Œcuménisme
Le professeur Trôltsch dit : « Dans l'idéal de Calvin, on trouve une politique religieuse internationale '. » — Le professeur Holl dit : « La diffusion internationale du calvinisme fit que la préoccupation œcuménique, qui caractérisait Calvin, \iv\l racine dans son Eglise.... Une bonne partie du travail et de la vie de Calvin fut vouée à élaborer un syncrèlisine protestant. » (Le mot est de Calvin : « Eh quoi ! notre ennemi même, le diable, ne doit-il pas nous exciter à demeurer
I. Lie. Leitpold. Johannes Calvin. Ein Charakterbild zur Vierhundertjahrieier seines Geburtstages, dans VAUgemtiiie tvangclische lutherische Kircheneeitung, 1909, n" 27, 28, p. 653, 658. - Pour apprécier à leur valeur ces éloges, accordés .i Calvin par le Licencié Leitpold, il faut bien se rendre compte de ce qu'on peut appeller la mentalité luthérienne proprement dite. Nous en avons précisément les éléments dans ces numéros mêmes de VAItgeinciiie evange/isclie lulherische Kirchemeiliing, l'organe du luthéranisme ecclésiastique allemand. Il nous est dit : « Il y a eu un temps où Jean Calvin était l'homme le mieux haï dans les pays luthériens » (p. 631). — « Les épigones de Luther, qui voulaient être plus luthériens que Luther, se sont plus tard exprimés sur Calvin et le Calvinisme plus sévèrement que Luther sur Zwingli et les Zwingliens. Ils se sont sentis plus près des catholiques que des Calvinistes, et ont combattu ceux-ci vivement, violemment.... Pas seulement des hommes comme Flaccius, Hesshus et Wigand, ou Joachini Westphal, à Hambourg, qui nommait publiquement Calvin un profanateur des sacrements, ou Nicolaï, qui, comme Servet, appelait le Dieu selon la prédestination de Calvin, le vrai .Satan des Ecritures ; mais Paul Gerhardi même déclarait qu'il ne pouvait voir des chrétiens dans les Calvinistes, et Erdmann Neumeister, l'auteur du beau cantique « Jésus reçoit les pécheurs », composa une poésie où il disait : « Quand Christ et Bélial feront paix et alliance, Luther pourra aussi être le frère de Calvin. » (Pasteur Borgschuttermann, Der Kalvinismus im Lichle hitheiischer geschkhtl. Brlraclituttg dans VAIlg. evang. luth. Kirchemeitung, n° 25, 29, 30, p. 677.) — .Sans doute les sentiments se sont modifiés ; il est cependant reste au fond de la vraie mentalité luthérienne, comme une certaine incapacité de constater les qualités de Calvin, de comprendre son caractère et de se rendre à l'évidence des faits. C'est ainsi que dans son étude, où il s'efforce d'être juste, où il adresse parfois, comme nous l'avons vu, à Calvin de très grands éloges, M. le privat-docent Leitpold conteste le cœur de Calvin : C'était un « intellectuel » (p. 632) ; il nie son sentiment de la nature ; et comme le sentiment de la nature a toujours joué un grand rôle dans l'histoire de la religion, « voilà certainement une preuve que Calvin ne doit pas être classé parmi les tout-à-fait grands (zii den ganz grossen) dans l'histoire des religions » (p. 633). 11 nie même son sentiment de l'art, qu' ♦ il aurait estimé seulement dans la mesure où il était utile à l'Eglise. » Pour la beauté en elle, même, Calvin n'avait pas de compréhension. La preuve.... son style : « Calvin écrivait facilement et brièvement, d'une façon très claire, mais pas du tout belle idurchatis nic/il schôii). Presque jamais il ne réussit à trouver des images pittoresques (anschaiiliche), comme nous en rencontrons des centaines chez Luther. Calvin avait une imagination pauvre (arm an Anschaung). 