‹ Jean Calvin, les hommes et les choses de son temps (volume 4)Chapitre 5 sur 149 · Voir Jea>i Calvin, I. p. 531 ; II, p · texte numérisé non relu

Voir Jea>i Calvin, I. p. 531 ; II, p

.■}. Praeter apostoiicas post Christi tempora Chartas,

Iluic peperere libro saecula nulla parem.

Ce fameux distique a été mentionné pour la première fois par Matthew Skaricza dans un volume publié en 1585, et serait de Paul Thuri, un des cinq plus grands noms de la Hongrie, mort en 1574 ou 1575. — Voir Warfield, The literary history of Calvin s « Institutes ., dans The presbylerian and reformed Review^ 1899, p. 194, n. 2.

,5 INTRODUCTION

réalité, il devint l'arsenal commun, où les adversaires de l'ancienne Eglise vinrent prendre leurs armes les plus effilées. Aucun écrit de lepoque de la Réformation, n'a été plus redouté des catholiques, plus vivement combattu et poursuivi par eux *. »

3. AjMcs le théologien catholique, voici le théologien luthérien, le savant bio- «Traphe de Luther lui-même, K(')stlin.

u Le but de Calvin était une division, une systématisation, une pénétration scientifique des matières, groupées autour des plus hautes et des plus simples idées évangéliques.... En même temps la vivacité, la spontanéité du sentiment religieux qui, malgré tout l'effort dogmatique, se manifestent surtout dans le premier et court essai, et lui impriment son caractère complètement opposé à tout scolasticisme, persistent à travers les discussions, les débats ultérieurs, au moins assez pour que le développement ne se perde jamais, selon le mot souvent répété par Calvin, en questions épineuses.... Par ce travail continu, Calvin a si bien atteint son but que, à ce point de vue, il a dépassé tous les autres théologiens de la Réformation, et, même parmi les dogmaticiens ultérieurs de l'orthodoxie réformée ou luthérienne, aucun ne lui est comparable.... Incommensurable est l'influence qu'elle ' V Institution'] a exercée à travers les siècles. Le nombre de ses éditions, jusqu'à ces derniers temps, défie le calcul, et l'on peut bien affirmer, sans aucune exagération, que jamais un ouvrage aussi scientifique et aussi considérable n'a eu une telle diffusion-. Nous pouvons ajouter : ce n'est pas seulement dans le passé qu'il s'est acquis légitimement cette influence; mais, à cause de la richesse incomparable de sa doctrine, à cause de sa pensée théologique, forte et pieuse, à cause du sentiment religieux et chrétien, si sérieux, si profond, d'où jaillissent toutes ses explications scientifiques, aujourd'hui encore, il a le droit d'être soigneusement étudié par quiconque veut enseigner ou apprendre la dogmatique''. »

4. Enfin, après le calviniste, le catholique et le luthérien, écoutons le théologien qui fut une des plus hautes et meilleures incarnations du protestantisme dit libéral, E. Reuss, de Strasbourg, le principal des trois éditeurs des Opéra Calvini :

« Si Luther a été un très grand homme, si Zwingle est le premier des citoyens chrétiens, si Mélanchthon peut, à juste titre, être appelé le plus savant des précepteurs, Calvin mérite à bon droit le nom de prince et de porte-enseigne

I. Kampschultc, Juimnn Cah'iii, seine Kirchc und sein Staat in Genf. I (1869), p. 274-278.

i. Ce passage, cité par Kustlin, est emprunte à Stahclin, Joliaiines Calvin, 1863, I, p. 59. — V Iiis/Uiition fut traduite en italien (1557) par Giulio Cesare Paschali, excellent poÈte, imprimée à Genève, et dédiée au marquis de Vico. réfugié à Genève et ami de Calvin; en anglais (1561) par Thomas Norton, savant habile, juriste distingué, homme d'Etat plein de sagesse, ardent réformé et poète pas médiocre; en allemand (1572), en flamand (1578), en espagnol (1597), en hongrois (1624); on parle de traductions en bohème, en grec et en arabe. Voir France protestante, 2' édit., article Calvin, et Warfield, T/ie lilerary hislory o/Calvins < Inslitiites », p. 209-211. — 3. KOstlin, Slud. und Kril., p. 10, 11. 7, 8.

INTRODUCTION IJ

des théologiens. Car, dans ce domaine, qui n'admire les richesses du langage et de la littérature, dans l'ensemble de presque toutes les disciplines? Parmi tous les savants, et tous ceux qui s'occupent avec un esprit libre de questions évangéliques, on est d'accord pour constater l'abondance de sa doctrine, la disposition si élégante des matières, la force et la sûreté des arguments dans la dogmatique, la finesse de l'esprit, la subtilité, la raillerie tantôt plaisante, tantôt mordante dans la polémique; la perspicacité si heureuse, la sobriété, la sagacité dans l'exégèse; l'éloquence nerveuse, la liberté dans la parénétique; l'incomparable prudence et sagesse législatrices dans la constitution des

Eglises' Or, tout cela brille dans presque tous les écrits de Calvin, mais

brille surtout dans cette immortelle IiisiUutinn chrétienne qui, sans contestation, l'emporte et de beaucoup sur toutes les expositions de ce genre... écrites depuis les temps des apôtres, cette Institution qui, môme aujourd'hui, entraîne le lecteur érudit et loyal, même malgré son opinion particulière, et le ravit, malgré lui, vaincu, en admiration"-. »

L'admiration : voilà donc le mot qui résume les sentiments éprouvés, en face de Vlnstitiiiion, par les vrais savants, quels que soient leur nationalité, leur caractère, leur genre d'étude ou même leurs croyances'.

1. Opéra I, 1862, Edilores argeiiloratenses lectiiris, p. ix, x.

2. A titre de curiosité citons le jugement du Père Maimbourg : ■< Ce qu'il y a de bien certain, c'est que Calvin ne sceut jamais de théologie, n'ayant jamais étudié en cette divine science.... Cela est cause de tant de faux raisonnements qu'on voit partout en ses ouvrages et de tant d'erreurs grossières et de blasphèmes.... faute d'avoir eu les lumières de la théologie.... Comme Luther cstoit docteur en théologie.... il erre avec plus de justesse, s'il faut ainsi parler.... que ne fait Calvin, lequel n'estant pas théologien, prend quelquefois, en voulant expliquer nos mystères. les choses sans aucun discernement, d'une manière si peu fine et si peu digne d'un homme éclairé.... » Maimbourg, His/oire du Calvinisme, 1682, p. 55, 56.

3. W. Gass, auteur d'une Histoire de la dogmatique protestante. [Gesclnchte der protcslaulisclien Dogmatik in ihrem Zusammenhange mit der Théologie iibcrhaupt, 1854), a porté sur Y Institution un jugement souvent cité. Ses préférences personnelles sont pour l'esprit de Mélanchthon dans ses Loci. Il avoue néanmoins que Y Institution force - l'admiration > et, répétant tous les éloges déjà cités, il ajoute : « Calvin a donné la preuve que le protestantisme, loin de paralyser la force de la pensée religieuse, l'e.xcite.... Calvin, par la rigueur de son positivisme dogmatique et légal, dépasse tous les Réformateurs, même Luther; et cependant cette rigueur est pénétrée d'un esprit si vivant, il y a une telle sincérité de conviction, il y a un effort si génial d'exposition vraiment rationnelle, il y a une telle pureté du goût dialectique et littéraire, cette rigueur, en un mot, est si bien contrebalancée, qu'elle finit par produire une impression bienfaisante. > I, p. ICI, 102.

JEAN CALVIN IV

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