‹ Jean Calvin, les hommes et les choses de son temps (volume 4)Chapitre 18 sur 149 · Bavinck. I, p · texte numérisé non relu

Bavinck. I, p

i. The presbyierian ami reformed Reviev.', 1895, VI, p. 80-82. « The testimony of the Holy Spirit to

the Bible. >

3. Bavinck trouve que Calvin a appliqué trop exclusivement le témoignage du Saint-Esprit à l'autorité des Ecritures, Gereformeerde Dogmatiek I. p. 503.

68 PROLEGOMENES

représente comme une grande insulte au Saint-Esprit le doute que son témoignage intérieur soit suffisant pour décider absolument les livres qui doivent être admis dans le canon de l'Ecriture *. » Il invoque l'opinion de calvinistes aussi calvinisants que Cunningham et autres, lesquels déclarent que le témoignage du Saint-Esprit est insuffisant pour les convaincre que le Cantique des cantiques est canonique, a été écrit par Salomon, tandis que le Livre de la sagesse a été écrit par Philon -, et ne saurait être authentique.

Mais, en réalité, n'est-ce pas prêter à Calvin une idée qu'il n'a pas eue, et ne plus lui laisser celle qu'il a eue?

Ce qu'il y a peut-être de plus décisif ici, c'est ce que l'on semble avoir le plus oublié (et de cet oubli découlent presque tous les malentendus^), à savoir que la doctrine sur le témoignage du Saint-Esprit n'est pas pour Calvin une doctrine spéciale, se rapportant exclusivement à l'autorité des Ecritures. Loin de là ! 11 y a, pour Calvin, une doctrine tout à fait générale, celle de la Maîtrise du Saint- Esprit, d'après laquelle le Saint-Esprit est le seul maître capable de nous instruire sur tout ce qui concerne la foi chrétienne, la vraie connaissance religieuse. Et la doctrine sur le Témoignage du Saint-Esprit n'est qu'une application particulière de la doctrine générale sur la Maîtrise du Saint-Esprit.

« Toute nostre sagesse et savoir n'est que folie et ignorance, jusques à ce que nous soyons instruits par la Maistrise du Sainct Esprit *. » — « Souvenonsnous donc que la certitude de la foy est une science, mais qui est apprinse par la Maistrise du Sainct Esprit, et non par la subtilité de l'entendement '\ »

Le Saint-Esprit nous introduit en « une cognoissance claire et certaine des secrets de Dieu*. » — Le Saint-Esprit « nous rend certains des choses qui sont autrement cachées à nostre sens'. » — « La doctrine de l'Evangile ne peut autrement estre comprise que par le tesmoignage du Sainct Esprit •*. » — « L'esprit de Dieu, duquel procède la doctrine de l'Evangile, est le seul vray expositeur d'icelle pour nous la manifester^. » — « La doctrine externe est nommée instrument du Saint-Esprit'". »

En réalité, ce que le Saint-Esprit accomplit, c'est l'œuvre de la foi. Il la commence et il l'achève : « Le commencement de la foy, c'est la cognoissance; l'accomplissement, c'est la persuasion ferme et stable, la quelle ne receoit aucun doute au contraire. L'un et l'autre sont œuvre du Sainct Esprit''. » — Donc la foi

1. Dunloop Moore, The presbyterian and reformed Revieiv, « Calvin's Doctrine of holy scripture», 1893. IV, p. 69.

i. Ce livre ne lui est plus attribué aujourd'hui.

3. Ces malentendus ne seront pas dissipés — loin de là — par la thùse, distinguée du reste, de M. Ch. Lelièvrc, sur la Maîtrise du Saint-Esprit. Essai critique sur le principe fondamental de la théologie de Calvin, 1901.

4. Commentaires, Ephésiens I, 16. - ti. Ibid., III, 19. — 0. Ibid., Romains XI, 34- — "■ Ibid., i Corinthiens II, M. — 8. Ibid., I Cor. Il, I. - '.'. Ibid., i Corinthiens I, 16. — 10. Ibid., III, 5. — H. Ibid., Ephésiens I, 13.

