‹ Jean Calvin, les hommes et les choses de son temps (volume 4)Chapitre 131 sur 149 · I.KGALISME · texte numérisé non relu

I.KGALISME

M. le professeur Barth dit : « Le corollaire de cet Intellectualisme est le Légalisme qui est attaché à son œuvre.... La principale raison se trouve dans sa conception de la sainte Ecriture, d'après laquelle la force coercitive et légaliste de l'ancienne alliance est sur la même ligne que les paroles de Jésus sur la charité et le pardon.... Sa théorie de la Bible l'empêchait d'avoir une vue claire de la marche progressive de la Révélation de Dieu à l'humanité, et lui, qui savait prêcher d'une façon si saisissante sur Jésus, ressemblait surtout à Moïse et à Elie. Il tenait en main le bâton de la loi, et voulait obtenir d'un coup (mit eiiiem Mal), par des règlements et des peines, l'obéissance à Dieu,... comme, après lui, les hommes de la Révolution de 1793, qui bouleversaient tout le passé, jusqu'au nom des rues, et introduisaient une nouvelle façon de compter le temps •'. »

Laissant toujours de côté l'intellectualisme, nous croyons devoir signaler le fait que Calvin a été l'adversaire spécial des conversions subites : « Cette restauration, disait-il, ne s'accomplit point en une minute de temps, ny en un jour, ny en un an. Mais,... par continuelle succession de temps, et mesmcs petit à petit K » — La comparaison entre Calvin et les hommes de 93 nous parait donc, — ne serait-ce qu'à ce point de vue, — inattendue et inexacte.

Dli reste, nous avons ici une série de déclarations rectificatives. Le professeur Schulthess- Rcchberg dit : « L'attitude de Calvin vis-à-vis dé la Bible est plus légaliste que celle de Zwingle ou surtout de Luther. Mais parce qu'il cherche dans la Bible la vie, sa dépendance de la Bible n'a jamais rien de servile et de formel ■'. » — Le professeur Wernle dit : « Son christianisme n'est ni plus ni moins juif que ne l'a été finalement celui de Paul.... Le Paulinisme me parait avoir été le facteur le plus fort et le plus caractéristique de la théologie calviniste. Il est vrai [vient ici une idée théologique particulière, qui distingue un prem.ier et un second Paulinisme | que c'est non pas le Paulinisme original (genuine) et plein de fraîcheur,... mais le Paulinisme arrangé légalement et ecclésiastiquement.... C'est de l'épître aux Romains qu'est tirée la dogmatique de Vlnsti- Ijtli.yi o „ Le pasteur lie. Hadorn dit : « L'Evangile appliqué comme loi, d'après l'esprit de l'Ancien Testament et pour des raisons pédagogiques, en vue de l'obéissance de la ioi, finit par se légitimer comme une magnifique loi de liberté ''.» — « Si dans cette attitude vis-à-vis de l'Ecriture, Calvin est d'accord avec ses devanciers, sur les épaules desquels il repose, la qualité distinctive de sa théologie gît dans l'application conséquente du principe scripturaire, qui se montra surtout dans la forte accentuation du caractère anti-catholique de sa Réformation : Par là, le calvinisme s'est légitimé lui-même comme la meilleure arme de combat dans la lutte pour l'être ou le non-être du protestantisme, parce qu'il avait pour lui l'Ecriture l » — « Il n'est naturellement pas difficile de représenter ce biblicisme conséquent et anti-catholique comme un christianisme légal, comparé avec la largeur de Luther, qui ne prenait pratiquement de la Bible que ce qui conduisait à Christ. Encore que ce point de vue de Luther nous paraisse à nous chrétiens réformés un bienfait, n'oublions pas quelle bénédiction a apportée à notre Eglise ce pèleri-

1. 21 janvier 1545. Opéra XII, p. 13. - 'i- Schubert, p. 20. - :î. Barth, p. 13, M- - '•■ Voir plus haut, p. 257. - S. Schulthess-Rechberg, p. 30.. - 6. Wernle, Akademù^chey Vortrag, p. 28. - 7. Hadorn, p. 12. - «. /M., p. 20, 2..

