Bf, p. 26. I, IX, 2. — 3. Bf, p. 27. I, IX
3. Les paroles de Julius Mûller sont toujours vraies, et de plus en plus vraies: « L'essentiel dans cette question est toujours, et d'une façon générale, ceci: par une conséquence inévitable de la séparation du Saint-Esprit et de la Parole, à la place du Saint-Esprit satisfaisant vraiment l'homme, vient, sous diverses marques, la tyrannie de la raison et de la fantaisie naturelle, et, à la place du Christ historique, vient ce Christ dit idéal, fabriqué par l'esprit humain, auprès duquel l'esprit humain ne peut chercher vie et salut, puisque c'est lui, l'esprit humain, qui doit donner à ce Christ ce qu'il a de vie. » Mùller, S/ii</. iiiid Kritik. 1856. I, p. 309, 310.
4. Dr A. Kuyper, Eiicyclopaedie der heilige Godgeleerdheit, 1894, II, p. 505.
o. F. Buisson, Sébastien Castellion, I, p. 314, 201. Si l'on veut voir l'opposition radicale qu'il y a entre la pensée de Castellion et la pensée de Calvin (deux pensées que l'on s'obstine cependant à confondre), il suffit de lire les paroles suivantes adressées par Calvin à ceux qui viennent au sermon : « Sans exception donc, que tout ce qui est contenu en Escriturc saincte soit receu avec révérence, et quand il est question des saincts mystères de Dieu, que nous n'en jugions pas selon nostre entendement, et que si les choses ne nous semblent pas bonnes et propres, que nous soyons tenus en bride courte, et que Dieu ait tousjours la vogue, que sa parolle ait toute liberté.... Il n'est point donc question ici de faire des gambades à rencontre de luy. » {Sermons sur le Deutéronome, Opéra XXVI, p. 282.)
JEAN CALVIN IV 9
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tenir compte de la nature corrompue de l'homme; mais il importe de dissiper une série de malentendus sur la nature et la portée de la méthode calviniste.
1° On dit: la méthode calviniste est subjective. Sans doute, mais dans le sens seulement oij toute méthode de connaissance est subjective. La lumière suppose l'œil; le son suppose l'oreille. Le subjectivisme (au sens propre) ne commence qu'au moment où l'œil, non content de voir la lumière, prétend la créer. Le témoifjna.çc du Saint-Esprit ne crée pas la vérité biblique; il nous la fait penser; il nous l'explique, comme l'esprit humain pense les lois de l'astronomie et ne crée pas les planètes '.
2" On ilit: qui prouvera la réalité de ce témoignage? Rien. Et Strauss appelle le témoignage du Saint-Esprit le talon d'Achille du protestantisme. Mais ce qu'il y a à dire, c'est qu'il en est du principe premier de la foi protestante et chrétienne comme de tous les principes premiers. Ils sont indémontrables. On ne démontre pas que l'obligation morale est obligatoire. Ce sont là de vieux adages de l'école. Veritas judcx sui ipsiiis et fabi. La vérité est juge d'elle-même et de Terreur. Et encore : Contra principia uegantem non est disptitandum. Il ne faut pas discuter avec qui nie les principes. — La vérité, surtout la vérité morale, et surtout la vérité religieuse, n'est pas contraignante '.
y On dit : cette preuve suprême de la vérité de la Bible n'est une preuve que pour le croyant. — Calvin le reconnaît. « Il ne se faut point esbahir si plusieurs doutent de l'autheur de TEscriture. Car quoyque la majesté de Dieu se manifeste en icelle, toutesfois il n'y a que ceux qui sont illuminez par le Sainct Esprit, qui ayent des yeux pour veoir ce qui devoit luy estre clair et visible à l'œil, et toutesfois n'est visible qu'aux élus^ » Mais il faut observer qu'encore ici le fidèle n'est pas dans un état dinfcriorité vis-à-vis d'un incrédule quelconque. En mathématiques aussi, les démonstrations les plus élégantes ne valent que pour le mathématicien, pour celui qui a le sens et l'éducation mathématiques. Pourquoi s'étonner que le témoignage du Saint-Esprit se fasse entendre dans l'àme chrétienne, et pas dans l'àme incrédule? En quoi cela rend-il ce témoignage douteux'*?
4" On dit : comment le témoignage du Saint-Esprit peut-il attester l'authenticité d'un livre? — C'est peut-être ici qu'est le malentendu le plus délicat.
