Missions
Enfin : unioniste, (vcuniéniquc et missionnaire "-. — 11 est incontestabli.- que la première tentative missionnaire a eu lieu en 1556, avec l'expédition de \'illegagnon au Brésil. Deux pasteurs de Genève accompagnèrent l'expédition, Ch.uticr et Richier. Villegagnon se trouva être un triste personnage, un traître. Mais Calvin n'en avait pas moins eu l'occasion de montrer son intérêt et de manifester son esprit. — Et, après Calvin, le calvinisme a été le plus puissant agent (nocncy) dans l'évangélisation du monde •'. » C'est ce que montre l'étude du Rev. Morris sur Calvin, le calvinisme et les missions.
Est-ce pure coïncidence que Calvin passe pour avoir incarné le plus fidèlement l'esprit de saint Paul, et que saint Paul passe pour avoir été la grande incarnation de l'esprit missionnaire ?
Qui pénétra d'abord dans les forêts vierges du nouveau monde pour porter l'Evangile aux sauvages, si ce n'est Braincrd et Eliot, des calvinistes.' Calvinistes aussi tous ces héros de la mission, les Carey, les Martyn, les Livingstone, les Moffat, les Dufi", les Morrison, les Paton, etc. — « Le premier missionnaire, depuis la Réformation, envoyé par une Eglise comme Eglise, et ordonné pour l'œuvre missionnaire, fut Alexandre Duff, — au service de l'Eglise presbytérienne d'Ecosse, — dont le nom est le symbole de tout de qu'il y a d'héroïsme, de sacrifice, de sainteté dans l'œuvre rnissionnaire '. » — « Et, en fait, les Eglises presbytériennes accomplissent un quart de l'œuvre missionnaire faite par toutes les Eglises protestantes réunies ^. »
Notre auteur dit encore : « Tandis que les adhérents des autres communions protestantes sont plus ou moins massés dans des contrées particulières, les Luthériens en Allemagne, les Episcopaux en Angleterre, les Méthodistes et les Baptistes dans les Etats-Unis, les Presbytériens sont répandus par toute la terre. Ils prospèrent à cette heure dans plus de continents, parmi un plus grand nombre de nations et de peuples, qu'aucune autre Eglise évangélique. Comme témoins, ils ont, sur le continent européen, les Eglises réformées presbytériennes en Autriche, en Galatie, en Moravie, en Hongrie, en Belgique, en France, en Allemagne, en Italie, en Grèce, en Hollande, en Russie, en Suisse, en Espagne. Ils ont leurs racines et ils portent des fruits en Afrique, en Australie, en Asie, en Grande-Bretagne, dans l'Amérique du Nord, dans l'Amérique du Sud, dans les Indes occidentales, dans la Nouvelle-Zélande, en Mélanésie. — Le peuple presbytérien entoure de sa foi la terre. Le presbytérianisme possède un pouvoir d'adaptation incomparable. Il détient une grande part de l'intelligence et de la force morale du monde chrétien, et de sa vie spirituelle découlent les forces puissantes des missions chrétiennes dans le monde païen '^. »
M. le professeur Mirbt dit : « Quelque chose du sens œcuménique, quelque chose de la force et de l'esprit de Calvin, allant toujours en avant, est resté à l'Eglise réformée comme héritage, et elle a ainsi réussi à dépasser de beaucoup le nombre des luthériens. » Et M. Mirbt note que « Calvin a aussi soutenu le premier essai de mission évangélique à propos de l'expédition de Villegagnon'. » — Le professeur Wernle dit : « Il faut indiquer encore un trait que Calvin a de
I. Bohatec, p. 393. — 2. Voir dans la Reformirle Kirchen-Zeitimg, 1909, p. 322 et ss. : Pastor Ernst Kochs-Eindcn, « Calvin und die Mission.» - :t. Rev. S. L. Morris, D. D., secrétaire des Home Missions of the Presbyterian Cluirch : « The relation of Calvin and Calvinism to Missions, » dans Calvin Mémorial Addresses al Savaniiah, 1909, p. 133. — i. Ibid., p. 141. - .5. Ibid., p, 142. — •'!, Ibid., p. 144, 145. - 7. Mirbt, p. 16.