LA RELIGION RÉVÉLÉE ET l'ÉCRITURE SAINTE 69

persuasion, pas seulement en la parole de Dieu, mais en toute la religion chrétienne: « La vraye persuasion que les fidèles ont de la parole de Dieu, de leur salut, et de toute la religion, ne procède point du sens de la chair, ne des raisons humaines ou philosophales, mais du sceau du Sainct Esprit '. » — « En un mot il faut imprimer en nos cœurs ceste doctrine de saint Paul, asçavoir que nul n'est chrcstien, sinon celuy qui estant apprins par la Maistrise du Saint-Esprit, invoque Dieu comme Père -. »

Telle est la vraie maîtrise, le vrai témoignage du Saint-Esprit.

I. Commeittaires, Ephésiens, I, 13. — 2. Ibid., Galates IV, 6.

SECONDE PARTIE

L'Ecriture-Sainte.

EMANDONS-NOUS quel est le but de Calvin. Il veut « oster tout scrupule et doute... aux povres consciences. » Pour cela il faut, d'après lui, « nous rendre certains que ceste doctrine î la doctrine bibliquej est sortie de Dieu, » et aussi nous certifier « quelle est parvenue jusques à notre aage saine et entière » ; ce qui comporte la persuasion qu'on doit recevoir « un livre sans contredit en rejettant l'autre K »

Il veut donc nous donner la certitude que « Dieu est l'autheur de FEscriture saincte, » car « il n'y a nulle authorite ferme sinon celle de Dieu -. »

Seulement à quoi est destinée l'Ecriture-Sainte? A nous vivifier. L'Ecriture «contient une parfaite règle de bien et heureusement vivre, » et l'on «corrompt» cette Ecriture « par un abus pervers, » lors qu'on y cherche autre chose que « ceste utilité». Aussi Calvin traite de «garnements» tous ceux qui aiment les «vaines spéculations, » qui, « sans aucune afïection d'édifier, esmeuvent des questions subtiles, lesquelles avec toute leur subtilité n'apportent aucune utilité. » L'Ecriture est destinée à notre profit, c'est-à-dire à notre édification, à notre salut: « L'Escriture est proufitable, dont il s'ensuit qu'il n'est pas licite de la traitter sans proufit.... Quand il nous a donné les Escritures, [le Scigneurl a eu esgard à nostre proufit. Parquoy, le droit usage de l'Escriture doit tousjours tendre à utilité et proufit'^ »

Autre part encore Calvin atteste ce caractère vivifiant de la Parole de Dieu: « Il n'y a point de vie ferme et stable qu'en Dieu; et ceste vie nous est communiquée par la Parole.... Qui est donc la parole de Dieu qui nous vivifie? c'est la Loy, les Prophètes et l'Evangile ^ »

Qui dit vie, dit organisme. Et l'on ne s'étonnera pas qu'un théologien aussi

I. I, VII, I. — 2. Sennons sur la seconde épitrc à Tiniothée. Opéra LIV, p. 285, 286. — •'). Coiiiiiieii' lairts, 2 Tim. III, 16. — i. Ibid., i Pierre I, 25.

LA RELIGION RÉVÉLÉE ET L ÉCRITURE SAINTK J l

calviniste que Bavinci<: ait expliqué comme suit la conception qui se dégage des déclarations de Calvin. La Bible est un organisme de vie. Or qui dit organisme, dit âme et membres, membres divers, avec des rôles et des importances diverses. Un doigt est plus important qu'un ongle: la main est plus importante que le doigt; le cerveau et le cœur sont plus importants que la main ou le pied. Dès lors, dans cet organisme qui sappelle llCcriture, le témoignage de ITCsprit ne s'appliquera pas avec la même puissance aux maximes des Proverbes, et aux paroles de Jésus, et Christ apparaîtra avec plus d'autorité que Salomon. Ce témoignage de l'Esprit va droit à l'àme de la Bible, à la doctrine du salut, à l'auteur du salut : et c'est de cette certitude centrale que découlent pour ainsi dire les certitudes secondaires'. Est-ce à dire que, dans l'organisme, quelque chose est inutile, quelque chose est mauvais? Non. Tout participe à la vie et tout contribue à la vie, mais il y a des organes essentiels et des organes secondaires, de même que dans la Bible il y a des v'érités et des certitudes essentielles et d'autres vérités et d'autres certitudes moins importantes-.

