‹ Jean Calvin, les hommes et les choses de son temps (volume 4)Chapitre 135 sur 149 · JUGEMENTS GÉNÉRAUX · texte numérisé non relu

JUGEMENTS GÉNÉRAUX

Quelques auteurs se bornent encore aux anciennes critiques. M. le professeur Viénot dit : « Le dogme de la prédestination, tel que Calvin l'a formulé, nous apparaît comme le délire de la logique "'. » — Mais ces appréciations sont de plus en plus rares. Et ce qui frappe, au contraire, c'est que presque tous les auteurs parlent de la célèbre doctrine avec un respect croissant, et trouvent, de plus en plus, que de ce mystère sont sortis les bienfaits du calvinisme pour son époque et pour le monde moderne.

Le Rev. Herman dit : « Depuis Heraclite jusqu'à .Schleiermacher, Schopenhauer et John Fiske, plusieurs des plus nobles penseurs ont alfirmé que le déterminisme, sous une forme ou sous une autre, est la seule solution possible de l'antinomie entre' la nécessité et la volonté libre ". » — Le professeur Wernle dit : « Dès que l'individu réfléchit et se demande comment la confiance en ce Dieu de l'Evangile est née en lui, il se trouve devant le problème de la Prédestination, exactement comme Calvin il y a quatre cents ans '. » — Le professeur Eck dit : « Celui qui considère la doctrine de la Prédestination comme le dernier mot d'im froid penseur, aurait le droit d'être repoussé par cette cruelle dureté. Mais ce sont ici pensées d'un homme d'action, et elles parlent de la force intérieure, qui animait son action et qu'il a su communiquer à la moitié d'un monde ^ » — L'éditeur de la revue (unitaire, sauf erreur) The Homilelic Review dit : « Calvin a fait trois choses pour le protestantisme de son époque. D'abord il lui a donné une théologie claire et solide.... Ensuite il lui a montré l'intime union entre la doctrine et la vie.... Cela est vrai même pour les doctrines de la réprobation et de la corruption totale, qui ont tellement perdu de leur sens pour nous. Elles étaient pour Calvin l'expression de convictions vivantes.... Et enfin Calvin a clairement compris que l'aboutissement de l'Evangile était la justice sociale. Il ne se contentait pas du salut de l'individu". »

Pour le professeur P. Paterson la doctrine de la prédestination repose sur une base expérimentale incontestable : « Aussi longtemps que nous considérons le côté positif de la doctrine, nous ne rencontrons guère d'objections, dont il y ait lieu de parler. L'idée que le salut individuel remonte à une élection divine, à un acte de Dieu, qui saisit l'àme irrésistiblement, cette idée, dis-je, s'appuie sur une puissante expérience. Si nous questionnons ceux qui ont fait les expériences caractéristiques du pardon et du renouvellement de vie, ils professent qu'ils doivent tout à Dieu, lequel a eu pitié d'eux et les a rendus capables de croire et d'obéir volontairement. Le

1. « N. Calvinism and Darvvinism,» dans Tlie Bibliolheca sacra, octobre 1909, p. 685. - 1 Ibid., p. 686. - ;î. Ibid., p. 687, 688. - 4. Rev. Henry Collin Minton, Calvin, Ihe Theologinn, dans Calvin Mémorial Adiirtsses, al Savannah, 1909, p. 51. - 3. Viénot, p. 34. ^ l). Rev. Théo. F. Herman, The Reformed Chiirch Review, 1909, p. 185. - 7. Wernle (in St-Gallen), p. 61. - 8. Eck, p. 36. - '.'. « Edilorial Comment», dans The Ilomiletic Revieu; juillet 1909, p. 3.

langage des saints a toujours ou l'accent calviniste : « Par la grâce de Dieu, je suis ce que je » suis. » Mais pouvons-nous affirmer un décret d'élection et en même temps un décret de réprobation?... .Si la perdition éternelle est un fait, je ne doute pas que le calviniste n'ait raison. Mais est-il certain qu'elle soit un foit?... Peut-être ceux-là sont sages qui, sur ce point, se réfugient dans un agnosticisme chrétien et humble ' . »

