CHAPITRE PREMIER
Le Père.
Première partie. Père. — I. Zwingle et Calvin. — II. Incompréhensibilité de Dieu. — III. Le Dieu unique et l'idolâtrie. — IV. La paternité de Dieu.
Seconde partie. Père, Fils et Saint-Esprit. — I. La pensée de Calvin. — II. La réfutation de l'hérésie. — III. La question des termes théologiques: i. Episode Caroli; 2. Le Calvinus Jtidaizans.— IV. A travers les éditions de V Institution, — V. Le renouvellement dogmatique.
PREMIERE-: PARTIE Père.
OUTE la théodicée de Calvin tient dans le premier article du Symbole : « Je crois en Dieu, le Père toutpuissant, créateur du ciel et de la terre. » Dieu est 1° le Père\ ce Père est 2° le Créateur, et la Providence, du ciel et de la terre; enfin, ce Père et ce Créateur est 3° le Tout-Puissant. — Tels seront les titres des trois chapitres de notre Livre.
La première « doctrine » que nous rencontrons, c'est la doctrine de Dieu. — Oui ; seulement il y a deux choses que nous ne devons pas oublier : la première, c'est que cette « doctrine », comme toutes les autres, est une « doctrine de pratique » ; et la seconde, c'est que cette doctrine, comme la « doctrine » de l'homme, se trouve partout, sans être nulle part systématisée, e.xposée ex professa. 11 nous faut la construire en réunissant des explications éparses'.
Dieu peut être conçu comme la cause première, ou comme l'objet de notre
1. « Toute la doctrine de Dieu arrive par morceaux en différents endroits. . A. Schweizer. Die Glaiibcnslehre der evangclisch-reformirten Kirche, .844, I, P- 256. - Voir Kostlin. Stud. u. Kr,t,k., .868. p. 423 ; P. J. MuUer, De Godslecr van Calvijn, uit rcligieus oogpunt beshouwd en gewaardeerd, i88«. p. 8.
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adoration religieuse. Et certes ces deux conceptions ne s'excluent pas, mais Tune ou l'autre peut dominer dans un système. I.a conception de Dieu comme cause première, la conception philosophique, domine dans la théodicée de Zwingle, et lui fournit sa méthode a priori ; tandis que la conception de Dieu comme objet de notre adoration, la conception religieuse, domine dans la théodicée de Calvin, et lui fournit sa méthode a posteriori, expérimentale *. — Résumant sa pensée et son sentiment, notre Réformateur écrit : « Que nous permettions [i56o : Laissons à Dieu la congnoissance de soy mesme; i56o : le privilège de se cognoistre].... Or nous luy permettrons lors [iSôo: luy laisserons ce qui luy appartient!, quand nous le concevrons tel qu'il se manifeste à nous (i56o: tel qu'il se déclaire ', et n'enquerrons de luy que par sa ParoUe ^. »
En fait de définition de Dieu, notre théologien biblique s'en tient à celle de Moïse (Ex. XXXIV, 6, 7) : « Seigneur, Seigneur Dieu, miséricordieux et clément, patient, et de grande bonté, et véritable.... Son éternité et son essence, résidente en luy-mesme (aùrouakù, est annoncée par ce nom..., lequel est deux fois répété en hébrieu, qui vaut aultant à dire, comme : celuy qui est seul ^. » — Et c'est toute la métaphysique calviniste : « Ceux qui s'appliquent à décider ceste question, asçavoir que c'est que Dieu {quid sit Deus)^ ne font que se jouer en spéculations frivoles {frigidis)^ veu que plustost il nous est expédient de sçavoir quel il est iqualis sit)^ et ce qui convient à sa nature *. » — « De nature Dieu est incompréhensible et caché à l'intelligence humaine ^. » — « Comment un entendement humain réduyra-il à sa petitesse l'essence infinie de Dieu?... Comment pourra-il chercher la substance de Dieu, veu qu'il ne congnoist pas la sienne propre*? » — Cette recherche est un véritable délire (délirant) '. — Notre devoir n'est point « par audacieuse curiosité de voulloir espelucher la grandeur de son essence. » — Il nous faut « l'adorer, plustost que trop curieusement enquérir". » — « Dieu pour nous tenir en sobriété ne nous tient pas long propos de son essence. Toutesfois par deux tiltres [diiobus epithetis)...^ il abat toutes ces lourdes resveries que les hommes conçoivent, et quant et quant réprime toute audace de l'esprit
1. « On a ici affaire avec deux grands esprits, les pères de la Ihéoloj^ie reformée. Tous deux visent au même but, l'honneur de Dieu. Mais, grâce à une différence de méthode, sur plusieurs points de leur doctrine de Dieu, ils arrivent à un résultat tout différent. > D' P. J. Muller. De Godsleer van Zwingli en Calvijii, 1883, p. 8.
