‹ Jean Calvin, les hommes et les choses de son temps (volume 4)Chapitre 129 sur 149 · Textes mal compris · texte numérisé non relu

Textes mal compris

A titre d'exemples,. nous signalerons quelques déclarations de Calvin, qui ont été tout à lait mal comprises.

Parmi les doctrines « autoritaires, dogmatiques, disciplinaires, que Calvin a empruntées au moyen âge, figure en premier lieu, d'après M. le professeur Viénot, la doctrine sur la Bible".» Deux preuves suivent :

1° Calvin aurait eu une confiance illimitée en sa propre exégèse. «Il croit très sincèrement qu'il a toujours exprimé le vrai sens de l'Ecriture. « Je n'ai pas corrompu, dit-il, un seul passage de l'Ecriture, ni détourné à mon escient '-. » Pour que le texte eût le sens qu'on lui donne, il Huidrait qu'il ne contint pas les mots « à mon escient », c'est-à-dire volontairement. Mais les mots « à mon escient » y sont, et je ne vois pas que Calvin ait dépassé, je ne dis pas la liberté, mais le

I. Eck, p. 20. — i. Irwin IIocli de Long, p. 176, n. 17. — ^i. Ihiil., p. 180. — Il signale comme cas d'exégèse indépendante: Genèse VII, 6 ; III, 21; Joël I, 1. — i. Rev. Francis Brown, président of Union Thenlogical Seminary, New- York : « Calvin as a Theologian, » dans The Ccntury itliistraled Monllily Magasine, juillet 1909, p. 467, 466. — •">. Prof. Rev. Spence, p. 307.

fi. Irwin Hoch de Long,p. 174. — 7. Calvin a exposé ses principes dans la préface de l'Epitrc aux Romains (lettre à Grynéc, 18 octobre 1539) et dans sa lettre à Viret (19 mai 1540). Ces documents sont datés de Strasbourg. — S. Prof. Rev. Spence, p. 310. — 0. Ibid., p. 312. — !(•. Rev. II. Collin Minton : « Calvin, tlie Theologian, ■» dans Calvin Afrnioria/ Addrtsses al Savantiah, 1909, p. 41. — H. Viénot, p. 35. — li. Ibid., p. 25, n. I.

devoir strict de tout exégctc, de pouvoir se rendre le témoignage qu'il n'a jamais volontairement faussé un texte. C'est du reste ce qu'explique le professeur américain Spence. « Dans son dernier discours, Calvin n'a pas voulu dire « du tout » qu'il n'a jamais mal interprété un texte des Ecritures. Il a repoussé pareille prétention quand il a dit ailleurs : « Dieu n'a jamais estimé ses servi- » leurs dignes d'un si grand bienfait, qu'il leur ait accordé une connaissance complète et par- » faite ; mais il les a laissés dans une ignorance partielle, en partie pour les rendre humbles, en » partie pour les disposer à l'entente fraternelle. » Il veut dire qu'il n'a jamais mal interprété l'Ecriture sciemment et intentionnellement '. »

2" Puis M. Viénot déclare que « Calvin se méfie des interprétations individuelles » et » veut que la Bible ait ses interprètes officiels : le corps des ministres. » Suit le texte de Calvin : « L'apôtre ne dit pas que Dieu a laissé l'Ecriture -, afin que chacun y lise, mais qu'il a institué une police, qu'il y ait des gens pour enseigner. »

Alors Calvin n'est pas pour que chaque fidèle lise la Bible ? Il fmt des interprètes officiels, une police chargée de veiller sur la Bible.' Calvin est à ce point catholique-romain? Recourons au texte intégral. Calvin parle des docteurs, qu'il distingue des pasteurs. Puis il dit : « Parquoy, si chascun lit en privé, cela n'cmpesche point qu'on escoute en publicque. » Ce qui veut dire évidemment, non pas qu'il ne faut pas lire la Bible chacun pour soi et chez soi, mais qu'il ne faut pas se contenter de cette lecture privée, il faut aussi profiter des exiiortations et de l'enseignement public. Si on lit le sermon, on voit très clairement le but poursuivi par Calvin. Il veut que les fidèles ne se séparent p.is de l'ordre général constitué par Dieu dans son Eglise : " Ceulx, dit-il, qui ne daignent pas se tenir en ce rang de proufiter en la foy, et en toute vertu, par l'ordre commun de l'Eglise, ne sçauroyent mieulx se retrancher de la compaignie des enfans de Dieu.... La nécessité d'estre enseignez par les sermons, d'estre confermez par les sacremens, . exercez aux prières publiques et confession de foy, nous est commune avec les Pères anciens.... De faict, ceux qui cuident estre si robustes de n'avoir plus affaire de ceste conduite externe, regardent bien mal à leur condition.... Que ces chrestiens Imaginatifs se despouillent de leurs corps et se ficent anges du ciel, et alors ils se pourront exempter de ces petites aides dont ils tiennent si peu de compte. Mais il fault que tous ceulx qui se cognoissent hommes passent par là, de s'assubjectir à la police ordinaire que Dieu commande à tous les siens ^. » — Faut-il encore observer que ce mot de police n'avait pas, au seizième siècle, le sens qu'il a aujourd'hui, et qu'il signifiait tout simplement la discipline ou l'ordre ecclésiastique ? Calvin cherche « à entretenir l'unité », et veut que « grans et petits » suivent « la règle générale », « l'ordre » établi par le Christ et ne méprisent pas l'ordre des docteurs « ordonnez tant pour façonner les pasteurs que pour endoctriner l'Eglise. » Ou bien : « Maudit soit leur orgueil *. » — Dans tous ces textes, on le voit, il n'y a rien qui ne soit parfaitement sage, très évangélique, très paulinien; il n'y a rien qui sente de près, ou même de loin, son moyen âge.

Rappelons à ce propos une idée chère à Calvin. Il aurait voulu la réunion d'une conférence de docteurs chargés de rechercher le vrai sens des passages bibliques. Dix mers ne l'arrêteraient pas pour contribuer à « l'accord des hommes savants, honnêtement établi d'après la norme de l'Ecriture. » « Plut au ciel que en un lieu, des hommes savants et graves, pris dans les principales Eglises, se réunissent, et, après avoir soigneusement examiné les principaux chapitres de la foi, sur tout ce qui est commun, donnent la doctrine certaine de l'Ecriture {cerlam scriptura: doctrinam) ^. »

l. Prof. Spence, p. 311, 312. - i. Viénot, p. 26, n. 2. - A propos de Epliésicns IV, i ,. - .1. Q„al,e sermons, traie tans des matières fort utiles pour nostre temps. Opéra VIII, p. 4'3,4I3. - *• Commentaires, Eplusicns IV, 12. •6. Calvin à Cranmer, fin d'avril 1532. Ofiera XIV, p. 313. - Voir lettre de Cranmer à Calvin, 20 mars 1552.

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