CHAPITRE TROISIÈME
Le Tout-Puissant.
I. Première objection : Dieu, c'est le caprice, i. Le nominalisme de Duns Scot. 2. Dieu, pas la « puissance absolue ». 3. La nature de Dieu. 4. Calvin et Ritschl. — IL Detixième objection: Dieu, c'est l'auteur du mal. I. L'antinomie. 2. Tentatives de solution. 3. Le méchant, instrument de Dieu. 4. E.xpérience morale. 5. Le sens philosophique de la doctrine calviniste. — III. Troisième objection: Dieu fait tout, l'homme rien. — IV. Le Huguenot.
N peut dire que les doctrines de la Création et de la Providence se résument dans le second grand attribut de Dieu. Le premier était la Paternité, le second est la Toute-Puissance. « Je Crois en Dieu, le Père Tout-Puissant. »
Calvin dit : « Le Seigneur s'attribue Toute-Puissance,... non pas telle que les Sophistes Fimaginent, vaine, oisive {oliosam) et quasi assopie, mais toujours veillante, pléne d'efficace {opernsam) et d'action [in couiimio actii) '. » — Ce que Dilthey a vraiment très bien e.xprimé, quand il a dit : « Calvin concentre et simplifie toute la doctrine de Dieu, Créateur et Conservateur, dans la notion énergique de l'actualité.... Dieu est l'Energie -. » Et c'est contre cette Toute-Puissance que les objections se dressent.
Première objection : Le Dieu tout-puissant, c'est le caprice.
I. Les systèmes déistes peuvent, à un certain point de vue, être divisés en deux : ceux qui admettent en Dieu une nature, et ceux qui ne l'admettent pas.
Duns Scot est le célèbre représentant des théologies qui nient toute nature en Dieu : Duns Scot qui, d'un côté, fut le champion de l'absolutisme papal et de
I. 1559. I, XVI. 3. Voir tout le paragraphe. — i. Dilthey, (o. c, p. 24), p. 82.
r2o DIEU
beaucoup de superstitions, et, de l'autre côte, l'initiateur de maints progrès et de maintes négations de la théologie la plus moderne. « Finalement pour Duns Scot l'Eglise romaine est la seule autorité.... Sa décision fait loi, qu'elle soit hérétique ou non,... c'est le positivisme ecclésiastique de la scolastique postétérieure... ; mais ce positivisme n'est déjà chez Duns Scot que le contrepoids d'une critique effrénée des doctrines reçues '. «
Duns Scot ramène l'être, non pas à l'idée, mais à la volonté. Dieu est la volonté libre. On ne peut donc trouver de raison, de cause, pour ses volontés. La raison, la cause de ses volontés, c'est sa volonté -. Telle est la puissance absolue {potenlia absolutà) de Dieu. Duns Scot n'hésite pas à en tirer les conséquences les plus étranges, les plus subversives de la morale elle-même^.
2. Luther (je parle d'après un théologien aussi luthérien que R. Seeberg) a adopté dans son De serra arbitrio « cette idée scotiste » du caprice absolu dans la volonté, dans l'ordre divin, idée qu'il a combinée avec celle du « déterminisme métaphysique « *.
Lt Calvin ? Il est vrai, Calvin a écrit : « Quelle témérité c'est, mesmes d'enquérir des causes de la volunté de Dieu, veu qu'icelle est, et à bon droict doibt estre, la cause de toutes les choses qui se font. Car si elle ha quelque cause, il fault que ceste cause-là précède, et qu'elle soit comme attachée à icelle, ce qui n'est licite d'imaginer. Car la volunté de Dieu est tellement la reigle suprême et souveraine de justice, que tout ce qu'il veult, il le fault tenir pour juste, d'autant