‹ Jean Calvin, les hommes et les choses de son temps (volume 4)Chapitre 45 sur 149 · I. De gralia, etc., liv. V, ch. -X, p 6i · texte numérisé non relu

I. De gralia, etc., liv. V, ch. -X, p 6i

i. M. Lutheri Opéra latiiia, édit. de Francfort. VII, p. 129, 131. — -•). Ibid., p. 239- — '• Ibid., p. 200. — ô. IbiiL, p. 133.

LE PECHEUR

Mais, dautrc part, Luther affirme que nous ne sommes pas contraints, n Nous sommes esclaves, serfs (ce qui est la liberté royale), mais de telle façon que nous voulions et fassions volontiers [lubcntes) ce que le Seifjneur veut {quœ ipso dominus viill). Si la volonté était contrainte, elle ne serait plus {quœ si cogeretiir roluntas non esset), car la contrainte est la négation de la volonté (coaclio pntius est nolunlas) '. »

« Ce ne sont point les bonnes œuvres qui font riioninic bon; c'est l'homme bon qui fait les bonnes œuvres. Ce ne sont point les mauvaises œuvres qui font l'homme mauvais; c'est Thomme mauvais qui fait les fcuvres mauvaises. 'l'ellc est la personne, telles sont les œuvres. Un mauvais arbre, dit Jésus-Christ, ne porte point de bons fruits; un bon arbre n'en donne pas de mauvais. Il est évident que ce n'est pas le fruit qui porte Farbrc ; c'est, au contraire, l'arbre qui produit le fruit.... S'il est vrai que selon la nature de l'arbre les fruits sont bons ou mauvais, selon la nature de l'homme les œuvres seront aussi bonnes ou mauvaises. Bon, ses œuvres seront bonnes; mauvais, ses œuvres seront mauvaises. Qui veut de bons fruits doit commencer par planter un bon arbre : de même tout homme qui veut faire le bien doit croire afin de devenir bon -. »

Par nécessité et non par contrainte (necessaiio non coaclé) : « L'homme ne fait pas le mal malgré lui, il le fait spontanément, volontiers [libcnte voluntale)\ mais il ne peut pas, par ses propres forces, ne pas agir ainsi volontiers et volontairement [hanc libenliani seu voluntatem faciendi) ■'. »

2. Comme nous retrouverons la plupart de ces idées chez Calvin, c'est le moment d'en fixer exactement le sens. Et nous ne pouvons mieu.x faire que de nous approprier les réfie.xions d'un penseur original, profond et trop oublié, J. Milsand : « Le pamphlet De servo arbitrio^ dit-il, marque la ligne de partage du passé et du présent '. » Pelage, le moine catholique, était le fils légitime des philosophes païens de la Grèce; il a été le père authentique des philosophes révolutionnaires du di.x-huitième siècle, tout particulièrement de Rousseau.

D'après cette psychologie non interrompue, qui domine aujourd'hui, et qui doit être appelée pagano-catholique, l'homme naît sage et vertueux ; et il reste foncièrement sage et vertueux. Ce qui est mauvais, c'est ce qui est hors de l'homme: les théories fausses, disent les philosophes grecs; l'exemple, dit le docteur catholique; la société, dit le philosophe radical. Mais les hommes peuvent faire ce qu'ils veulent; on peut leur faire faire ce que l'on veut. Il suffit qu'ils soient suffisamnient instruits et qu'il y ait des lois suffisamment bonnes, une bonne constitution. Beaucoup d'instruction et quelques révolutions, c'est assez !

La psychologie pélagienne dit à l'homme : tu peux te conduire à moitié, par

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