I. Bavinck, Geref, Dogmaliek, II, p
â. Presque tout ce chapitre est le développement, en 1543, dune page de 1536 {Opéra I, p. 63), montrant l'amour du Créateur et la confiance que cet amour doit nous inspirer.
LE CREATEUR io5
Voilà comment il faut « réprimer toute convoitise désordonnée, laquelle chatouille beaucoup de gens, mesme les pousse en des spéculations aussi nuisibles que tortues. » Mais c'est un jeu dangereux : « Si ceux qui se donnent licence à babiller sans honte et brocarder ne reçoivent maintenant nulle admonition, ils sentiront trop tard en leur horrible ruine, combien il leur eust esté plus utile de contempler de bas en haut les conseils secrets de Dieu avec toute révérence, que desgorger leurs blasphèmes pour obscurcir le ciel '. »
La création, dans laquelle Dieu, par la vertu de sa Parole et de son Esprit, a créé, à un temps marqué, de rien, le ciel et la terre, nous montre une admirable puissance. Et, — sur ce point, nous renvoyons à ce que nous avons déjà dit, — • Calvin se montre sensible aux beautés du cosmos. « Ne soyons pas si desdaigneux de nous fascher de prendre plaisir aux œuvres de Dieu, qui se présentent devant nos yeux en ce beau et excellent théâtre du monde *. » Que pourrait-on souhaiter de « plus délectable à veoir » [aspectu speciosus) que la multitude des étoiles éclairant le « palais magnifique, bien et richement meublé ^. » Et pas besoin de toutes ces splendeurs. Alors même que nous serions privés du spectacle du ciel et de la terre, en voyant pousser un seul brin de gazon (gramen assiirgere), la méditation de notre àme ravie {/// hoc ipso conqiiiescens) s'élève jusqu'à Dieu '*.
Plus utile encore à contempler que la beauté de la création est la bonté du Créateur, a le soin paternel qu'il a de nous... Dieu a ordonné toutes choses à nostre proufit et salut. » Et vient la conclusion pratique : « Or quelle ingratitude seroit-ce de douter si un si bon Père a le soin de nous, quand nous voyons qu'il a pensé de nous pourvoir, mesmes devant que nous fussions naiz?.... Finalement toutesfois et quantes que nous appelons Dieu, Créateur du ciel et de la terre, qu'il nous viene aussi en pensée que... nous sommes ses enfans, lesquels il a prins en sa charge pour nourrir et gouverner : tellement que nous attendions tout bien de luy,... et qu'estans incitez par une si grande libéralité qu'il nous monstre, nous soyons induits à l'aimer et honorer de tout nostre cœur''. »
Quant à la place du Christ dans la création, Calvin en parle, non pas ici, mais à propos de la divinité de Christ. « En la création du monde Moïse met tousjours la Parole en avant.... Les gaudisseurs et babillars pourront bien en se jouant amener une eschappatoire, que la Parole est là prinse pour commande-
i. I, XIV, I. — -2. I, XIV, 20.
;t. I, XIV, 21. — Voici encore un beau passage sur la gloire de Dieu dans la création: ce n'est pas un homme insensible aux phénomènes de la nature qui l'a écrite. < Quant à la vertu de Dieu, combien a-elle de tesmoignages qui nous devroyent ravir à la considérer .' Car ce n'est point chose cachée ou obscure, quelle vertu est requise à soutenir ceste machine et masse infinie du ciel et de la terre ; quel empire c'est, en disant le mot, de faire trembler le ciel et esclatter de tonnerres, brusier ce que bon luy semble de foudres, allumer lair d'esclairs, le troubler de diverses sortes de tempestes, le rendre clair et paisible en une minute, de tenir comme pendus en l'air les grans flots de la mer, veoir toute la mer mesme, qui menace toute la terre d'abysmer, quand il lui plaist l'esmouvoir d'impétuosité de vents pour confondre tout ; et puis soudain ayant abatu tels troubles, la rendre calme. » I, v, 6. Le passage est repris de B^, p. 1 1.
\. Hotnilia in I Lib. Samuel.. Opéra XXIX, p. 300. — 3. 1, xiv, 22.
JEAN CALVIN IV
io6
DIEU
ment ; mais les apostres nous sont bien meilleurs expositeurs, lesquels disent que le monde a esté créé par le Fils, et qu'il soustient toutes choses par sa Parole vertueuse (potenli verbo) '. >-
Si de la création des choses nous passons à la création des êtres, nous trouvons d'abord les anges. Calvin est très sobre : « Je m'estudicray, dit-il, à tenir telle mesure que Dieu nous commande: c'est de ne point spéculer plus haut qu'il sera expédient.... Nostre devoir est d'ignorer volontiers ce qui n'apporte nul proufit". »
Par exemple, peu importe le temps, auquel les anges ont été créés. « Ici, aussi bien qu'en toute la doctrine chrestienne, il nous faut reigler en humilité et modestie, « et ne désirer savoir des choses obscures que ce que Dieu nous en dit dans sa Parole. Surtout en lisant cette Parole, nous devons « chercher continuellement et méditer ce qui appartient à l'édification, » et ne pas « lascher la bride à nostre curiosité, « et ne pas désirer « d'apprendre les choses qui ne nous sont point utiles. » Car Dieu a voulu nous instruire, « non point en questions frivoles, mais en vraye piété. » En conséquence, Calvin déclare « pur babil » les livres qui traitent les « questions superflues», dont le moyen âge et la scolastique raffolaient. « Un théologien ne doit pas appliquer son estude à délecter les aureilles en jasant, mais de confermer les consciences en enseignant choses vrayes, certaines et utiles^. »
Voici donc la « simple doctrine » de l'Ecriture, « pour la consolation et confirmation M de notre foi. Les anges sont « les mains de Dieu ». ils sont « dispensateurs et ministres de la libéralité de Dieu envers nous. » Dieu « commet à ses anges la tutèle de ceux qu'il veut gardera »
Ce ne sont pas de simples « mouvements » que Dieu inspire aux hommes, ni de simples « vertus » qu'il déploie en ses œuvres''; ce sont des êtres, qu'il faut se garder d'adorer à la place de Dieu, car ils ne sont que ses « mains » *'.
Faut-il aller jusqu'à dire que chaque fidèle a son ange gardien r « Je n'en oseroye rien affermer », répond Calvin. Et, en définitive, peu importe. 11 « n'est jà besoin de nous tourmenter beaucoup en une chose qui ne nous est guère nécessaire à salut. Car si quelqu'un ne se contente pas de cela, que toute la gendarmerie du ciel fait le guet pour nostre salut, et est preste à nostre aide, je ne say qu'il luy proufitera d'avantage de dire qu'il ait un ange particulier pour son gardien '. »
.•\ plus forte raison doit-on laisser de côté toute discussion sur le nombre et
'• '559- 'i XIII, 7. — 2. 1559. XIV, 3. — Les Réformés ont péché par défaut (in defcciu) et non par excès (/« excessii). Uavinck, Gere/ornieerde Dogmntiek, 1(, p. 429. — La prière d'intercession des anges, cnscitjnéc par les Juifs, jjar l'iiilon, Orijjène, et les Pères, a été acceptée par les symboles romains, et même par la Confession d'Augsbourg: Art. 21. Les Réformés l'ont rejetéc. Ibid., p. 448, 449.
I I XIV, 4. — 4. I, XIV, 612. — S. I, XIV, 9. — 0. Ibid., 12. — 7. Ibid., 7.