‹ Jean Calvin, les hommes et les choses de son temps (volume 4)Chapitre 19 sur 149 · LA RELIGION REVELEE ET L ÉCRITURE SAINTE · texte numérisé non relu

LA RELIGION REVELEE ET L ÉCRITURE SAINTE

Les « bénéfices terriens » ne jouent plus le même rôle; les images ont fait place aux réalités ; les ordonnances légales ont été abolies ; la liberté et la paix ont remplacé la servitude et la crainte ; le particularisme a fait place à Tindividualisme. Donc progrès de l'ancienne à la nouvelle alliance.

Et progrès aussi dans chacune d'elles. « Quand la première promesse fust au commencement donnée à Adam, lors il y eut seulement comme des petites estincelles {tenues scintillœ) allumées. Depuis, petit à petit, la lumière est criie et augmentée de jour en jour (magis ac magis) jusques à ce que le Seigneur Jésus- Christ, qui est le soleil de justice, faisant esvanouyr toutes nuées, a pleinement illuminé le monde '. »

Voilà pour l'Ancien Testament. Quant au Nouveau : « Entre les évangélistes mesmes il y a si grande différence en la déclaration de la vertu de Christ, que si on fait comparaison des autres trois à sainct Jehan, à peine auront-ils des estincelles de ceste grande lueur qui apparoist si évidemment en S. Jehan -. » Il faut éclairer l'Ancien Testament par le Nouveau : « Le Nouveau Testament contient la vérité présente, et la substance {et corpus sol idum); et à icelle se doyvent réduire quasi tous les passages, ausquels le Vieil Testament est opposé au Nouveau, par comparaison •'. »

Enfin dans le Nouveau Testament, c'est le Christ qui éclaire tout. « Dieu a tellement accomply toute perfection d'enseignemens en son Fils, qu'il nous faut sçavoir que cestuy-ci est le dernier et éternel tesmoignage que nous aurons de luy^ » « La doctrine apportée par Christ doit tenir le haut lieu, d'autant que c'est la closture et conclusion de toutes prophéties". »

Ajoutons que s'il y a progrès dans la révélation, il y a aussi progrès dans l'intelligence de cette révélation. Les commentateurs ne sont pas toujours d'accord entre eux : « C'est une chose qu'on a tousjours peu appercevoir, que ceux là mesmes qui avoyent zèle de la crainte de Dieu... n'ont pas en toutes choses esté d'accord et d'un mesme avis. Car jamais Dieu n'a usé de telle libéralité envers ses serviteurs, de faire que chacun d'eux à part eust une intelligence plénc, parfaite et accomplie de tous poins ''. » — Mais ils sont en progrès les uns sur les autres : « Il n'y eut jamais rien de si accompli entre les hommes, que l'industrie des successeurs ne trouvast à s'emplover, ou pour polir la chose, ou pour l'agencer, ou pour l'esclaircir '. «

i. B» p. 450, II, X, 20. — « Combien que la clarté; ne soit point si grande au poinct du jour, comme elle est en plein midi, néantmoins ceux qui vont par les champs, n'attendent pas que le soleil soit pléncment levé, pource que ce leur est assez de sçavoir bien le chemin. Ainsi la portion de lumière qu'ont eu les Pères leur a esté comme l'aube du jour, laquelle les a peu conduire en seureté à la béatitude éternelle, sans aucun danger de s'esgarcr. » Calales III, 23. — « Apprenons qu'il serait dangereu.\ de vouloir imiter témérairement les exemples donnés par les hommes les plus saincts et les plus parfaits ; il faut suivre la règle prescrite dans l'Escriturc sainte et éprouver leurs actes et leurs paroles à cette divine pierre de touche.... Apprenons à ne pas simplement transformer en exemple ces actes. > (Homitia XCIl in l Lib. Samuel. Opéra XXX, p. 568-569, 572.)

■2. Argument de XEpistre de saint Jacques. — 3. II, xi, 4. — i. IV. viu, 7. - ■". Argument de X Epistre aux Hébreux. — 6. Jean Calvin à Simon Grynée, dédicace de X'Epistre aux Romains, 18 octobre 1539. -- 7. Ibid.

PROLEGOMENES

Un autre point important dans la conception de Calvin, c'est que, très contrairement à Tidée qu'on lui prête, le témoignage du Saint-Esprit ne décide pas pour lui des questions de critique, de l'authenticité du Cantique des Cantiques^ ni des autres livres '.

A propos de l'Epître de saint Jacques, il trouve « un peu plus grande raison de douter de l'autheur d'icelle.... Ce n'est pas à moy, ajoute-t-il, d'affermer lequel de ces deux Jaques est autheur de ceste Epistre. » Il est vrai qu'autrefois plusieurs Eglises n'ont reçu cette lettre qu'avec débat et difficulté : « Toutesfois de ma part, pour ce que je ne voy cause qui soit suffisante pour la rejctter, je la receoy volontiers. » Les différences que Ion trouve entre ce livre et d'autres ne sont pas une objection suffisante -.

