LK CREATEUR
la hiérarchie des anges et des archanges. Les noms mêmes, Michel, (jabriel, semblent « par la signification (ju'ils emportent, avoir esté imposez aux anges à cause de nostre infirmité. » « Combien que de cela, ajoute Calvin, j'aime mieux nen rien définir. » A noter seulement la jolie explication symbolique des ailes attribuées par l'Ecriture aux anges « pour nostre petite capacité et rudesse, à ce que nous ne doutions point qu'ils seront tousjours prests à nous secourir avec une hastivetc incroyable, sitost que la chose le requerra, comme nous voyons que les esclairs volent parmy le ciel et par dessus toute appréhension {ac si fulgitr e cœlo emissuni ad nos volaret). Si on en veut sçavoir davantage, cela est enquérir sur les secrets dont la plénc révélation est diflférée au dernier jour '. »
A côté des anges sont les diables et Satan, qui a la « primauté d'injustice -». Et si l'existence des anges est de nature à nous encourager, l'existence des diables est de nature à nous exciter à la vigilance. Les diables ne sont pas de simples «affections mauvaises, lesquelles nous sont suggérées de nostre chair^. » C'est (( l'ennemy près de nous, voire ennemy prompt en audace, robuste en force, rusé en cautèles, garny de toutes machinations, expert en science de batailler, et ne se lassant en nulle poursuite *. » Et même « il n'y a pas un seul diable qui nous fasse la guerre, ou un petit nombre, mais une grande multitude •\ »
Mais il faut bien considérer deux points : Le premier, c'est que les diables n'ont pas été créés diables par Dieu : leur malice n'est point « naturelle », mais ils se sont « dépravés », en « se destournant de Dieu. » Va c'est tout. « 11 ne nous chaut de cognoistre rien plus du diable. » Ainsi l'Ecriture ne nous dit rien de la chute des diables, ni de la cause, ni de la façon, ni du temps. Ce sont là « histoires vaines et sans fruit. » Et le Seigneur ne nous veut enseigner que ce qui peut « estre en édification '' ».
Le second point, c'est que les diables, anges déchus, ne peuvent « rien faire sinon par le vouloir et congé de Dieu, » comme le montre l'histoire de Job. Dieu
1. I, XIV, 8. — A propos de Job IV, i8, voici un passage d'une inspiration très spécifiquement calviniste : « Comme juge. Dieu prononce qu'il y a folie et vanité aux anges, c'est-à-dire qu'il y a de la faute, voire, et qu'ils ne pourroyent pas subsister devant luy, quand il les voudroit traittcr à la rigueur.... Dieu trouve défaut aux anges, combien qu'ils soyent ses serviteurs. Or cela n'empesche point que le service des anges qu'ils rendent à Dieu ne soit parfait, selon qu'il peut estre aux créatures.... Il y aura aux anges une perfection, voire comme aux créatures; mais quand ce vient à Dieu, ceste pcrfcction-là est comme engloutie, ainsi que les estoiles n'apparoissent plus quand le soleil donne sa clarté. Les anges ont leur fermeté en ceste grâce de nostre Seigneur Jésus-Christ, entant qu'il est Médiateur de Dieu et de ses créatures : Jésus-Christ a esté leur Médiateur. Et comment ? Afin qu'il les conjoigne à Dieu en toute perfection ; et puis il faut qu'il les maintiene par sa grâce, et qu'ils soyent préservez afin de ne pomt tomber. . — (Sermons sur Job, Opéra XXXIII, p. 207, 208.) — Voir encore sur l'humilité des anges et la grandeur de Dieu un beau développement. Ibid., p. 621, 622.
2. I, .XIV, 14. — .3. Ibid., 19. — l. Ibid., IJ. — 5, Ibid., 14. — 6. Ibid., 16.
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DIEU
tient Satan « lie- et >circ des cordes de sa puissance,... et bon gré mauorc qu'il en ait, le diable sert à son Créateur, d'autant qu'il est contraint de s'employer là où le bon plaisir de Dieu le pousse'. » Or « Dieu ne permet point le rèone à Satan sur les âmes des fidèles ; mais luy abandonne seulement les meschans et incrédules, lesquels il ne recognoist j-xiint de son troupeau -. »
Voici cnlin Ihiimmc, « le plus noble et le plus excellent chef-d'œuvre » de
Dieu.
11 y a deux connaissances de nous-mêmes : la connaissance de l'homme « en sa première origine », et la connaissance de l'homme « après la chute d'Adam'' ». C'est de la première seule qu'il s'agit en ce moment.
1 . D'abord le premier homme a été créé. Calvin affirme le créatianisme (tandis que les luthériens ont davantage penché vers le traducianisme '*) contre toute doctrine émanatiste, en particulier celle de Servet, qui tient l'âme pour un (( sourgeon de la substance de Dieu, comme si quelque portion de la divinité fust descoulée en l'homme. » Nous sommes bien de race divine, de la « lignée de Dieu », mais selon « la qualité et non pas la substance », c'est-à-dire moralement et non métaphysiquement. C'est « une rage trop énorme de deschirer l'essence du Créateur à ce que chacun en possède une portion. » Non, « la création n'est point une transfusion, comme si on tiroit le vin d'un vaisseau en une bouteille, » et Dieu « n'a pas coupé de sa substance comme une branche d'arbre ^. »
Cet homme, créé, a été créé bon. Il ne faut pas parler de « nature vicieuse »; car « s'il y avait quelque vice en la première nature, cela reviendroit au deshonneur ® » de celui qui l'a faite. « Il en recevroit une partie du vitupère ". »
Calvin veut donc « couper la broche à toutes tergiversations » et maintenir la justice de Dieu « contre toutes accusations et reproches ^. »
2. L'homme est composé de deu.K parties, le corps et l'âme. Et en faveur de l'immortalité de l'âme, Calvin donne d'abord les preuves [signa, testimonia) philosophiques. La première se trouve être la preuve morale : « Certes la conscience, laquelle, en discernant entre le bien et le mal, respond au jugement de Dieu, est un \x\(X\cQ{signum) infaillible que l'esprit est immortel. » La dernière est curieuse, c'est le sommeil, <( qui semble en abrutissant les hommes les despouillcr de leur vie. » Or le sommeil est « un vray tesmoin de leur immortalité, car non seulement il leur suggère des pensées et appréhensions de ce qui jamais n'a esté fait,
1. I, XIV, 17. — 2. Ibid., 18. — ."}. 1559. I, XV, 1. — 4. Schneckenburger, Vergkichende Darstellmig des liillitrischen uiid re/oriiiirlen Lehrbtgriffs. 1855, II, p. 186. — .">. 1559. I, XV, 5. — (>. I, xv. i. — 7. 1541, p. 33. — X. I, XV, I. « Non seulement accusation, mais aussi toute reproche et murmure, » 1541, p. 33. — On voit quelle erreur c'est de dire que pour Calvin « le mal est donne dans l'idée du fini, et se trouve ainsi fondé dans l'essence de l'homme en soi [in doit ll'esen des Mensc/ien an sic/i). » B. Bess, Johannes Calvin, dans Unsere religiôsen Er^ieher, p. 74.