LE JUBILÉ DE I909 Et LA THÉOLOGIE DE CALVIN 455
plus que le luthéranisme : le besoin de mission et Je conquête du monde. » « Il voulait promouvoir le règne de Christ dans toute l'Europe sous la forme d'une union protestante. » « Son œuvre est traversée par un courant international. Il faut arriver au libéralisme postérieur et politique, au socialisme, pour rencontrer des doctrines et des organisations tenant aussi peu compte des particularités nationales. Et cependant Calvin n'est pas du tout un doctrinaire. Personne ne savait apprécier plus finement les caractères spéciaux des différents pays, et ne savait distinguer entre les réformes absolument nécessaires et ce qui devait être laissé à la liberté, supporté avec accommodation. Son effort d'union devait le pousser à des concessions continuelles, à des concessions dans les choses secondaires. Il a supporté et fait supporter aux communautés françaises, en Allemagne, un nombre étonnant de renoncements, par amour Je l'unité et Je la paix '. »
La doctrine de la Bible.
I. La doctrike de Dieu et les deux doctrines de l'Ecrituke sainte ET DE LA Prédestination.
Nous avons gardé pour la fin, non seulement la doctrine de la Prédestination (ce qui est naturel), mais aussi la doctrine de l'Ecriture sainte. Nous croyons en efiét qu'il y a avantage à rapprocher ici ces deux doctrines. — Toutes deux ont été spécialement critiquées. Et même il ne serait peut-être pas trop paradoxal de dire que la doctrine de l'Ecriture a été, est encore plus critiquée que celle Je la PréJestination ! Maints auteurs s'efforcent Je renfermer toute la théologie de Calvin dans sa conception de l'Ecriture pour s'en débarrasser ensuite J'un coup, en Jéclarant comme un axiome que cette Joctrinc Je l'Ecriture est inacceptable et Ju reste généralement inacceptée. — De plus, ces Jeux Joctrines Je l'Ecriture et Je la Prédestination sont celles qui, à un certain point de vue, caractérisent le mieux la théologie et la pensée religieuse Je Calvin : théologie et pensée tout entières concentrées Jans sa Joctrine Je Dieu.
Le Rev. Collin Minton Jit : « L'esprit Je Calvin ne trouva qu'une seule vérité fonJamentale assez large pour supporter l'édifice de sa théologie et de sa théodicée : « Au commencement, Dieu.... » Sa théologie est fondamentalement théiste. « Il a Dieu dans toutes ses pensées. » Pas la souveraineté de Dieu, comme on l'a si souvent affirmé, ni sa justice, ni sa puissance, ni son autorité gouvernementale, mais : « Au commencement. Dieu -.... » — <' Il plaça à la base de sa pensée, non pas la souveraineté de Dieu, mais un Dieu qui est souverain. Il ne proclama jamais exclusivement la transcendance de Dieu.... Il affirma l'immanence de Dieu aussi clairement, bien plus clairement que ne le font les auteurs de notre époque, qui voudraient nous faire croire que c'est ici une des grandes découvertes de la philosophie moderne •'. » — « Pas moins que Spinoza d'Amsterdam, mais d'une façon plus saine, et avec une soumission constante à l'Ecriture sainte, Calvin de Genève a été « l'homme ivre de Dieu » (ihe God-intoxicaled maii) K » — « De ces prémisses, dit le pasteur Calaminus, on comprend la prédestination et la doctrine de la Bible ■'''. » — Le D^ Moffat Jit : Calvin rétablit en face Je l'Eglise catholique la souveraineté de Dieu <( qui dispose souverainement, — Dieu et non une association d'iiommes, — des âmes humaines. » — De là deux conséquences. La Bible est la parole de Dieu. L'Eglise disait: Nous avons la Bible, nous
1. Wernle, Johamies Calvin, Akademisclier Vôrtrag, p. 17, 18, 19, 20. - 2. Rev. Henry Collin Minlon, Calvin llit Theologian, dans Calvin Mémorial Addresses, Savannah, p. 43. - :l. Wid., p. 46. - 4. Ibitl., p. 44. - .".. ReformirU Kirchtn- Zeiltnig. 1909, p. 363.
APPENDICE
VOUS donnons b Bible, nous l';iuthentiquons et nous l'interprétons infailliblement. Calvin oppose le témoignage du Saint-Esprit. Il semble n'admettre que des « raisons subjectives ». Cepend.mt, il ne néglige pas les « raisons externes ». Il dit seulement qu'elles sont insuffisantes, si elles ne sont pas expliquées et appliquées à l'esprit et à la conscience humaine par le Saint-Esprit. « Il sépare les individus complètement de Tliglise, de toute organisation, de toute autorité
humaine '. »
Dieu est tout. Dieu est tout dans les hommes, et ce sera la Prédestination. — Dieu est tout dans la Révélation, même dans les documents de la Révélation, et c'est la doctrine de la Bible. Et comnie la doctrine de la Bible est le dernier mot du tliéocentrisme de Calvin, il est logique que l'anthropocentrisme moderne concentre contre cette doctrine de la Bible ses critiques les plus unanimes.