11 ne se servait souvent que d'images guerrières. Elles fatiguent par leur uniformité» (p. 633). Et voilà ce que devient ce style, souvent sublime, qui, parfois, présage Pascal ou Bossuct, ce style si réaliste, rempli de tant d'images et d'images populaires ! En vérité il suffit de renvoyer la Gaselte luthérienne du 2 juillet à la Gazette liithc. rienne du 16 juillet, où l'on lit, du moins : « Calvin possédait une extraordinaire clarté, précision et élégance de l'expression, et une habileté achevée et artistique d'expositon (eine ktinsllerisch vollendete Geioandtheit der Darstellung) (p. 6781. — Pour cette mentalité luthérienne, Luther est incomparable, et c'est plus qu'une folie que d'oser comparer Calvin à Luther. «Quand on veut appréiier la personnalité de Calvin, on est tente de la comparer avec Luther. J'appelle cela une tentation, car notre Luther a été un homme tout-à-fail incomparable (p. 659). » Mais si on compare Calvin avec Mélanchthon, Zwingle, « on pense difTércmment. Calvin a été vraiment grand» dans le royaume de Dieu; pas un «des tout-à-fait grands, cependant [docli) grand » (p. 656). Plus naïves encore sont les lignes suivantes : «Calvin, dans le protestantisme, a une bien plus grande importance et a eu une beaucoup plus puissante influence que même isclh^/) un Harms et un LOhe(!!), un Wichern et un Kliedner, si grande et si bénie qu'aient été. dans le royaume de Dieu, l'activité de ces ouvriers de Dieu, fortifiés par le Saint-Esprit. Calvin est plus grand même qu'un Gustave-Adolphe et un Mélanchthon. Il n'a pas été, il est vrai, un génie religieux original comme Luther; il est plutôt son disciple, son fils spirituel.... Certainement, au milieu des Réformateurs réfoimés, il est le premier, et au milieu de tous les Réformateurs, il vient tout de suite après Luther» (p. 669). — 1. Ilibbeit Journal, p. 119.
LE JUBILÉ DE IQOg ET LA THÉOLOGIE DE CALVIN 453
unis (ad syncrelismum agev.dum ») '. Si l'accord n'a pu se réaliser qu'avec les Suisses allemands et si les luthériens s'y montrèrent d'autant plus opposés, ce ne fut pas sa lautc -. » — Le professeur Barth dit : « La façon de penser de Calvin était œcuménique. Autant il combattait dans Genève des opinions différentes, autant il se montrait large (weilberiig) et amical vis-à-vis des autres nationalités. Car ce n'était pas son tempérament (seine Ail) de s'attacher à des formes ecclésiastiques. Il distinguait entre le noyau et l'écorce •'. » — Le professeur Eck dit : « Quand il s'agit du catholicisme, il est l'adversaire inconciliable.... Quand il s'agit du protestantisme, c'est le grand iréniquc, qui travaille sans se lasser à apaiser les querelles fraternelles *. » — Le lie. pasteur Hadorn dit : « Sa préoccupation dominante, celle qui l'obséda constamment, c'était celle de l'unification du protestantisme. Il reconnut, plus qu'aucun autre, l'impérieuse nécessité de cette unification et le danger de l'émiettement et des déchirements intestins du protestantisme ; et déjà pendant et depuis son séjour à Strassbourg, il s'ingénia à aiguiller les Eglises protestantes dans la direction de cette unilication. C'était parce qu'il avait nettement conscience de la possibilité de cette union que l'auteur de Vliislilulioii signa VAiigiislana. Après qu'il eut mené à bonne fin l'entente, certes déjà assez laborieuse, avec les zwingliens, les luthériens les plus opiniâtres auraient pu aisément souscrire à l'arrangement qu'il avait préparé, avec l'assentiment de Mélanchthon, sur la base d'une revision de la doctrine de la sainte Cène en vue de l'expansion et de l'approfondisseiuent du protestantisme réformé. Ce ne fut pas sa faute si cette unification échoua.... L'important pour lui, ce n'était pas l'honneur d'une nation, mais celui de Dieu seul.... L'homme qui pensait et qui sentait ainsi ne pouvait pas poursuivre une politique ecclésiastique nationaliste. Sans doute, Genève avait son premier amour, mais son puissant esprit embrassait le monde entier. Il faut, pour se rendre compte de cette action vraiment mondiale de Calvin,... jeter un regard sur son infinie correspondance et sur la situation de ses destinataires. Cette correspondance ne répondait pas seulement à l'universalité de cet esprit déraciné du sol natal, mais aussi au caractère universel et international de son .système religieux, dans lequel n'aurait jamais pu trouver place un Dieu allemand ou genevois ■•. »
Notons une observation juste et importante. Le Rev. Woods dit : « Calvin a été appelé un pape.... La grande variété des confessions calvinistes réfute cette accusation ''. »