I. Quelques points particuliers
1. Le professeur Warficld dit : « La doctrine de la prédestination n'est pas le principe formateur du calvinisme : c'est son postulat logique (logical iniplicalion). Ce n'est pas la racine de laquelle le calvinisme est sorti; c'est une des branches qu'il a inévitablement poussées \ » — Le professeur Tschackert dit : « La place que Calvin donne à la prédestination a sa cause particulière. Il voulait seulement contenter un besoin pratique, religieux, pour lui imprescriptible ; il ne voulait pas laire de la prédestination le point de départ d'une spéculation théologique. S'il n'a pas donné à la doctrine de la prédestination une place centrale, c'est une preuve de sa réserve discrète (keuscb) » •'.
2. Le Rev. C.-H. Irwin dit à propos de l'expression fameuse : Hoiriluh- decieliini, Calvin n'a pas parlé d'un « décret horrible ». En français, comme en anglais, nous avons donné aux mots latins horror ou borribilis un sens qu'ils n'avaient pas. Quand Cicéron dit : « c'est borribile de parler dans une cause capitale; c'est horribilius de parler le premier, » que veut-il dire? sinon, c'est une tikhe solennelle {aivful) de plaider dans une cause où il s'agit d'une vie d'homme, et c'est une t.iche plus solennelle encore de parler le premier dans une cause pareille, « Vhorribile decrelum est donc un décret qui doit nous remplir d'un saint effroi, d'une crainte solennelle
l. Warfield, p. 296. - -'. Ibhl., p. 298. - :t. Ihid., p. 299. - Sur l'abus fait de la doctrine de Calvin par ccu.x qui confondent le témoignage du Saint-Esprit et le témoignage de la conscience, et sur Tliistorique de la doctrine, voir Jbid., p. 303 et ss., p. 310 et ss. - '*. Warfield, The Theology 0/ Calvin, dans Calvin as a Theologian, and Calvinisn, lo day, 1909, p. 19, 20. — ■>. Tschacitert, p. 399.
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et nous pousser à l'adoration mystérieuse'. » — Le latin ne parle-t-il pas de la sainte horreur, c'est-à-dire de la crainte religieuse qu'inspire le mystère solennel de la forêt ?
3. La doctrine de la prédestination conduit logiquement au supralapsarianismc. Calvin a-til été supralapsaire ? Les auteurs anti-calvinistes, sur ce point, en doutent de plus en plus.
Le professeur Newman dit : « La question est encore digne d'être discutée. J'ai été autrefois disposé à classer Calvin parmi les supralapsaires, d'après le passage précité (nous l'avons cité) et d'autres semblables -. Mais une recherche plus minutieuse m'a conduit à cette conclusion que, s'il s'est approché périlleusement du supralapsarianisme, et s'il s'est servi d'un langage calculé [on aimerait savoir sur quoi se fonde une aussi étrange accusation] pour induire les lecteurs moins prudents au supralapsarianisme, aucune sentence ne peut être trouvée dans ses ouvrages volumineux qui soit contraire à l'infralapsarianisme. » — « Autant que j'ai pu le découvrir, Calvin ne s'est jamais distinctement commis lui-même avec le supralapsarianisme, comme le lircnt Bèze, son successeur à Genève, Gomar, Piscator, Bogerman et autres dans les Pays-Bas, etc., Whitgift en Angleterre, etc. •'. » — Le professeur Rev. Théo. F. Herman dit : « Si l'on juge Calvin d'après les textes de V Institution, on ne peut douter qii'il fût un rigide supralapsaire. Dans d'autres sources, on peut trouver des affirmations qui prouvent que Calvin a vacillé entre le supralapsarianisme et l'infralapsarianisme ; spécialement dans le Consensus gcnevensis, il dépasse l'infralapsarianisme de saint Augustin '. » — Le Rev. Motfat dit : « Calvin fut assez sage pour ne pas user du pluriel et pour parler « du décret » de Dieu •'. »
4. Le Rev. Webb, prolesseur au Sàninaire ibéologiquc de Kentuckv, a traité, dans des pages curieuses, la question de la damnation des petits enfants ''.
D'après lui, les citations produites seraient peu nombreuses, une douzaine environ ; seraient des affirmations faites en passant et non des obiler dicta ; même les plus claires, en apparence, pourraient être expliquées autrement qu'on ne le fait ''. — Et, au sens apparent de ces citations, M. Webb oppose la doctrine générale de Calvin, d'après laquelle tout réprouvé est condamné cependant sur ses actes personnels et conscients d'impiété, de méchanceté, de rébellion, quel que soit du reste le rôle du décret dans ces actes. Un enfant mort peu de temps après sa naissance ne saurait se sentir coupable de pareils actes personnels d'impiété, de méchanceté, de rébellion. Donc il faut admettre qu'aucun réprouvé ne meurt en enfance, avant d'avoir atteint l'âge où il a conscience des actes sur lesquels il est condamné.
5. Plusieurs auteurs insistent sur les ressemblances entre la doctrine de l'élection (prédestination) et la doctrine de la sélection. Ils montrent que les doctrines les plus combattues du calvinisme ont trouvé un singulier appui dans les affirmations de la science moderne.
Dans The Bibliotheca sacra, un article anonyme sur le « Calvinisme et le Darwinisme » dit : « L'évolution de ces dernières années n'est en grande partie que la moitié de la vérité calviniste, sans aucun des traits qui la rachètent dans ce vaste système.... La prédestination du système calviniste est le résultat d'un décret dicté par la bonté parfaite et la sagesse infinie. La prédestination de l'évolutionnisme actuel n'est que le résultat d'une aveugle nécessité, qui n'a jnis de regard
I. Rev. C-Il. Iruin, John Calvin, The Man and his Work', 1909, p. 179, 180. — i. Opéra I.X, p. 713. — ■!. Prof. A. -H. Ncwmann : «The Calvinism ofCalvin, > dans The Review and Expositor, a BaplisI Iheological Oiiarterly, Louisville, Kcntucky, VI, 4, octobre 1909, p. 569. — 4. Rev. Théo. F. Herman, The Reformed Chiiich Review, 1909, p. 195. — ■'>. Moflat, Aiibnrn Seminnry Record, 1909, p. 163. — 0. « Calvin's doctrine ol' Infant salvation, » dans les Calvin Mémorial Addresses, p. 107 et ss. — 7. Voir II, i, 7; IV, .\vi, 17; III, .\xxiii,7; et encore un texte dans lizéchiel XVIII et un autre dans Conira Pighuis, Opéra VIII.
pour l'individu et qui n'a pas pour luit la perfection bienheureuse '. » — L'auteur se permet même une sorte de calembour anglais assez amusant : « Moral motives, dit-il, des mobiles moraux, ne peuvent être compares à des locomotives -. » — Et il ajoute : « La doctrine de l'hérédité, telle que l'atfirment les évolutionnistes modernes, est prociie parente de la doctrine calviniste sur le péché originel. » — « Les évolutionnistes ont tellement renforcé la doctrine du péché originel, qu'elle ne peut plus être délogée de l'esprit humain. La « solidarité » de la race humaine est plus enracinée que jamais dans le système doctrinal de l'F.glise ■'. » — Le Rev. Minton dit : « L'apôtre de la sélection a usurpé la place de l'apotre de l'élection, et plus d'un est heureux d'accepter la sélection naturelle de Darwin, qui lève les mains avec horreur devant l'élection divine de Calvin '. »