‹ Jean Calvin, les hommes et les choses de son temps (volume 4)Chapitre 42 sur 149 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

Le libre arbitre avant Calvin.

AINTENANT nous arrivons à l'influence de la chute, du péché originel sur la volonté, c'est-à-dire que nous arrivons au centre même de toute la pensée religieuse de la Réformation. Personne ne contestera que les trois doctrines de la Providence, du Serf-arbitre et de la Prédestination ne soient, au moins en un sens, les trois doctrines caractéristiques de toute la théologie des Réformateurs. Le Serf-arbitre, c'est le centre du centre; la Providence y aboutit: la Prédestination en part.

Luther dira à Erasme, à propos de son traité sur le Libre-arbitre : o Je te loue énergiquement de ce que, seul entre tous, tu t'es attaqué à la chose essentielle, au nœud de la question, au lieu de me fatiguer de taquineries sur la papauté, le purgatoire, les indulgences et autres futilités du même genre. Tu m'as saisi vraiment h. la gorge '. » — Et Calvin : « C'est le plus grand différent que nous ayons avec les papistes-.»

Faisons un effort particulièrement intense pour comprendre, et commençons par bien situer la pensée réformatrice.

1. M. Lutheri Opéra latina, XXIII (ou VII de la seconde série des œuvres latines), p. 367-

2, Sermons sur le livre de Job. Opéra, XXXIII, p. 526.

l5ô LE PKCHEUR

Au début, la théologie chrétienne, occupée à lutter contre le dualisme manichéen, avait insisté surtout, avec les docteurs orientaux, sur la liberté humaine. Auçjustin lui-même la défendit en termes énergiques, absolus, et ce fut seulement lorsque Pelage, rassemblant certaines données éparses et négligeant les autres, en eut tiré le système qui porte son nom, c'est alors seulement que la dogmatique chrétienne fit halte et front avec saint Augustin. L'augustinisme devint, par excellence, et resta pour tous les temps Fanti-pélagianisme.

Ce moment capital de l'histoire des dogmes est très bien noté par Calvin : « .Te ne suis pas si beste, que je ne voye bien qu'il s'en faut beaucoup que saint Augustin soit toujours semblable à soy-mesme, quand on fera comparaison de ses premiers livres avec les derniers. Il estoit encore jeune, et pas trop exercé, quand il combatoit les manichéens. Et pourtant on trouve là en luy plus d'esprit, de subtilité et de philosophie mondaine, que de doctrine saincte et spirituelle. Quant au Franc-arbitre, pour veu qu'il leur peust faire confesser qu'il avoit esté donné au premier homme, et que de là est procédé le commencement de la ruine, il ne se donnoit pas peine d'enquérir plus avant sur ce poinct. Mais quand Pélagius et Célestius avec leur secte vindrent en avant, cela le resveilla, comme s'il eust été endormi auparavant, et lors il commença à y mieux penser et sonder les choses plus avant. De là est procédée ceste claire, certaine et pleine déduction de la vraye et saine doctrine, laquelle je recognoy en S Augustin seul. De là aussi est ce consentement entre luy et nous, dont je me glorifie'. » — Donc Pelage!

Arius, que l'ancienne Eglise surnomma justement l'archihérétique, l'hérésiarque, avait paganisé la christologie. Pelage, suivant Arius, comme la conséquence suit le principe, paganisait l'anthropologie.

Pelage reprend l'idée pagano-déiste de l'antiquité" : la liberté est l'honneur, la dignité de l'homme. Quelle liberté? la liberté formelle, la liberté de choix (possibilitas iitriiisque partis) ^. — Entre le bien et le mal, l'homme est en équilibre [œqiiilibriiuu) et il reste dans cet équilibre, qu'il le veuille ou non. Comme le dira son disciple Julien : Le libre-arbitre est aussi entier après le péché qu'avant *. — Grâce à cette « intégrité » de son libre-arbitre, l'homme est indépendant vis-à-vis de Dieu; il se suffit. Il peut ne pas pécher et garder les commandements de Dieu.

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