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La religion révélée et l'écriture sainte 55
prinses en seront aidez pour lire distinctement : ainsi TEscriture, recueillant en noz esprits la cognoissance de Dieu, qui autrement seroit confuse et esparse, abolit Tobscureté, pour nous monstrer clairement quel est le vray i^ieu '. »
Nous voilà donc en face des saintes Ecritures. En guise de préface à cette étude nous croyons devoir mettre deux déclarations de notre Réformateur.
La première est une explication de ces mots : « Le secret de la foy. » « Pourquoy donc sainct Paul attribue-il un secret à la foy?... Il n'est point question de chose vulgaire, ne qui entre en nostre cerveau; il n'est point question d'une science que nous puissions acquérir par nostre industrie, mais c'est un secret que Dieu nous révèle.... A la vérité Dieu desploye son cœur envers nous, quand il luy plaist de nous instruire en la parole de salut. Il est vray que les mondains ne tiendront conte de l'Evangile, qu'il leur semble que c'est une chose basse, et qu'il n'y a point assez de subtilité pour eux; mais ceux qui ont vrayement gousté le contenu et la substance de l'Evangile, scavent qu'il outre-passe tous nos
sens*. »
Voici la seconde déclaration : « Pour moi, j'ai toujours eu en horreur iabhorrui\ les paradoxes, et les arguties {argittiae) ne me délectent pas du tout. Mais rien ne m'empêchera jamais de professer ingénument ce que j'ai appris de la parole de Dieu. Car à l'école de ce maître on n'apprend rien qui ne soit utile (iilile). C'est et ce sera toujours l'unique règle de ma sagesse : acquiescer à la doctrine simple [in simplici doclriiia) des Ecritures. » Il conseille à Socin la même « modération » : « S'il te plaît de voltiger dans ces spéculations aériennes iilla.'; aereas spéculaiiones), laisse moi, je t'en prie, méditer en humble ihumilem) disciple de Christ, ce qui sert à l'édification de ma foi ^. »
Tel est notre guide. Maintenant suivons-le. Quatre chapitres vont nous parler de l'Ecriture. Le premier est intitulé : « Pour parvenir à Dieu le créateur, il faut que l'Escriture nous soit guide et maîtresse ^ » Il est très court. Car, après quatre paragraphes, Calvin s'arrête et dit : « Or devant que passer plus outre, il est besoin d'entrelasser yci quelque advertissement de l'autorité de l'Escriture, non seulement pour préparer les cœurs à luy porter révérence, mais pour en oster tout scrupule et doute. » 11 s'agit du « tesmoignage du Sainct Esprit'. »
La doctrine du Témoignage du Saint-Esprit est, en un sens particulier, tout à fait typique: elle caractérise, avec une parfaite netteté, la situation du dogme calviniste au sein de l'histoire des dogmes.
A droite, le Romanisme ne connaît pas cette doctrine. « Qu'elle se trouve seulement dans les églises évangéliques des deux confessions, c'est ce qui n'a pas besoin ici d'être démontré". » A gauche, les Sociniens et les Arminiens, ou igno-
I. 1559. l. VI, I. — i. Serinons sur la première à Timothée, Opéra, LUI, p. 299. — :t. A Lélius Socin, 1552, Opéra, XIV, p. 230. — 4. I, VI, VII, vill, IX. — 3. 1559, I, vil, i. — 6. Klaiber, « Die Lehre dcr altprotestantischen Dogmatiker von dem teslimomum Spiriliis sancti, und ihre dogmatische Bedeutung, » dans
rent cette doctrine, ou contestent sa nécessite et même sa légitimité. Ce premier fait autorise une première conclusion, qui perpétuellement se représentera à nous: le romanisme et l'ultra-protestantisme sont des extrêmes qui se touchent, et non seulement se rejoignent, mais partent d'une idée centrale, intime, souvent identique.
De plus (c'est un théologien luthérien qui parle) si l'on trouve dans Luther des principes dont le Témoignage du Saint-Esprit peut être déduit; si Mélanchthon y fait des allusions plus ou moins indirectes, on ne rencontre pas, dans la théologie luthérienne, le dogme formulé avant le dix-septième siècle'. C'est Calvin qui Ta introduit, avec tous ses développements, dans la théologie protestante. Laissons parler un autre théologien, également luthérien, qui n'est rien moins que l'historien de Luther, Kôstlin : « Quand elle a senti le besoin d'étudier ces questions avec plus d'ensemble et de précision qu'elle ne l'avait fait au début, la dogmatique luthérienne s'est ensuite trouvée d'accord avec les principes que, le premier parmi les théologiens protestants, Calvin développe ici... Ce qui caractérise Calvin, c'est que, comme aucun Réformateur allemand, il ouvre par cette exposition la première grande revision de son luslilulioii chrétienne. Nous voyons chez lui un effort scientifique particulier... Par là, précisément, son Institution se distingue tout de suite des expositions d'un Mélanchthon ou d'un Luther... Pour la première fois, donc, nous trouvons ici la doctrine sur le Témoignage du Saint- Esprit, un des principes évangéUques les plus essentiels, fixé dogmatiquement avec une pareille précision^. » Et ce second fait autorise une seconde conclusion : le calvinisme se présente le plus souvent comme la conclusion directe, logique et consciente de la vraie pensée réformatrice du seizième siècle.
Dans V Institution de i536, Calvin avait déjà déposé le germe de sa grande et célèbre doctrine '\ Voici le début et la fin d'un paragraphe, resté intact de i536 à iSSg: «Je confesse que la Foy est propre et entière œuvre du Sainct-Esprit.... Par la lumière de son Sainct-Esprit, le Seigneur esclaire en nostre entendement
les Jahrbiicher fur deiitsche Théologie, 1857, II, p. 2. — Voir cependant plus loin la restriction qu'il faut, en théorie, apporter à cette affirmation.