I. Commentaires, III, 9. -- 2- Opéra X.XIII, p
•1. Pour saint Augustin, « l'image de Dieu ne résidait pas dans le corps {non secimdnm formam corporis homo facliis est ad imagiiiein Dei), mais dans l'esprit raisonnable. » De Triiiilale, XII, 7. Cité par A. S. E. Talma, De anthropologie van Calvijn, 1882, p. 8, et n. i, 2.
i. On objecte aussi à Calvin une phrase de Zwingle ! Laissons-la. Calvin n'est responsable d'aucune phrase de Zwingic, d'autant plus qu'après l'avoir rappelée, on avoue que Calvin l'a corrigée. — Œhler, Symbolik, p. 387. 388.
■). I, XV, 3. - 0. 1559. 1, XV, 3. — 7, Sermons sur te Deiitcronomc. Opcra XXVI, p. 469. — 8. Der Heidelberger Knlerhi^mus, éd. A. Lang. 1907, p. 4.
SECONDE PARTIE
La Providence.
PRES la Création, la Providence : car le Père qui a créé ^ comme il les a créés, le monde avec tous les êtres et toutes les choses, ne peut pas les abandonner, ne peut pas ne pas y pourvoir.
Le mot Providence (du latin providere) signifie préi'oir et pourvoir. La théologie partie, peut-on dire, du premier de ces deux sens, est arrivée au second, à travers maintes transformations, et a fini par distinguer la Prescience., la Prédestination et la Providence. Dans l'Institution de iSJg, le chap. VIll est intitulé : (( De la Prédestination et Providence de Dieu '. » En i552, contre Pighius et Bolsec, Calvin édite un traité intitulé : « De la prédestination éternelle de Dieu,... aussi de la Providence*, n Mais, dans l'Institution de i559, nous trouvons les deux doctrines disjointes. Celle de la Prédestination forme les chapitres XXI-XXIV de la \W partie, tandis que la doctrine de la Providence forme les chap. XVI-XVIII de la I"^^ partie. Ainsi Calvin renverse l'ordre qu'il a suivi d'abord, et sépare, — au risque d'être obligé de se répéter, — ce qu'il avait uni. Pourquoi? Il ne l'a pas dit. En fait, il traite d'abord la partie expérimentale, sous le nom de Providence, et plus tard il en expose la partie plus métaphysique, et comme le postulat, la Prédestination. N'est-ce pas ce qu'il indique quand, embarrassé par certaines difficultés, il déclare que, pour les résoudre, il faut « monter plus haut », jusqu'à ce grand secret de la Prédestination (allius magisque reconditum arcanum conscendere) ^ ? » — En tout cas, faisant de la Providence
r B'', p. 467 et ss. — 2. Opéra VIII. Prolég., p. xxn-xxiv. Voir aussi Ibid.. Prol(-g., p. xii-xiv.
3. Opéra VIII, p. 359. Opuscules, p. 1309. — Il y a lieu de noter les déclarations suivantes: «De meure yci en avant la prédestination occulte de Dieu, c'est hors de propos {Itic intempesliva quœslio ingiritur). » (1559. I, XV, 8.) — « Notre perdition... appartient à la prédestination de Dieu, laquelle sera cyaprcs traittée en son lieu. > (II, I, 10.) — « L'Escriture dit... que Dieu donne son S. Esprit à qui bon luy semble... L'expérience le monstre, et en sommes convaincus. // faut donc conclure de cela que la foy procède dune source et fontaine plus haute et plus cachée, c'est assavoir de l'élection gratuite de Dieu. » Congrégation.... Opéra VHI, p. 94-
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la doctrine de Dieu « gouvernant et entretenant » le monde, il la place iinmcdiatement après la doctrine de Dieu « créant » le monde : c'est logique.
Ici, selon son habitude, Zwingle procède a priori et part du « souverain bien » {summum bonum). Ce sont les deux premiers mots du premier chapitre intitule : « Que la Providence de Dieu est nécessaire (necessarin), du tait que le Souverain Dieu prend nëcessairoiiciit \iiecessario) soin de l'Univers'.... »
Selon son habitude aussi, Calvin procède a posteriori, et part du spectacle même de la Création, et du « regard spécial de la foi pour assigner à Dieu la louange entière d'avoir tout créé -. »
Quest-ce donc que la Providence? « Nous appelons Providence non point un regard oisif de Dieu, comme s'il spéculoit ce qui se fait au monde, sans se mesler de rien ; mais l'ordre qu'il tient à gouverner le monde, lequel il a créé ; en sorte qu'il ne soit point ouvrier d'un seul jour {unius tantum), mais Seigneur et maistrc perpétuel à présider sur les créatures. Ainsi la Providence que nous attribuons à Dieu appartient, par manière de dire, autant à ses mains qu'à ses yeu.\, c'est-à-dire qu'il ne contemple pas seulement ce qui se fait, mais qu'il a ses mains à l'ieuvre pour besongner, comme il luy plaist ••. »
Cette Providence est générale et particulière : u Dieu maintient en estre le cours de nature {naturœ ordo) tel qu'il a establi pour un coup, » et « il a soin particulier d'une chacune créature '*. » « Dieu conduit la machine du monde et toutes ses parties, d'un mouvement universel (unirersali molione), mais en soustenant, nourrissant et songnant chacune créature, jusqu'aux petis oiselets^. »
Cette doctrine de la Providence a toujours rencontré devant elle deux adversaires, le Déisme et le Panthéisme.