1. Gereformeede Dngiiialiek, 1S95, I, p. 352, 353. — Nous trouvons des affirmalions analofjues chez Klaiber.

2. Catholiques-romains, ultra protestants, et même luthériens se sontàl'envi efforcés d'opposer Luther à Calvin, Luther représentant une doctrine plus large et Calvin une doctrine plus étroite. Kampschulte observe que, dès le début, Calvin est « plus anticatholique et plus radical >, laisse moins de place pour la tradition ecclésiastique : ce qui est vrai. Il ajoute qu'il supprime « toute vie historique », et que le calvinisme devient, comme l'Islam, la « religion du livre », etc. {Johann Calvin, I, 1869, p. 258-260). — L'opinion ultra-protestante ou luthérienne est exposée, par exemple, par R. Seeberg, et popularisée par B. Bess, dans Unsere religiôsen Erzieher. Calvin est le créateur de la vieille théorie protestante de l'inspiration. Cette théorie serait composée de la doctrine du témoignage du Saint-Esprit, que Calvin aurait empruntée à Luther, et de la doctrine, répandue à la fin du moyen âge, d'après laquelle toute l'Ecriture aurait été comme dictée par Dieu. Pour Calvin la Bible est un code, dans lequel une partie est aussi importante que l'autre. — Et finalement ces deux conceptions de la Bible trahissent deux tempéraments individuels, deux tempéraments nationaux. L'Allemand n'a aucun penchant pour la légalité méthodique (melhodischt Gesetsmassigkeil). « Tandis que le monachisme occidental, cette organisation de l'ascétisme, a tleuri d'abord en France. Pour la nature de Calvin, sanguine iheissbliitig), portée au fanatisme, la soumission servile {die sklavische Unterordrtung) à la lettre est une satisfaction. » (B. Bess, p. 70, 71.)

Un article très documenté de Francis Piper, sur Luther' s Doctrine of Inspiration dans The presbyterian and reformed Review 1893, p. 249 et ss., fait justice de la plupart de ces « clichés », et remet les choses au point. Luther, tout comme Calvin, ne cesse de nommer les Ecritures, sans distinction de livres, « le livre du Saint-Esprit, les écrits du Saint-Esprit, les écrits de Dieu, les leUres de notre Seigneur- Dieu, la bouche de Dieu », etc. Il dit ; « la sainte Ecriture est la parole de Dieu écrite, et, — que je parle ainsi, — épelée et mise en lettres {geschriebcn iiiid, dass ich so rede, gebuchstabirl iind in Buchstaben gebildet). » — Fort curieux est ce que dit Luther des histoires de l'Ancien Testament, comme celle de Tamar. «C'est le Saint-Esprit qui a écrit ces chapitres. » < Le Saint Esprit a écrit », revient cinq fois dans la même page. — Il dit : « pas une seule lettre n'a été écrite en vain. » ♦ Le Saint-Esprit n'est ni fou, ni ivre pour dire un titre, bien moins une lettre, en vain.» L'interprétation des textes de l'Ancien Testament, dans le Nouveau, est authentique, infaillible, donnée par le Saint-Esprit, etc. — On objecte, en somme, deux passages, toujours les mêmes; 1° le passage de la préface aux Annotalioncs de Link, où il est question de paille et de foin. F. Piper montre qu'il s'agit ici d'un texte tronqué, sorti de son contexte, et que les théologiens se passent de main en main. Il est abandonné du reste par DickhofT. 2° Il ne reste guère que le fameux paradoxe sur saint Jacques et son « épitre de paille ». Nous n'entrerons ici dans aucun détail: quel que soit le sens de ce paradoxe, on ne peut y voir la doctrine exacte et unique de Luther sur laBible et son inspiration.

