‹ Jean Calvin, les hommes et les choses de son temps (volume 4)Chapitre 130 sur 149 · Intellectualisme · texte numérisé non relu

Intellectualisme

Sur l'intellectualisme de la doctrine biblique de Calvin, M. le professeur Barth dit : " Il y avait une teinte dogmatique sur sa conception de l'Ecriture sainte, Codex inspiré de la doctrine chrétienne, auquel revient dans toutes ses parties une autorité égale. Tandis que Luther s'est exprimé très librement sur la lettre et sur les auteurs des livres bibliques, Calvin accepte, sans plus, l'ancienne doctrine ecclésiastique de l'inspiration, qui est d'une origine plus platonicienne et philosophique que biblique'. » — Au nombre des erreurs de Calvin, « se trouve, en premier lieu, son intellectualisme théologique, par lequel il arrive à une simple doctrine chrétienne dans tous les cas applicable et nécessaire -. »

Nous nous sommes expliqué sur l'intellectualisme de Calvin ; et nous nous bornons à relever un texte cité par M. Barth et qui nous ne paraît pas contenir tout à fait ce que l'on en tire. D'après M. Barth, «en 1552, Calvin aurait fait décider par le Conseil de Genève que la doctrine de son Institution était sainte doctrine de Dieu, et que personne à l'avenir ne devait rien dire contre V Institution ^. »

Vraiment, Calvin en serait-il arrivé à ce degré d'orgueil qu'il aurait mis son Institution sur la même ligne que la Bible ? — Voici le fait dans son historicité. Trollict blâmait la doctrine de la prédestination, «comme elle est escripte en Vhisliliition de M. Calvin. » C'est donc un « différent entre M. Calvin et M. Trolliet. » L'affaire est débattue en Conseil; Farel et Viret s'y présentent. Il y a « dires et répliques ». — « Et le tout considéré le Conseil a arresté et conclu que, toutes choses bien aoyes et entendues, l'on pronunce et déclayre le dit livre d'Institution estre bien et sainctement faict, et sa doctrine estre saincte doctrine de Dieu, et que l'on le tient pour bon et vray ministre de ceste cité, et que dès icy à l'advenir personne ne soit ausé parler contre le dit livre, ny contre la dite doctrine : commandans aux aultres parties et à tous, qu'ilz se doybgent à cela tenir ^ »

Nous avons ici un texte, non pas théologique, de la main de Calvin, mais un arrêté judiciaire, rédigé par le Conseil de Genève, disant que Calvin est « bon et vrai » pasteur, que sa doctrine est orthodoxe et que, en particulier, sa doctrine de la prédestination ne doit pas être attaquée. L'Institution est mise non pas sur le rang de la Bible, mais sur le rang d'une confession de foi. Et il n'y a là rien de particulièrement orgueilleux, ou même digne de remarque, pour le seizième siècle.

M. le professeur Trôltsch dit : " La doctrine n'est pas son propre objet ; mais précisément comme la foi est une condition [hypotbesis) pour la conduite correcte, de même la pure doctrine est une simple condition (Ijypothesis) et un moyen. Cela implique certainement dans la préoccupation systématique du calvinisme une plus grande extension théorique de la doctrine, qui dépasse les exigences du luthéranisme. Mais encore la doctrine, dans son développement systématique général, demeure-t-elle le moyen pour le but, la condition de ce qui est valable en soi, de l'action chrétienne ■''. » — Le professeur Bavinck dit : " La certitude avec laquelle Calvin parle est de nature non pas scientifique, mais religioso-morale : c'est la certitude de la foi au salut qui est dans le Christ Jésus. Et dans l'esprit de Calvin, la foi a précisément cette particularité d'être d'une certitude absolue''.» — Le professeur Schubert dit: " La religion de Calvin est d'abord, non pas obéissance, mais amour de Dieu, passion de Dieu, chaude, ardente, reposant sur l'expérience la plus intime, qui le domine, qui pénètre dans tous les détails de la vie de son âme, et en conséquence de la vie des autres.... Il sentait qu'il marchait sur les traces et parlait avec la force de

I. Barth, p. la. — 2. Ibit/ , p. ii. — .1. Ibid., p. il. — l. Opéra XXI. Amiales, 7, 8, g novembre 1552. — •"'. Hibbert Journal, p. 107. -^ '>. Bavinck, TVic leading Ideas (dans Calvin Conmieiiioralion, London), p. 16.

langage d'un Paul. Calvin appartient aux héros dans le domaine de la religion,... pas avec la diplomatie d'un Bucer, mais avec la grandiose indépendance d'un Luther : « Pour moi, écrit-il aux pasteurs de Neuchâtel ', si je suis esclave (scrviis) de Christ, le témoignage seul de ma conscience (iitiius coitscifiiliw iiuce) me sera toujours plus précieux que les applaudissenuMits de l'univers entier {tiniversi orbis applausiis) -. »

Page 1