‹ Jean Calvin, les hommes et les choses de son temps (volume 4)Chapitre 137 sur 149 · Le calvinisme sauvf. li-, protestantisme · texte numérisé non relu

Le calvinisme sauvf. li-, protestantisme

D'après plusieurs affirmations, singulièrement significatives, c'est le calvinisme qui, par sa doctrine de la prédestination, par le tempérament calviniste que cette doctrine créa, a sauvé le protestantisme et la foi évangéliquc. — Quand on se rappelle la thèse de Ritschl et son succès, thèse d'après laquelle le calvinisme proprement dit n'était qu'un retour au luoyen âge monacal, on ne peut qu'être très impressionné par la différence d'attitude d'une grande ixirtie de la science allemande, après ou avant le Jubilé.

Le professeur Cornill dit : « On peut l'aflirnier tranquillement : s'il y a aujourd'hui encore une Eglise de l'Evangile, le monde le doit à Calvin \ » — Le professeur Wernle dit : « On peut se demander si, sans Calvin, nous aurions encore un protestantisme «. » — Le professeur Eck dit : « Il s'agissait de la lutte dont dépendait le maintien du protestantisme dans le monde.... Si le protestantisme allemand a été préservé de l'anéantissement qui le menaçait, Calvin, le gardien vigilant et l'héroïque lutteur à la frontière, a bien fait le plus pour cela \ »

i The Rev J Osvvald Dykes. Calviuism, and how il prepared thc Clmrcl, for perseclion, <lans Calvin Conm,n„oralion Meeting, London, p. 33- - 1 Schubert, p. 3., 3^. =2. - :«■ A. Dorner, Johaunes Calvin, p. 4, 5- - t- G. v. Schulthess-Rechberg, Jobannes Calvins Gedankem.ell, p. 294. - ■>■ Cornill, p. .8. - «. Wernle, MonalsbUilU,; p. .93. - 7. Eck, p. 27, 38.

Le professeur Loofs dit : « Seul, le luthéranisme aurait-il pu briser la puissance papale, qui asservissait les consciences ? Seul, aurait-il été en état, dans la guerre de Trente ans, d'écarter le danger des nouvelles chaînes forgées par Rome ? Je crois que non. Le luthéranisme ne s'est propagé au seizième siècle que sous des formes nationales. Où ces formes étaient impossibles, le luthéranisme n'a pas pu se maintenir. Les luthériens, en Pologne, en Hongrie, en Transylvanie, ne prouvent pas le contraire. Si dans ces pays il n'y avait pas eu des inllucnces réformées à côté et, en partie, à la place des influences luthériennes, on peut se demander s'il serait resté quelque chose du luthéranisme '. » Il semblerait toutefois que, d'après M. Loofs, la puissance des idées calvinistes n'a pas précisément tenu à leur vérité. « Les idées de Luther sur l'état et l'église, pour m'exprimer brièvement, étaient à plus d'un point de vue plus vraies (ricbliger) et plus modernes que celles de Calvin ; -mais celles-ci étaient plus fortes {luirksamer) pour son époque. Il faut se rappeler que même l'argent avec un fort alli.age, qui est lancé dans le commerce, a plus de lorce marchande que l'or pur, qui reste enfermé dans le coffre-fort, ou qui est employé à des ornements d'église -. »

Le professeur Schubert dit : « La force du calvinisme était si grande que, en maint endroit, elle fit reculer des groupements d'origine luthérienne, en Pologne et en Hongrie, en Angleterre et en Allemagne. Il y a eu une époque où Holstein-Gottorp et Mecklemburg-Gïistrow étaient sur le point de devenir calvinistes, et la campagne de Gustave-Adolphe, au delà de la mer Baltique, n'a pas eu seulement cette importance qu'elle a sauvé l'Allemagne du catholicisme, elle a sauvé

le luthéranisme •'. »