APPENDICE

nage à travers le désert du puritanisme '.... » — " On a voulu tirer de l'énergie morale, où gisait la victoire du calvinisme sur le monde, le reproche qu'il a été une rflii^iion Ici^alc ! Nous accepterions volontiers ce reproche, dans la supposition que l'on nous rendit l'antique héroïsme calviniste. Mais quiconque a foit plus ample connaissance avec ces héros, sait assez que leur valeur morale n'était rien moins qu'un légalisme asservissant. Au contraire, elle n'était que la radioactivité d'une piété intense, vivante, qui, dans la trempe viviliantc de la toi à une élection personnelle, plongeant ses racines dans l'éternité, possédait l'assurance du salut à sa plus haute puissance, mais seulement aussi longtemps qu'elle se documentait dans l'action, dans l'acte d'ohéissance de la foi-. » — Le professeur Stevenson dit : « La loi martiale n'est pas le moyen idéal de maintenir l'ordre social, mais, par moments, il est nécessaire d'appliquer la loi martiale. Il ne faut pas méconnaître le milieu dans lequel était placé Calvin, de même que tous nos pères les puritains. C'est à leurs fruits et non à leurs racines qu'il faut les juger. Rappelons-nous les paroles de George William Curtis : « Sous les feuilles écrasées et sombres des bois, en avril, vous trou- » verez éparse^ terrées, s'étirant dans l'ombre et le froid, des racines roides, dures, fibreuses ; » mais les fleurs qu'elles portent sont les plus aimables et les plus douces de toutes les fleurs » dans l'année. » Le calvinisme, dans ses racines, à cause des éléments contre lesquels il avait à combattre, peut avoir eu plus d'un aspect noir, rude, vilain ; mais quels fruits a-t-il produits, sinon de la lumière, de la liberté et du progrès ? •' » — Le professeur Holl dit : « En général, quand on parle du Légalisme de Calvin ou du carailcrc de sa piélc selon le type de F Ancien Teslanient, on attribue simplement à Calvin des traits qui apparaissent seulement chez les Puritains ou chez Knox. Mais, entre Calvin et le calvinisme ultérieur, il y a à peu près la même différence qu'entre Luther et l'orthodo.Kie luthérienne. Calvin n'a en aucune façon usé de la Bible comme d'un statut légal, d'après lequel la vie, dans tous ses détails, doit être réglée. Qu'on lise ce qu'il dit déjà dans la première Instilulioii sur les traditions dans l'Eglise *, ou la manière dont il explique le précepte du .sabbat, — tout à fait comme Luther ! — ou ce qu'il observe contre l'usage légaliste des Ecritures par les anabaptistes ^, et contre l'idée que la législation mosaïque devrait être imposée comme norme aux Etats modernes ". Calvin se tient, comme Luther, aux libres principes pauliniens ". La différence entre les deux vient seulement de ceci que Calvin avait une autre conception que Luther de ce qui « sert à l'édification », et qu'il envisageait plus sévèrement le devoir éducateur de l'Eglise^. » — 'Enfin, le professeur A. Dorner dit : « On pourrait penser que Calvin est théocrate. Mais en aucun cas la théocratie de Calvin n'est la théocratie du moyen âge. Au moyen âge, l'obéissance est aussi au centre, mais l'obéissance à l'Eglise.... C'est une théocratie ecclésiastique. Calvin ne la connaissait pas. Le chrétien est souverain en face de tout ce qui est fini.... 11 se sait, immédiatement, par le Saint-Esprit, sûr de son élection. C'est un sentiment grandiose de la responsabilité du sujet, qui est libre en Dieu, et n'est lié à rien dans le monde, si ce n'est à la volonté de Dieu ". » — " Un grand théologien du siècle passé dit dans son Histoire

I. Hadorn, p. 21. — 2. Ihiil., p. 23, 24. — •). Rev. J. Ross Stevenson ; « Calvin's Influence on civic and social Life, » dans Tht Aubiirn Seminary Record, juillet '909, p. 172, 173. — i. Opéra I, p. 225, 226.

•">. * Si quelqu'un objecte qu'il n'y a nul tesmoignage ny exemple au Nouveau Testament, pour prouver qu'il soit licite aux chrestiens de faire guerre,... je respon... qu'il ne faut point chercher déclaration de cela en la doctrine des apostres, veu que leur intention a esté d'enseigner quel est le règne spirituel de Christ, non point d'ordonner les polites terriennes. » IV, xx, 12.

('. * Aucuns nient que une République soit bien ordonnée, si en délaissant la police de Moyse, elle est gouvernée des communes loix des autres nations. De laquelle opinion, je laisse à penser aux autres combien elle est dangereuse et séditieuse. Il me suffira à présent de monstrer qu'elle est plenement fausse et folle. » IV, xx, 14.

7. « Cecy soit ferme et arresté que toutes choses sont nostres, mais que nous sommes h Christ (1 Cor. III, 8). » Caléchisiiie français. — S. Holl, p. 49, 50, n. 28. — 0, A. Uorner, p. 5.

de la lhéo!o(;ie prolestante : « La pensée calviniste, dressant comme drapeau la majesté et l'iionneiir de Dieu, auquel l'homme se donne comme instrument docile, a inspiré à ses fidèles sectateurs un courage sûr de la victoire, un esprit de martyre, un héroïsme invincible, vertus auxquelles le calvinisme doit une bonne partie de sa force conquérante, et qui ont fait de lui l'armée du protestantisme'. » (Dorner, Geschkhle der prolestaiilischen Théologie, p. 405.) — « Mais Calvin n'cst-il pas l'homme de la doctrine stricte ?... De la stricte soumission à l'Ancien et au Nouveau Testament? Et la Bible ne contient-elle pas la loi théocratique, à laquelle nous sommes soumis? » Dorner rappelle ce que nous avons dit de la critique et de l'exégèse de Calvin. 11 conclut : « Ici aussi Calvin met au centre l'honneur de Dieu, et la Bible montre le chemin de l'élection. On montrera difficilement que sur ce point Calvin est plus légaliste que le reste de la Réformation -. » — « Si ce qui caractérise le point de vue légaliste, c'est que la loi est divisée en une foule de prescriptions de détail, Calvin se trouve placé au point de vue contraire.... Finalement, tout revient à l'influence immédiate du Saint-Esprit, et la personne est plus délivrée dt toute foi légaliste, la piété est plus énergiquement spiritualisée que dans le luthéranisme ^. » — « Sans compter que Calvin ne pense pas le moins du mgnde à imposer au chrétien la loi cérémonielle de l'Ancien Testament, ni une nouvelle loi selon la méthode romaniste. Dans la moralité civile, il reconnaît la liberté de la raison et souligne énergiquement l'indépendance du chrétien. » — « Mais enfin Calvin n'est-il pas, — sous une autre forme qu'au moyen âge, — un • théocrate légaliste, si l'on considère l'organisation de l'Etat et de l'Eglise à Genève * ? » (Ici nous renvoyons à l'étude elle-même.)

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