2. Bf, p. 216. I, XIII, 21. — .1. Bf, p. 28. I, X, 2. — i. 1559, I, u, 2. — r>. Rf, p. 10. — 1560 : « L'essence de Dieu est incompréhensible, tellement que sa majesté est cachée bien loin de tous nos sens. > I, V, I. — t>. Bf, p. 216.
7. N'oublions pas de noter que l'on trouve aussi dans Zwingle des déclarations analogues : < Qu'est Dieu (quid Deiis sit)} Nous l'ignorons de nous-mêmes, autant qu'un scarabée ignore ce qu'est l'homme. • HiilJrici Zvinglii Opéra, vol. III (i), p. 157.
K. Bf, p. 13. I, V, 9. — Le texte latin de ce paragraphe ajoute à celui de 1539 deux propositions et parle d'une connaissance qui ne voltige pas seulement au « cerveau en spéculant >, mais qui est « enracinée au cœur » : une de ces additions anti-intclIectualistes fréquentes dan.'s l'édition de 1559.
humain. Et de faict, Vinjinité de son essence nous doit espovanter, à ce que nous n'attentions point de le mesurer à nostre sens, et sa nature spirituelle nous doit retenir pour ne rien spéculer de luy terrestre ou charnel '. » — Quant au reste, Dieu, « comme une nourrice, bégaye avec son petit enfant pour se démettre à sa rudesse-. » — Ce n'est pas son essence que nous pouvons connaître, mais seulement ses « vertus », c'est-à-dire ses actes, ses manifestations, « par lesquelles il nous est démonstré, non pas quel il est en soy-mesmc [quis sit apiid se), mais tel qu'il est envers nous (seti qitalis erga nos). » Kt Calvin ajoute : « Tellement que ceste congnoissance consiste plus en vive expérience qu'en vaine (vaciia et metenrica) spéculation ^. »
Ainsi, une «doctrine de pratique» sur Dieu. « Précisément dans cette idée de Dieu, dit R. Seeberg, et surtout dans son arrière-fond pratique, encore plus que dans ses formules théoriques, gît l'originalité de la conception réformée *. »
On peut dire qu'en fait de métaphysique, l'âme pieuse se contente de savoir que Dieu est « unique et vrai ». Et tout de suite, pratiquement, Calvin consacre un chapitre à l'idolâtrie, pour réfuter les erreurs romaines, qui compromettent cette unité de Dieu par l'usage des statues et des images. — Calvin se montre ici d'une rigueur plus grande que Luther. Il revient à la vraie division du Décalogue, et isole le second commandement : « Tu ne te feras point d'image tailllée, etc., » commandement confondu avec le premier par les catholiques, qui divisent ensuite le 10"'" en deux. ". Puis il réfute avec verve les objections.
On dit : « Les images sont les livres des idiots "'. » Calvin se laisse si bien aller à sa verve mordante et gauloise qu'il est impossible de le suivre pas à pas, ou plutôt mot à mot, jusqu'au bout. « Encore que je leur accorde cela, si n'auront-ils pas beaucoup gaigné. Chacun voit quels desguisemens monstrueux ils font à Dieu. Quant est des peintures, ou autres remembrances qu'ils dédient aux saincts, que sont-ce, sinon patrons de pompe dissolue [perditissimi ht.xus) et mesmes d'infameté (obcœnitalis), ausquels, si quelqu'un se vouloit conformer, il seroit digne du fouet. Qu'ainsi soit, les meretrices seront plus modestement accoustrées en leurs liipanariis que ne sont point les images des Vierges aux temples des Papistes. L'ornement des martyrs n'est de rien plus convenable. Qu'il y ait doncqucs quelque peu d'honnesteté en leurs images, s'ils veulent colorer leurs mensonges en prétendant que ce seront livres de quelque saincteté ". »
1. 1559, I, XIU, 1. — 2. Bf, p 217. I, xm, I. — 3. Bf, p. 28. I, X, 2. — 4. Reinhold Seeberg, Lehrbuch der Dogmengeschichte (1898), II, p. 406. — 5. Les luthériens ont conservé l'usage catholique et estiment que le Dccalogue interdit de faire des idoles, mais pas des images. Voir Œhler, Lehrbuch der Syiiiholik (1891), p. 341. — Fr. Delitzsch, Real-Eiicyclopadic, 2""= édit., III, p. 536.
