‹ Jean Calvin, les hommes et les choses de son temps (volume 4)Chapitre 32 sur 149 · LK CREATEUR I O · texte numérisé non relu

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mais aussi leur donne advcrtissemens des choses à venir, lesquels on appelle présages '. «

Après les preuves philosophiques viennent les preuves scripturaires.

Quant aux facultés de l'àme-, les philosophes en ont beaucoup parlé et ce qu'ils en ont dit est « plaisant à cognoistre », même « utile et bien digéré par eux. » Toutefois, il faut leur laisser le soin « de les deschiffrer mieux par le menu {siit>tiliiis\. » D'autant plus que même si toutes ces divisions étaient vraies, ou pour le moins vraisemblables, il n'y aurait pas métier de s'y « amuser ». Une « simple déclaration... pour nous édifier en piété » suffit, une « distinction qui peut estre comprinse des plus petis ^ » L'âme se compose de deux parties : l'intelligence pour discerner et juger, la volonté (ou le cœur) ^ pour élire et suivre, ou rejeter et fuir. C'en est assez, « sans nous empcstrer en questions superflues ^. »

Telles sont les facultés « dont la première condition de l'homme a esté ornée et annoblie. » Alors la volonté et l'intelligence s'accordaient : « La volonté estoit conforme du tout à la reigle et attrempance de la raison '^. w

3. Toutefois la distinction entre Tàme et le corps est pour montrer que l'âme est supérieure au corps, mais non point pour séparer l'âme du corps par un abîme, ou pour nier l'importance, ni la dignité du corps. Et nous sommes ici en face d'un point controversé, un des points fondamentaux de ce qu'on appelle l'ascétisme catholique, monacal, de Calvin, avec la différence habituelle entre Luther et Calvin.

Or que dit le théologien luthérien Œhler ":- Pour Luther, l'image de Dieu en l'homme a disparu avec la chute. Elle n'existe plus « qu'en puissance ». « L'homme, dit Luther, a perdu l'image de Dieu, mais de telle façon qu'elle peut être restaurée iiit reparari possit) par la Parole et l'esprit saint**. » — Pour Calvin, au contraire (dagegen), dit Œhler lui-même, il y a des restes, des étincelles, des ruines de l'image de Dieu en l'homme déchu. « Nous confessons l'image de Dieu n'avoir point esté du tout [prorstis, c'est-à-dire complètement]

anéantie et effacée'.» — Dans le Commentaire sur saint Jacques III, 9, il répète : « Si quelqu'un objecte que l'image de Dieu a esté effacée en la nature

I. 1559. I, XV, 2. — â. . Quant au.x facultez de l'âme, Platon en a fort bien (prœctare) traitté en quelques passages, et, sur tous autres, Aristote en a disputé fort subtilement [argutissiine) ; mais si on veut savoir deu.x et de toute la troupe des sages, que c'est de l'âme, et dont elle est, on perdra sa peine. • Opéra V, Psychopannychia, p. 178. — Opuscules, p. 6.

3. I, XV, 6. — Ce qu'on peut appeler la psychologie de Calvin est contenue : I, xv, 6, et II, U, 2.

l. Apres avoir dit: « intelligence et volonté » {mtelleclioii et voluiilaleiii, I. xv, 7), Calvin dit: < entendement et cœur . {mente et corde, 1559, H, n, 2). — Dans son Commentaire sur les Philippiens (IV, 7), Calvin dit : - ... Le sens et le coeur. Le sens signifie l'intelligence; le cœur toutes les volontez ou affections. » — 3. 1559. 1, XV, 7. — 6. 1559. I, xv, 8.

7. Œhler, Syntbolik, p. 387. — Un autre théologien luthérien, von Scheele, dit: < On ne peut le nier; soit dans le symbole principal [la Confession d'Augsbourg] soit dans les symboles secondaires, sur ce point, l'expression est défectueuse et pas satisfaisante. « Theologische Symbolik, 1881, II, p. 132.

8. Genèse, IX, 6. Ed. d'Erlangcn. II, p. 291. — 0. 1559. I, xv, 4.

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humaine par le péchc d'Adam, il faut bien confesser qu'elle a esté misérablement desfiouréc; mais c'est en telle sorte que quelques trasses (lineamcnta) y apparoissent encore.... Nous avons encore plusieurs grâces singulières {prœclarcv inultœ dotes) '. » Et dans le Commentaire sur la Genèse IX, 6, il dit : « II demeure quelque résidu [aliquid residuitm)-. » — On voit de quel coté serait l'avantage, si on voulait parler d'avantage.

Mais il faut préciser la vraie question, qui est : Pour Calvin, l'image de Dieu réside-t-elle dans Tàme seulement, ou bien dans Tâme et dans le corps ^ ?

On objecte ' que, pour Calvin, « mettre confusément limage de Dieu tant au corps qu'en l'àme, » c'est « mesler la terre avec le ciel ■'. » Pour être répétée par Œhler et par Schultze, sans compter les autres, l'objection n'a pas plus de valeur. 11 n'y a pas de dualisme à ne pas vouloir de confusion entre le corps et l'àme. Kt c'était la confusion d'Osiander que Calvin combattait. — Calvin déclare nettement que l'image de Dieu réside aussi dans le corps de l'homme.

Sans doute, « le siège de la gloire de Dieu » est l'àme ; mais « l'àme n'est pas l'homme total » et la gloire reluit « niesmes en l'homme extérieur ». Notre (( forme corporelle (externa species)... nous distingue et sépare d'avec les bestes brutes. « et « nous conjoint tant plus à Dieu et nous fait approcher de luy (Deo propius adjungit). » Tout cela est « comprins sous l'image de Dieu, » qui est « spirituelle », mais qui « se voit en ces marques apparentes {quœ in liis externis notis conspicitur vel emicat). » C'est l'homme dans sa totalité, dans son « intégrité », qui a été créé à l'image de Dieu, et il n'y a eu en lui « nulle partie, jusqu'au corps mesme, en laquelle il n'y eust quelque estincelle luisante » de cette image divine*^. Voilà pourquoi « le Seigneur advoue et nos âmes et nos corps pour son temple '. » — Et c'est le plus pur esprit calviniste qui a inspiré le début du fameux Catéchisme d'Heidclbcrg : « Quel est ton unique consolation dans la vie et dans la mort : C'est que, ai'cc mon corps et avec mon âme {mit Leib und Seel)^ soit dans la vie, soit dans mort, je ne suis pas à moi, mais j'appartiens à mon fidèle Sauveur Jésus-Christ *. » — Nous aurons du reste à revenir sur cet important sujet, à propos de l'ascétisme et du pessimisme de Calvin.

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