PROLEGOMENES

Si Ion est trop étonné de ces aflirmations, que Ton veuille bien peser les faits suivants :

I. Calvin affirme l'inspiration de l'Ecriture. Personne ne Ta affirmée plus énergiquement que lui. A propos de 2Tim. III, i6., dont la traduction : «Toute escriture ou toute l'escriture» lui paraît indifférente «quant au sens », il écrit : « Pour monstrer Tauthorité, il dit qu'elle est inspirée divinement.... Et c'est le principe qui discerne nostre religion de toutes autres : ascavoir que nous scavons que Dieu a parlé à nous, et sommes certainement asseurez que les prophètes n'ont pas parlé de leur propre sens, mais comme organes et instrumens du S. Esprit, qu'ils ont seulement annoncé ce qu'ils avoient reçeu d'en haut.... La loy et les prophètes ne sont point une doctrine qui ait esté donnée à l'appétit ou volonté des hommes, mais dictée par le sainct Esprit'. » Dans Y Insliliitioii chrétienne, dès iSSg, il déclare que les Ecritures doivent avoir pour les fidèles la même autorité {eamdetn auioritatetn) que s'ils pouvaient ouïr la voix de Dieu de sa propre bouche. En iSSg, il ajoute : la même autorité pleine [eamdem plenam aiitoritatem) que s'ils pouvaient ouïr la voix de Dieu de sa bouche, et que les Ecritures vinssent du ciel (quam idn staimint e cœlo fluxisse)'. Il va même jusqu'à écrire : « Aussi faut-il entendre que Dieu a voulu parler à nous par les apostres et prophètes, et que leurs bouches ne sont autre chose que la bouche d'un seul Dieu {illorum ora uuiits Dei esse) ^. »

Naturellement dans ses Sermons^ Calvin se conforme aux idées qu'il a exposées dans son Institution et dans ses Commentaires. « Qu'est-ce que l' Escriture saincte sinon une déclaration de la volonté de Dieu? Et ainsi tout ce qui est là contenu est comme si Dieu ouvroit sa bouche sacrée pour nous déclarer ce qu'il demande de nous^ » — « Notons pour comprendre l'intention de Moyse, ou plustost du Saint-Esprit''.... » — « Moyse (ou plustost l'Esprit de Dieu parlant par sa bouche**....) » — « Notons que ce mot à.' Escriture emporte que Moyse n'a point esté autheur de la Loy ne du Cantique; mais qu'il a esté seulement escrivain ou greffier sous la bouche de Dieu. Tout ainsi donc qu'un secrétaire escrira ce qui luy sera ordonné, ainsi notamment il est ici déclairé que Moyse a escrit ce qu'il avoit reçeu de Dieu, et non pas ce qu'il a forgé en son cerveau'. » — « 11 est certain que le S. Esprit a gouverné la langue de S. Paul, qu'il ne luy a point eschappé un mot superflu**. » — « Tout ce que sainct Paul nous a laissé par escrit, il nous faut considérer que c'est Dieu qui a parlé à nous par la bouche d'un homme mortel, et que toute sa doctrine doit estre reçeue en authorité et révérence telle comme si Dieu se monstroit visiblement du cieP. » Et l'on peut se demander, dès lors, si Seeberg n'a pas raison d'écrire dans son Histoire des

1. 2 Tim. III, i6. — 2. I, VII. i; 1541, p. 19. — ;l. i Pierre I, 25. — 4. Sermons sur le Deiiliroiionie, Opéra XXVI, p. 714. — S. Ibid., Opéra XXVI, p. 705. — 0. Ibid., Opéra XXVIII, p. 408. — 7. Ibid., Opéra XXVIII, p. 647. — «. Sermons sur la seconde à Timothée. Opéra LIV, p. 298. — 9. Ibid., Opéra LIV, p. s.