6. Idiot signifie ici ignorant. — Le texte de 1536 contient une rétlexion, qui a disparu dans les textes suivants, et qui méritait de rester ; « Et qui donc, je vous prie, appellent-ils idiots ? Ceux que le Seigneur reconnaît comme enseignés de Dieu, theodidactos » (Jean VI, 45). Opéra I, p. 34-
7. I. XI, 7. Rf, p. 133, 134, présente quelques différences de style. Le passage est de 1536, I, p. 34,
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On dit encore que Ton adore non limage, mais Dieu dans l'image. L'excuse est vieille : « C'est ce que les plus idiots respondoyent qu'ils n'adoroyent pas l'image visible, mais la divinité, qui habitoit là dedans invisiblement ^ » — En réalité, toutes ces excuses sont des mensonges effrontés. « Car pourquoy s'agenouillent-ilz devant les images ? Pourquoy viennent-ilz là devant pour prier, comme s'ilz approchoyent, en ce faisant, des aureilles de Dieu?... Pourquoy prennent-ilz tant de peine à faire [i56o: trottent-ils si loin' pèlerinage pour visiter les ydoles [i56o : veoir un marmouset] dont-ilz ont les semblables en leurs maisons ? Pourquoy en prennent-ilz aujourd'huy autant de combat, comme s'il estoit question de combatre pour femmes et enfans et leurs propres vies, tellement qu'ilz souffriroient plus aysément qu'on leur ostast Dieu que leurs images-? »
Vient enfin la fameuse distinction entre le culte de latrie, rendu à Dieu seul, et le culte de dufie, rendu aux images des saints : « Latrie en grec signifie autant qu'honneur; Dulie est servitude.... Or nul ne doute que servir ne soit beaucoup plus qu'honorer : car il nous seroit souvent dur et fascheux de servir à ceux que nous ne refusons pas d'honorer. Ainsi ce seroit un partage inique d'assigner aux Saincts ce qui est le plus grand, et de laisser le moindre à Dieu^.... 1)
Non pas que Calvin soit « tant scrupuleux » {ea siipcrstitionc teiieor) de condamner toute peinture ; « mais d'autant que l'art de peindre et de tailler sont dons de Dieu, je requier que l'usage de l'un et de l'autre soit pur et net. »
Il n'estime pas «qu'il soit licite de représenter Dieu par simulachre li56o: sous forme] visible, d'autant qu'il l'a défendu. » Il demande donc qu'en fait de peinture et de sculpture, les artistes se bornent à représenter « les choses qui apparoissent visiblement [i56o: qu'on voit à l'œil]. » — Mais dans les temples des chrétiens, il ne doit y avoir d'images d'aucune sorte. L'Eglise ancienne, pendant cinq cents ans, ne les a pas admises. Et sans doute les saints pères n'auraient pas a laissé l'Eglise sans images s'ilz eussent jugé que ce fut chose profitable pour icelle^ » Dans les temples, qu'on ne mette donc pas d'autres images que « les images vives » consacrées par Dieu dans sa parole, le baptême et la sainte-cène. Voilà qui vaut plus qu'un « marmouset guignant de travers, et faisant la mine tortue ^. »
Ce qui est vrai de la doctrine sur Yessence de Dieu, est encore plus vrai de la doctrine sur les attributs de Dieu. Calvin sème ici ou là ses réflexions, et nulle part il ne cherche à montrer le lien entre ces attributs divers ''.
1. 1545. P- 132. I. XI, 9. — i. B» , p. 133. I, .XI, 10, 1560 : « Et pourquoy est-ce qu'aujourd'huy ils combatent (digladiaiilur) si furieusement pour leurs idoles {tanqiiaiii pro arts et focis) les maintenans à feu et à sang (ad cccdes usque et strages), etc. » — .3. 1550, I, xil, 2. — 4. 1545, p. 136, 137. I, XI, 12 et 13.