Le Déisme, à travers ses formes nombreuses, manifeste une tendance pa'i'enne, manichéenne, au dualisme. Qu'il s'appelle Pélagianisme, Latitudinarisme, Rationalisme, il creuse un fossé, ou un abîme, entre Dieu et l'homme. Celui-ci devient émancipé, indépendant, et, comme on dit, autonome. 11 se suffit de plus en plus à lui-même jusqu'à ce que Dieu, mis de plus en plus en non activité, disparaisse comme inutile ''. — Il nous est dès lors facile de prévoir l'opposition absolue du Calvinisme au Déisme, cette « chose froide et maigre »; avec son Dieu « vain et oisif, quasi assopi»; son Dieu « oisif au ciel, qui spécule
i. Sermonis de Providentia Dei ANAMNEMA. — C'est le riisumé, fait de mémoire, du sermon que Zwingle avait prCché à Marbourg. — Hiildrici Zwiitglii Opéra, IV (2), p. 79 et 81.
i. 1559. I, XVI, I. — Son < regard spécial » est une heureuse traduction du latin : « Smiiii peculiarein niodiim habtl fides. »
3. Opéra VIII, p. 347. Opuscules, p. 1296, 1297. Cette phrase se retrouve à peu près I. xvi, 4.
*' '559- Ii XVI, 4. C'est une phrase prise au Traité de 1552, VIII, p. 347.
G- ISS9- I. XVI, I.
6. Bavinck, Gerefornteerde Dogmatiek, 1898, III, p. 11-15. On a dit : Le déiste est un hcimme qui. dans
■urtc vie, n'a pas eu le temps de devenir athée.
LE CRÉATEUR I l3
ce qui se fait en terre »; son Dieu « oisif, et comme un faynéant » ; son Dieu « gouverneur du monde en tiltre seulement et non pas d'effects, » souverain, dirions-nous aujourd'hui, qui règne, mais ne gouverne pas. — Le Dieu de Calvin, au contraire, est un Dieu toujours « veillant, plein d'eflicace et d'action, » qui gouverne et conduit sans cesse «tous les mouvemens particuliers»; qui « compassé tellement toutes choses, que rien n'advient sinon ainsi qu'il a détermine en son conseil; » qui est « comme un patron de navire qui tient le gouvernail, pour adresser tous événemens'. »
Exemples : « Il est certain qu'il ne tombe pas une seule goutte de pluye sans que Dieu ait ordonné en particulier-. » — « Nul vent ne s'eslève jamais sans commandement spécial de Dieu ■'. » — Bien plus. Dieu s'occupe des petites choses qui paraissent « ridicules » comme de la « batteste de deux femmes ^ »
Bien qu'il y ait des Déistes déterministes, une des croyances caractéristiques du Déisme, c'est sa croyance au Hasard, selon l'adage païen : les dieux s'occupent des grandes choses, mais négligent les petites {magna curant, parpa negligiint). — Naturellement, personne, plus que Calvin, n'est opposé à cette croyance au Hasard. « Détestons cette idée des accidents fortuits, comme diamétralement opposée à notre foi ; ayons en abomination comme impies et profanes ces mots de Fortune, de Chance. Ensemble ne peuvent subsister la Toute-puissance de Dieu et le Hasard et la Chance ^ » — Pas d'accidents fortuits! « Qu'est-ce que nous dirons plus fortuit que quand une branche tombe d'un arbre sus un passant et le tue ? Mais Dieu dit bien autrement, prononceant qu'il l'a baillée entre les mains de celuy qui jette la branche pour le tuer*. » — Pas de sort! « Le Seigneur ne dit pas que c'est par sa puissance qu'on jette les lotz dedens un chappeau (in sinuiut, et qu'on les retire; mais ce qu'il sembloit estre fortuit', il l'attribue à sa Providence : c'est que le sort tombe en une sorte ou en l'autre". » — Même les mariages, même les mauvais mariages, ne sont point le fait du Hasard. « S'il arrive à des femmes de ne pas avoir des maris tels qu'elles les désireraient, ou tels qu'elles les mériteraient, qu'elles s'humilient devant Dieu, et reconnaissent que ce fardeau a été mis sur leurs épaules par Dieu {a Deo iviposUum). C'est pour exercer leur patience, pour qu'elles servent d'exemple, etc. ^ »
1. I, XVI, passiiit. — 2. I, XVI, 5. — :!. I, xvi, 7. 4. Homilia in I Lib. Samuel., Cap. I. Opéra XXIX, p. 264.
?i. Homilia m Lib. Samuel.. Opéra XXIX, p. 484. - « Tout ce qui nous paraît fortuit est youverné par la bonté secrète et le conseil de Dieu. > Ibid., p. 695.
6. Bf, p. 503. I, xvr, 6. 1560 : « Affermant qu'il a livré un tel homme à la mort. »
7. o'uodmium easiii dari po/erat. Celte expression est mal traduite en 1560, et presque à contresens.
8. Bf , p. 503, 504. I, XVI, 6. 1560 : « Il adresse les balotcs à son plaisir. »