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dogmes ' ; « Calvin a fondé l'autorité de la Sainte-Ecriture d'un côté sur la pensée qu'elle est une dictée de Dieu, et de l'autre côté sur le témoignage du Saint- Esprit, qui en sort. Au point de vue historique, il combine l'école de l'inspiration de la fin du moyen âge- avec les pensées de Luther. 11 est le fondateur de la théorie dite : « vieille théorie dogmatique de l'inspiration''. » — A moitié moyen âge, à moitié luthérien : c'est la formule habituelle.

Malgré certaines apparences, c'est une double erreur. — Après les témoignages luthériens les plus compétents et les plus authentiques, il est difficile de soutenir que Calvin a emprunté sa théorie du témoignage du Saint-Esprit à Luther. — Et Calvin n'a pas davantage enseigné la théorie de la dictée au sens où on l'entend, au sens d'inspiration verbale et littérale'*.

2. Il ne faut pas en effet s'en laisser imposer par les locutions : scribe, notaire, bouche de Dieu, etc. Ce sont des images, comme l'expression de « miroir •'■' » ; ce ne sont pas des formules scientifiques, théologiques, au sens où la théologie du dix-septième siècle les prendra.

Ainsi Seeberg souligne l'expression dictanle spiritu saiiclo, dont Calvin se sert à propos des histoires racontées par les prophètes. N'est-ce pas la dictée ? Or, dans la traduction française, le mot décisif a disparu et il y a : « le Saint- Esprit les inspirant et dressant à cela''. » — Seeberg cite encore pour les auteurs du Nouveau Testament ces mots : illifuerunt certi ci authentici... spirilus sancti amamieuses et ideo eoniiu scripta, pro Dei oraculis habenda siiut. Mais, encore une fois, dans la traduction les mots les plus caractéristiques ont disparu. Si les anianiienses sont encore «les notaires jurez du Sainct-Esprit », les oracles de Dieu ne sont plus que « les escritures authentiques' ». Evidemment tout cela, pour Calvin et pour ses amis et traducteurs, est synonyme : une expression vaut

1. A l'historien luthérien des dogmes, Seeberg, on peut opposer l'historien reformé Millier : « La divine inspiration de l'Ecriture est naturellement affirmée, sans qu'on trouve chez Zwingli ou Calvin une réflexion raisonnée {gejlissentlich) sur son étendue et sa nature. • Karl Muller, Symbolik, 1896. p. 458-

2. Une citation, faite par Seeberg lui-même, pourrait servir, — d'après ce procédé, - à prouver que la fin du moyen âge a aussi enseigné le témoignage du Saint-Esprit, et que Luther était inutile, et que Luther et Calvin se sont bornés à suivre le moyen âge. Occara dit que la crédibilité de l'Kcriture repose sur ceci : -^ quia instinctu spiritus sancti ibidem est scripta et asserta. • V)' Reinhold Seeberg, Lehrbuch der Dogineiigeschichte, 1898, II, p. 177. — 3. Ibid., p. 385.

4. Dans son article sur « les confessions réformées et la Sainte Ecriture • (Tijdscfirift voor Gereformeerdf. Théologie, 1899, p. 327, et ss), M. Biesterveld, le très calviniste professeur de l'Université libre d'Amsterdam, dit : « L'inspiration est expressément enseignée, mais il n'est pas parlé en détail de son mode. . La Confession hollandaise dit: « door eene bijzondere zorg .. — La Con/essio helvetica prior dit; « von dem heiligen Geiste eingcgeben. . — La Con/essio helvetica posterior : « Deus ipse loquutus est patribus. . — La Confession de la Rochelle : < procédé de Dieu. . - La Confession de Westminster : . Which are given by inspiration of God. • — Seule la Formula consensus ecclesiaruin helvelicariim, en 1675, rédigée contre Capelle, traite en détail de l'inspiration, et expose une théorie mécanique, d'après laquelle les voyelles mêmes du texte hébreu sont inspirées : « tum quoad consonas, tum quoad vocalia, sive puncta ipsa, sive punctorum saltem potestatem, et tum quoad res, tum quoad verba StoTrvEuTro;. . C'est la fameuse théopneustic.