•'). Cette réfle.xion gauloise appartient à la traduction et ne se trouve pas dans le texte latin. — La ligne qui la précède date au contraire de 1536. — 6. En un seul endroit, Calvin, à la suite du prophète Jérémie (IX, 24), essaie de ramener « tout à un >. Mais c'est toujours sobre et pratique. I, x, 2.
Kostlin y voit un caractère de la théologie de notre Réformateur: à bon droit. Cette méthode a posteriori, qui traite de curiosité audacieuse (aHia.v curiosilas), de froide spéculation [frigida speculatio) le désir et l'effort de pénétrer l'essence de Dieu {qiiid sit Deiis), ne risque pas davantage de se laisser trop aller à étudier même ses attributs (qiialis sit Deus), comme le fait la méthode a priori de Zwingle. Entre les attributs et l'essence, la démarcation est trop incertaine. Calvin éloigne toute sa théologie du « cerveau » (/;/ cerebro tanium volitat) et la ramène au « cœur » {radicem agat in corde) ^.
C'est donc le moment d'indiquer celui des deux principaux attributs de Dieu, que Ion déclare si souvent avoir été oublié ou nié par Calvin, et sur lequel au contraire il insiste avec une énergie toute particulière : nous voulons parler de la Paternité de Dieu*; l'autre attribut est celui de la Puissance, sur lequel nous reviendrons plus loin.
Dieu est le Père ^, le vrai, le seul. Tandis qu'en général on appelle Dieu Père par métaphore, c'est l'homme qui est père par métaphore, et c'est Dieu qui l'est en réalité.
« Ce titre paternel luy appartient à luy seul '. » — " Il est dit que nous n'avons qu'un père au ciel, à parler proprement ; et cela n'est pas seulement entendu quant aux âmes, mais aussi quant aux corps ^. » — « Mesme cela n'est pas seule-
i. Voici quelques citations sur l'amour de Dieu : ♦ Israël, qu'est-ce que ton Dieu demande de toy, sinon que tu adhères à lui en l'aimant ? Voilà le sommaire du service que Dieu requiert de nous. » (Opéra XXVIII, p. 61.) — « Ne demeurons point en ceste crainte servile ; mais cognoissons que Dieu est nostre Père, et qu'il faut que nous prenions plaisir à nous ranger à luy. » [Ibid., p. 253.) — « Il nous faut venir au second, c'est que nous le cognoissions estre nostre père, tellement que nous soyons asscurez qu'il nous aime.... Car si nous n'avions que cela, c'est assavoir de le cognoistrc Dieu, ce seroit pour nous laisser tousjours en frayeur.... Voilà quelle est la vraie cognoissance de Dieu. >• [Ibid., p. 501, 502.) — « Dieu nous a si chers, et il nous porte un amour si ardent, qu'un père ne s'esjouit pas plus quand il peut cslever son enfant, quand il luy peut faire du bien, que Dieu s'esjouit de nous, quand il a occasion de nous bien faire.... » (Ibid., p. 567.) — « Dieu requiert de nous servitude, et nous ne luy devons pas refuser; mais cependant il commence par l'amour, afin de nous attirer d'une façon amiable à soy, que nous ne soyons point forcez > {Ibid., p. 587.) — Nous sommes la prunelle de Dieu : < Si Dieu estoit un homme mortel, il ne pourroit garder plus songneusement la prunelle de son œil qu'il a gardé son peuple. Nous savons que c'est la partie la plus tendre du corps. (Juand on frappera ou sur la teste ou sur les mains, ou sur les bras, nous pourrons porter cela; mais quand on nous touche seulement en la prunelle de l'œil, voilà tout le corps qui frémit; nous sommes tellement touchez d'angoisse, que si on nous avoit donné un coup de poignard, qu'on nous eust coupé un bras, nous n'aurions pas si grande douleur, comme quand on nous a mis le doigt en l'œil. Or il est notamment dit, que Dieu ne nous garde point seulement comme son bras ou sa jambe. Il est vray que Dieu n'a ne bras ne jambes, il ne nous faut imaginer cela en luy; mais il prend la figure des hommes, afin que nous comprenions ce qui seroit trop haut pour nous.... Il ne dit pas donc qu'il nous maintiendra et conservera comme fera un homme mortel ses bras ou ses pieds ; mais il dit, comme la prunelle de l'œil. - {Ibid., p. 694.) — Nous sommes les petits poussins de Dieu : < Dieu s'accompare à une poule. Et pourquoy.' Afin de nous reprocher nostre ingratitude.... Sa bonté, qu'emporte-t-elle? Qu'il soit comme une poule.... Il a traittez les enfans de l'Israël comme si une poule recueilloit ses petits sous ses aisles.... Il se fait comme semblable à une poule.... Et au reste il faut bien que nous soyons desprouveus de sens et de raison, quand nous ne le venons ccrcher : car que sera un petit poussin, s'il n'est sous les aisles de sa mère. » Ibid., p. 695-696 : Serinons sur le Deuléroitome.