M. le pasteur K. Baum dit : « L'Eglise évangélique de confession luthérienne a toute raison de prendre part aux remerciements.... Il est pour le moins clair que Calvin n'est certainement pas seul responsable des discussions désagréables. Précisément son organisation a été profitable à l'Eglise luthérienne. La terre-mère de la Réformation avec ses princes, dont plusieurs étaient plus préoccupés de conserver leur puissance que la foi évangélique, n'aurait pas pu, dans la lutte contre Rome, assurer toute seule la victoire de l'évangile, si les pays évangéliques de confession calviniste, qui avaient triomphé, n'avaient apporté leur aide puissante. Dans plusieurs détails de l'organisation de nos églises luthériennes, comme les Conseils d'Eglises et les Synodes, dans les efforts pour mettre les forces des laïques au service de l'Eglise, nous devons voir un apport de la pensée calviniste à l'œuvre luthérienne. Peut-être allons-nous au devant d'une époque.... où nous rendrons, de la vraie manière, honneur au Réformateur de Genève. Car on peut critiquer son organisation, et montrer ses faiblesses ; voici cependant ce qui fut la force de sa vie personnelle, et le couronnement de son activité organisatrice : rempli de l'idée, « tout pour l'honneur de Dieu », il donna par des règles et par sa personnalité, mortier et pierres vives pour l'édification de l'Eglise évangélique K »

M. le pasteur Walter Friedensburg dit : «Dans de pareilles conditions [l'arrêt et même le recul du protestantisme luthérien au milieu du seizième siècle], pendant un certain temps, il a pu sembler que l'Evangile ne ferait plus de conquêtes; ses adversaires pouvaient même espérer qu il reculerait de plus en plus pour disparaître finalement comme facteur de la politique générale. Si cela n'est pas arrivé, si au contraire l'esprit protestant a pris un élan nouveau et puissant, a envaln et pénétré au loin terres et mers, il fi\ut en être reconnaissant au plus jeune de nos Rêtormateurs et à son oeuvre, Jean Calvin •''. »

M. le pasteur Brepohl après avoir invoqué le témoignage des trois auteurs luthériens que nous avons cités, Cari Baum, Walter Friedensburg, et D^ Leitpold, signale deux grandes conséquences

I. Loofs, Zimi Gediichlniss Calvhis, p. 131, 133 et ss. - 2. Ibiil., p. 135. - :!. Scluibcrt, p. 28. - V Pfairer Karl Baum, Calvin ah Organisalor. Zut 400 Wiedcrkehr seines Geburtstags dans la A'etir kirchlichc Zeilschtifl, 1909, p. 523- — :;. Walter Friedensburg, Der Calvinismtis ah poUthches Fiincif> in sriiicii geschichilichcii Whkinigtii dans Die Warlbiirg, 25 juin 1909, p. 257.

du calvinisme : i" Le piétisme ancien et actuel. «Précisément la renaissance morale et religieuse de notre peuple à l'époque du matérialisme et du rationalisme, est une conséquence du piétisme. Sans lui, la vie de notre peuple ' serait aujourd'hui encore plus triste. Or le calvinisme a été la racine du piétisme.... Le piétisme lit pénétrer l'activité des laïques dans l'Eglise allemande luthérienne, là, où auparavant toute prédication était réservée aux seuls théologiens.... Les bienfaits de la Mission intérieure, de la Gemeinschaj'lhfU'egiing, remontent à l'influence calviniste -. » 2" Une réforme dans l'Eglise d'Orient. Kyrillos Lukaris, patriarche de Constantinople (né le 13 novembre 1 572, à Candie en Crète, et mort en 1638), après avoir senti sa foi vivifiée par le calvinisme, apporta ses idées de Rélorme dans l'Eglise grecque. Il exerça une influence souveraine, au dix-septième siècle, sur toute l'Eglise d'Orient, bien que aujourd'hui son nom ne soit connu que des savants. Sa théologie et .sa doctrine amenèrent une réformation de la chrétienté grecque. Ht on peut dire que cette réformation chrétienne, de 1628, reposait sur un sol calviniste. Lukaris était en étroite relation avec les théologiens de (ienève. Il essaya d'introduire dans l'Eglise grecque la doctrine de la Prédestination. En 1629 il publia sa confession de foi, et fit passer à travers toute l'Eglise grecque un courant de vie, courant dont la source était à Genève. Aujourd'hui encore, son influence n'a pas complètement disparue des Balkans •'.

Michelet avait déjà, dans son volume sur la Réformation, un paragraphe, le dernier, intitulé : « L'Europe sauvée par Genève. » — Calvin sauva le luthéranisme, le protestantisme et aussi l'Europe.

Page 1