1. Une preuve frappante de la nécessité de ce subjectivisme, c'est que le Romanisme lui-même, dans son effort d'objectivismc, est incapable de l'éviter. D'après saint Thomas, la foi ne consent {assentit) à quelque chose, que si ce quelque chose lui est révélé par Dieu, et l'assentiment de la foi (assensiis fidei) vient seulement de Dieu, agisssant intérieurement, par grâce (interiiis luoveitte per gratiam). Le Concile du Vatican, Sess. 3, Const. dogm. dejide, ch. 3, déclare que personne ne peut consentir à la prédication évangcliquc, du consentement nécessaire au culte, sans l'illumination et l'inspiration du Saint-Esprit (absque illuniinatione el iiiipiralioite spiritus sancti). Voir Bavinck, Gerc/onneerde Dogntatiek, I, p. 484-4S9.
2. Il y a des motifs, certes, plus de motifs de croire que de douter, il n'y a pas de nécessité. Pascal l'a dit: « Il y a assez de lumière pour ceux qui ne désirent que de voir, et assez d'obscurité pour ceux qui ont une disposition contraire. Il y a assez de clarté pour éclairer les élus, et assez d'obscurité pour les humilier. Il y assez d'obscurité pour aveugler les réprouvés, et assez de clarté pour les condamner et les rendre inexcusables. »
.'1. Coiiimeitlaires, 2 Tim. III, 16. — i. Pour tout ce paragraphe, voir Bavinck, Ibid., p. 499 et ss, dont nous n'avons guère donné qu'un résumé.
« Le témoignage du Saint-Esprit, dit Bavinck, est tout d'abord une assurance que nous sommes enfants de Dieu. » Sans doute, « c'est à tort que l'on restreindrait le témoignage du Saint-Esprit aux vérités morales et religieuses. Car la divinité de la Bible est inséparable, non seulement de certaines vérités morales et religieuses, mais de certains faits et de certaines dates. Christ est une personne historique et le témoignage du Saint-Esprit atteste la divinité de cette histoire. » Mais cette attestation est indirecte. L'objet direct, « l'objet propre du Saint-Esprit, c'est la divinité des vérités offertes en Christ. Des faits historiques, des dates, des renseignements géographiques, ne sont pas, en euxmêmes, objets du témoignage du Saint-Esprit. Même les faits du salut, en qualité de uuda fada, ne sont pas l'objet de ce témoignage*. » Un autre théologien, non moins calviniste, M. John de Witt, arrive à la même conclusion. Le témoignage du Saint-Esprit n'est pas une révélation spéciale ainsi formulée : «la Bible est la Parole de Dieu; » car si la Bible, qui est une révélation, a besoin pour être authentiquée d'une autre révélation, il faudrait une troisième révélation pour authentiquer la seconde, une quatrième pour authentiquer la troisième, et ainsi de suite à l'infini. Le témoignage du Saint-Esprit, c'est l'œuvre du Saint-Esprit dans le cœur du fidèle, œuvre par laquelle le Saint- Esprit produit une expérience, non seulement conforme aux données de la Bible, mais impossible sans elle. Le témoignage du Saint-Esprit produit l'expérience chrétienne dans sa totalité : transformation de la vie, pardon, paix, communion avec Dieu, etc., etc. Et, dans la mesure où le chrétien fait cette expérience, dans cette même mesure il est persuadé de la vérité infaillible et de la divine autorité de la Bible. En conséquence, ce que le Saint-Esprit atteste par son témoignage, ce n'est pas l'authenticité d'un livre, c'est « le chemin biblique du salut » {the biblical way of salvation), une série de vérités profondes et pratiques. Il serait pleinement absurde de dire que l'Esprit apporte la plus petite information, ou que son œuvre fournit un témoignage, — sinon indirect, — dans l'une des questions littéraires soulevées par le document de ces vérités. Le témoignage concerne la vérité salutaire qui concerne tout, et ne contient pas le document qui incorpore cette vérité. Le Saint-Esprit testifie avec puissance la vérité de la Bible, l'autorité de la Bible, non pas son inspiration ni son canon. « C'est l'histoire qui atteste le canon. C'est la Bible qui atteste son inspiration. Le Saint- Esprit atteste le caractère divin, et l'autorité absolue de la vérité salutaire contenue dans la Bible *. »
Enfin, un autre théologien, très calviniste aussi, M. Dunloop Moore, exagère, semble-t-il, l'idée de Bavinck et de John de Witt. Il reproche à Calvin d'aller trop loin i/o go loofar)^. « Calvin nous paraît aller trop loin, quand il