Christ soit prêché '. »