.ï. III, II, 6. — 6. 1545. p. 430. IV, VIII, 6. — 7. 1545. P- 433- IV, viii, 9.

PROLEGOMENES

l'autre. Tous disent que la Bible vient non des hommes, mais de Dieu ; ils ne disent pas comment : u soit (dira Calvin lui-même, parlant des pères « illu- » minez par la parolle » de Dieu), soit que ceste congnoissance leur ait esté communiquée par oracles et visions ; soit que ayant esté révélée premièrement à leurs prédécesseurs, elle leur ait esté baillée par la prédication d'iceulx, comme de main en main. Car c'estoit tout un comment ilz fussent faictz participans de la parole divine, moyennant qu'ilz entendissent qu'elle estoit procédée de Dieu*.» Le passage remanié en i55q laisse voir la même idée : « Soit que Dieu ait esté manifesté aux hommes par visions ou oracles, qu'on apj)cllc. c'est à dire tesmoignages célestes, soit iiuil ait ordonné des hommes ministres, lesquels enseignassent les successeurs de main en main ; toutesfois il est certain qu'il a imprimé en leurs cœurs une telle certitude de doctrine, par laquelle ils fussent persuadez et entendissent que ce qui leur estoit révélé et presché, estoit procédé du vray Dieu -. n

3. Du reste Calvin a pris soin de bien expliquer ce qu'il entend par cette expression « enseigner de la bouche du Seigneur » (docere ex ore Domiiii). Le sens est (sensiis est) « n'enseigner rien estrange ou divers de la doctrine que Dieu avoit comprinse en sa loy ^. » Et ce ne sont pas seulement les auteurs sacrés, ce ne sont pas seulement les prophètes et les apôtres, qui sont « bouches de Dieu », ce sont les prêtres de l'ancienne alliance, ce sont les pasteurs : « Les prophètes et les docteurs sont dans l'Eglise de Dieu comme la bouche même de Dieu {tanquam as ipsiim Dei)''. » Et c'est à l'enseignement de chacun de ses pasteurs, que chaque fidèle doit appliquer le témoignage du Saint-Esprit : « Pour bien estre asseurez et avoir une foy résolue et constante, il nous faut estre persuadez que Dieu a parlé à nous.... combien que ce soit esté par le moyen des hommes. Et si nous disons : « J'ay un sage docteur ; celuy qui ma instruit est un homme bien expert » et de saincte vie, » tout cela ne sera qu'aide inférieure. 11 faut que nous puissions protester... que ceux qui nous ont enseignez sont les ministres de Dieu... qu'ils nous ont apporté ce qu'ils ont receu de luy et de sa propre bouche. Or on demandera comment nous pourrons avoir une telle certitude. 11 est certain que ce ne sera point de nostre industrie ni prudence, mais il nous faut prier Dieu qu il scelle en nos cœurs par son S. Esprit sa vérité '. »

Du reste, en faveur de la conception organique de l'Ecriture, voici que Calvin apporte ses idées sur le progrès de la révélation.

Si, entre l'.^ncien Testament et le Nouveau '', il y a des ressemblances fondamentales (nous le verrons), il y a aussi des différences, au nombre de cinq.

«. Bf, p. 17. - i. I, VI, 2. — M. 1545, p. 430. IV, VIII, 6. — 4. Hoinilia XLII in i Lib. Samuel. Opéra XXIX, p. 705. — .S. Sermons sur la seconde à Timothée. Opéra LIV, p. 277. — 6. Voir plus loin l'analyse des deux chapitres II, x et .\i: « De la similitude du Vieil et Nouveau Testament ; de la différence entre les deux Testaments. »

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