Quelques auteurs insistent sur l'origine biblique de la doctrine calviniste. — Le Rev. Morris, secrétaire des Missions intérieures de l'Eglise presbytérienne aux Etats-Unis, dit : « Dans le sens où Calvin était un chrétien, le Christ lui-même était un calviniste. C'est Christ qui l'a affirmé : « Il y a beaucoup d'appelés, mais peu d'élus » (Mat. XXII, 14); qui, sans hésiter, l'a déclaré : la divine providence, en ce qui concerne les individus et les nations, est déterminée et conditionnée « à cause des élus » (Mat. XXIV, 22 ; Marc XIII, 20). Aucun calviniste n'a poussé le calvinisme plus loin que Celui qui a dit : « Personne ne peut venir à moi, si le Père qui m'a envoyé ne l'attire » (lean VI, 44). — « Tout ce que le Père me donne viendra à moi » (Jean VI, 37). — « Je leur donne la vie éternelle, elles ne périront jamais, et nul ne les ravira de ma main. Mon Père nie les a données » (Jean X, 28, 29) -.

D'autres auteurs, pour ne pas faire remonter l'origine de la doctrine calviniste jusqu'à saint Paul et même jusqu'au Christ, croient devoir modifier plus ou moins l'enseignement du Christ, et abandonner plus ou moins l'enseignement de saint Paul. Le professeur Rev. Théo. F. Herman dit : « Les Réformateurs trouvèrent la prédestination dans saint Paul interprété par saint Augustin, et dans Christ interprété par saint Paul ■'. « — Quant à saint Paul, ce fut un mélange d'hébraïsme et d'hellénisme : « La conscience hébraïque de saint Paul plaçait toute l'histoire, et le mal autant que le bien, complètement sous le gouvernement de la souveraineté divine. Mais son esprit hellénique avait besoin de trouver une raison pour la foi qui était en lui. En sa qualité de Juif, il croyait à la souveraine providence de Dieu. En sa qualité de Grec, il l'expliquait par la philosophie de l'histoire K »

Calvin n'aurait pas été trop mal satisfait de l'aveu, — même sous cette forme, — que sa doctrine a des origines bibliques aussi difficiles à nier.

Le licencié Bohatec dit : « La doctrine de la Prédestination n'appartient pas à la connaissance "énérale de Dieu, mais à la connaissance du salut.... La doctrine de la Prédestination est la doctrine centrale, mais pas dans ce sens qu'elle est le principe dogmatique initial. On peut désigner la doctrine de la Providence comme la doctrine première, parce qu'elle contient les présuppositions des doctrines de la Prédestination, de la Loi, de l'œuvre de Christ et des moyens de grâce ^ » — Le professeur Bavinck dit : « Notre époque a appris à penser avec les concepts de la science naturelle. Elle a substitué à la volonté divine la loi toute-puissante et la force toutepuissante de la nature ; elle s'est ainsi jetée dans les bras du déterminisme.... Le déterminisme est, en principe, rationaliste. Il nourrit l'illusion de pouvoir expliquer chaque chose d'après le rétine de la loi naturelle.... La prédestination, au contraire, est une conception tout à tait religieuse. Celui qui a appris à regarder la communion avec Dieu comme le bien suprême pour sa propre personne doit se sentir obligé de remonter par delà le monde et ses phénomènes jusqu'à la volonté de Dieu.... Voilà pourquoi, dès qu'un mouvement religieux apparaît dans l'histoire, le problème de la prédestination se pose en première ligne.... Quant à Calvin, s'il a introduit quelque modification dans la doctrine, elle consiste seulement en ce qu'il l'a délivrée des appa-

I, W. P. Paterson, professor of Divinity in the University of Edinburgh, «The Theology of Calvin», dans le Oïlvin QuarUrcenleiiary, Service held in the Church of St Giles, Edinburgh, 1909, p. 50-52. - 2. Calvin Mémorial Addresses, p. 132. — 3. Tlie Reformed Church Review, 1909, p. 187. - i. Ibid., p. 205. - o. Bohatec, p. 409, 414.

rciKcs (.le dureté et d'arbitraire, et lui a imprimé un caractère plus moral et religieux '. » — Le professeur Scliulthess-Rechberg dit : « Dans la conception de la prédestination, il y a deux idées qui ne sauraient disparaître, l'idée religieuse de la grâce, comme le seul, l'éternel appui de l'àme, et l'idée morale de l'importance absolue de l'individu. Il ne saurait y avoir d'expression plus grandiose pour l'importance de la personnalité que la doctrine d'après laquelle Dieu a considéré cette personnalité de toute éternité. Leibnitz, Sclileiermacher, les romantiques, et toute la série de ceux qui ont entrevu et salué dans le Moi une valeur éternelle, ont puisé à cette source -. »

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