3. Opéra XXVI, p. 90. « La substance de nostre salut demeure. Que faut-il en cela? Contentons-nous que Dieu nous soit père. » — i. Ibid., p. 138. —S. Ibid.. p. 312.
JEAN CALVIN IV '
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ment selon l'esprit, mais en tout et par tout il faut que Dieu soit recognu et honoré pour Père unique.... Tant y a que, selon nos corps, il faut bien aussi que Dieu soit nostre Porc. C^ar combien que nous soyons engendrez par nos pères terriens selon nature, si est-ce que Dieu nous a formez et créez.... Et ainsi Dieu sera Père des corps aussi bien comme des âmes, mais sur tout il veut estre nostre Père spirituel'. »
C'est de cette paternité divine que dépend « le parentage » humain. « Nous ne saurions que cest du devoir de père envers les cnfans, ne de la révérence des enfans envers leurs pères et supérieurs, sinon que Dieu eust le degré souverain. » Faute de quoi nous deviendrions « stupides » et ne saurions « plus que c'est d'affection paternelle en\ers nos enfans-. » — L'amour qu'il nous porte surmonte celuy de tous les pères terriens. Et ainsi...., quant à nostre escient nous allons en perdition.... nous contristons l'esprit de Dieu.... et c'est autant comme si nous donnions à Dieu des coups de poignard.... Quand un homme sera induit par Satan à offenser son Dieu, si cest article luy venoit en mémoire : « Comment? M tu contristes ton Dieu, tu luy donnes occasion d'entrer en complainte et en » regret ? Comme un père, quand il voit ses enfans desbordez et incorrigibles, » il conçoit une amertume et une angoisse en soy. Cela est pour luy navrer le » cœur.... Ne seroit-ce pas pour nous faire avoir en détestation tous nos péchez •*? » » Voilà le vray naturel de Dieu, c'est qu'il ne demande sinon d'attirer les hommes en toute douceur, et d'user envers eux de sa bonté. Quand il les punit, c'est quasi contre sa nature''. » « Si un homme prétend d'estre plus miséricordieux que Dieu, il est pire qu'un diable N'est-ce pas le despitter, comme
si nous luy crachions au visage, entant qu'en nous est ? Ouy, car il n'y a rien qui luy soit plus propre que sa bonté. Ostons-luy sa bonté, il ne sera plus Dieu '\ »
C'est la connaissance de cet amour paternel « qui est la vraye cognoiss.ance
\. Opéra LIV, p. 403. — Que ce soit axioma et régula : tous ceux qui engendrent des enfants doivent reconnaître que le père, c'est Dieu, ce Dieu qui les honore au point de leur accorder une partie de la dignité qui lui est propre {partent propriœ sibi soli dignitatis). Opéra XXIX, p. 274, 275. — « Ce nom de Père est tant honorable, qu'il n'appartient qu'à Dieu seul, mesmes au regard des corps. Et ainsi, quand nous disons que ceux qui nous ont engendrez selon la chair sont nos pères, c'est une façon de parler impropre ; car une créature mortelle ne mérite pas ceste dignité si haute et si excellente. Mais tant y a que Dieu par sa bonté encores élevé les hommes en ce degré, qu'il veut qu'ils soyent appelez pères : et c'est afin qu'ils se cognoissent tant plus obligez à luy. » Sermons sur la première épitre à Timothée, Opéra LUI, p. 13.