A propos de la seconde Epître de saint Pierre, il reconnaît « qu'il y a différence [entre elle et la première] tout évidente par laquelle on peut monstrer que ce sont divers autheurs. » Il émet l'hypothèse qu'elle a été écrite, non par saint Pierre lui-même, mais « par son commandement », par « quelqu'un des disciples, » Et il ajoute : « Quoy qu'il en soit, puis qu'en toutes les parties de TEpistre, la majesté de l'Esprit de Christ se manifeste clairement, je feroye conscience de la rejetter entièrement, combien que je ne recognoisse point en icelle la vraye et naturelle phrase de sainct Pierre ^ »

Enfin, quant à TEpitre de Jude, il rappelle qu'entre les anciens il y a « eu diverses opinions. » Et sans se prononcer davantage, vu « qu'elle ne contient rien qui ne soit accordant à la pureté de la doctrine apostolique, » il la met « volontiers du nombre des autres Epistres '*. »

Du reste, à quoi bon démontrer que Calvin n'a pas enseigné une inspiration mécanique, littérale, verbale ? Il suffit de le montrer, en choisissant quelques faits parmi un beaucoup plus grand nombre ^

Des mots ont été ajoutés ou supprimés. Eph. II. 5 : Vous estes sauve^ par grâce. « Je ne sçay si quelque autre a entrelacé ceci. » — Hébr. IX, i : « Aucuns exemplaires ont : Le premier tabernacle \ mais j'estime qu'il y a faute en ce mot Tabernacle, et ne doute point que quelque lecteur ignorant, voyant un adjectif astre sans substantif, n'y ait mal adjousté Tabernacle. » — i Tim. 1,3: « J'ay traduit : je veux que lu dénonces, combien qu'il y ait de mot à mut : a/ïn que tu

I. Astié dit: « On se maintient calme et impartial.... Calvin discute savamment et impartialement les questions que pose la science. • Le chrétien cvaiigélique, 1861. p. 298. — i. Epis/ie catholique de S. Jacques. Argument. — -1. Deuxième épistre de S. Pierre. Argument. — 4. Epistre catholique de S. Jude. Argument.

.'i. Nous ne disons rien de la division en versets et en chapitres, qui a été parfois « si sottement faite » que Calvin « ne peut se tenir de la changer. • (i Corinthiens XIIT, début.) « Il appert par ceci combien sont sottement divisez les chapitres. > (^Ibid., XI. i.)

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dénonces, car ou il défaut quelque chose à lu sentence, ou le mot q/in est superflu, et faudroit seulement Dénonces à aucun. » — Jacq. IV, 7 : « Plusieurs exemplaires ont ceste sentence interposée : El pourtant il dit : Dieu résiste aux orgueilleux et donne grâce aux humbles. Mais d'autant qu'on ne le trouve point en d'autres, Erasme pense que quelque homme studieux l'a notée en la marge du livre, et puis après qu'on l'a confondue avec le texte : ce qui se peut bien faire, combien qu'elle ne conviendroit pas mal au fil du texte. »

Il y a des différences. Mat. VIII, 27: « Il semble que sainct Marc et sainct Luc rapportent ceci aux apostres.... Toutesfois ceste parole convient mieux aux autres qui n'avoyent point encore cognu Christ. » — Voir aussi, Mat. IX, 18, les différences dans le récit de la résurrection de la fille de Jaïrus.

L'ordre des temps n'est pas toujours observé. Luc IV, 5 : « Il ne se faut pas beaucoup empcscher de ce que sainct Luc récite, en second lieu, la tentation laquelle sainct Mathieu met pour la troisième. Car les Evangélistes n'avoyent pas entrepris de tellement suyvre le fil de rhistoiie, que tousjours l'ordre du tem'ps fust entièrement observé. « — Mat. XXVII, 5i : « Quant à ce que sainct Luc mesle la fente du voile avec Téclipse de soleil, comme si elle estoit advenue devant la mort de Christ, il renverse l'ordre. »

Et il y a surtout les citations de l'Ancien Testament dans le Nouveau. Mat. II, 6 : Et toy Bethléem, terre de Juda. « Il n'y a point de doute que les scribes n'ayent en leur langue fidèlement récité de mot à mot le passage, ainsi qu'il est escrit au livre du Prophète ; mais sainct Matthieu s'est contenté d'avoir marqué le lieu. Et pour ce qu'il escrivoit en grec, il a suyvi la leçon commune. » — Mat. XXVII, 9 : « Lors fut accompli ce qui avoit esté dit par Jérémie le prophète. » Calvin commente : « Je confesse que je ne sçais comment le nom de .iérémie s'est icy rencontré, et ne m'en tormente pas fort. Certes la chose monstre d'ellemesme qu'on s'est abusé en mettant le nom de Jérémie, pour Zacharie : car en Jérémie on ne trouve point ce propos, ne chose qui en approche^. » — Act. VII, 14-16 : « Adonc Joseph envoya quérir Jacob son père, et tout son parentage, qui cstovent septante-cinq personnes. — Jacob donc descendit en Egypte, et mourut luy et nos Pères. — Lesquels furent transportez en Sichem, et mis au sépulchre qu'Abraham avoit acheté à prix d'argent des enfans d'Emmor, fils de Sichem. » — Calvin commente : « Quant à ce qu'il [saint Etienne] dit que Jacob veint en Egypte avec septante-cinq personnes, cela ne s'accorde point avec les paroles de Moyse, Gen. XLVI, 27. Car Moyse n'en met que septante. Sainct Hierôme pense que sainct Luc n'a point récité de mot à mot ce que sainct Estienne avoit dit, mais qu'il a pris ce nombre de la translation grecque de Moyse ; pour ce qu'estant prosélyte, il n'a pas entendu la langue hébraïque, ou pour ce qu'il a bien voulu accorder ceci aux Gentils, entre lesquels ceste lecture estoit receue.... La chose n'estoit pas de si grande importance que sainct Luc deust pourtant [pour cela] troubler les Gentils qui estoyent accoustumez à la lecture grecque.... De laquelle chose si quelqu'un en veut débatre trop opinias-

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