‹ Jean Calvin, les hommes et les choses de son temps (volume 4)Chapitre 6 sur 149 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

L'honneur de Dieu.

I. Calvin et les écoles philosophiques. — II. Définition de la théologie. — III. Une < doctrine de pratique.»

— IV. Méthode théologique et méthode anthropologique. — V. L'honneur de Dieu. — VI. La piété.

— VII. Les discussions sur la méthode de Calvin : i. Goebel, Ullmann. 2. Schweizer. 3. Baur. 4. Schneckenburger. — VIII. L'honneur ou la souveraineté de Dieu, d'après Bavinck. — IX. Une théologie théocentrique. — X. L'honneur de l'homme.

ETTE idée, de parler des « Prolégomènes « de Vlnstitiitioii, n'est pas de notre invention exclusive. Nous la retrouvons sous la plume de Tun de ces théologiens luthériens qui suivent trop Ritschl et voient en Calvin un « épigone », d'une importance dogmatique plus ou moins relative. M. Loofs trouve dans le début de V Institutiou (à partir de i539) « les premiers prolégomènes protestants de la Dogmatique'. »

Les Prolégomènes sont tout d'abord remarquables par ce qu'ils ne contiennent pas. Ils ne contiennent pas une de ces études chères à nos dogmaticiens modernes, par lesquelles ceux-ci déterminent l'école philosophique dont ils font partie.

Sans doute Calvin «trahit partout son instruction philosophique; mais nulle part il ne donne une philosophie". » C'est une constatation à peu près universelle. Calvin, disait déjà Henry, « n'est l'esclave d'aucun système philosophique.

). Fr. Loofs. Leitfaden der Dogmeugeschichle, 1896, p. 882.

-2. Th. Krûcke, - Die Entstehung und Bedeutung von Calvins Unterricht in der christlichen Religion, . dans la Reformirte Kirchenzeittmg, 1898, p. 229. - Luther s'était donné à lui-même une très solide instruction scolastique. Voici ce que raconte Mélanchlhon : . Luther n'a pas du tout mis de côté les Sententiaires, qu'il pouvait réciter presque mot à mot (pem ad verbum), Biel et d'Ailly ; il lut longtemps, et beaucoup (diu et multiim), les écrits d'Occam, dont il préférait la finesse à Thomas et à Scot. Il avait lu

PROLEGOMENES

Voilà pourquoi son œuvre est si utile à tous les temps'. » Ht Dielthey, le philosophe berlinois bien connu, s'est exprime ainsi : « La méthode, d'après laquelle Calvin a traité toutes ces matières, est dans toute sa logique la méthode protestante religieuse. Tout secours, même formel, de la philosophie est exclu. Calvin part de la religiosité réformée, vécue et fixée dans les confessions; et, par une explication magistrale des Ecritures, il en déduit un organisme de conceptions purement religieuses-. »

Il est, du reste, facile de comprendre pourquoi la théologie de Calvin était, et ne pouvait pas ne pas être, indépendante de toute philosophie particulière, quand on constate ce que, pour lui, était la théologie. Il l'explique avec une clarté singulière à propos du texte Job XV, 2 : La fausse théologie, c'est la «science de vent» qui remplit les âmes de vaines spéculations et d'orgueil. A cette théologie spéculative, Calvin oppose la théologie biblique, toute de pratique et d'édification. « Les papistes ont une partie de leur théologie de questions et querelles qui n'apportent nul fruit.... Ils se veulent enquérir de ce que Dieu n'a jamais révélé, et mesmes de ce qu'il nous veut estre caché.... Ils ont beau en

avec soin Gerson. > (Philippi Melanthonis Opéra [éd. Bretschneider], VI, p. 159.) — Ritschl, qui cite ce témoignage, estime qu'il ne faut donc pas se laisser faire illusion par les jugements violents de Luther sur la Scolastique ; il regrette que Harnack et KiJstlin n'aient accordé aucune attention à ce fait. Il ajoute; < Luther explique avec les formules nominalistes qu'une proposition vraie en théologie est impossible, absurde en philosophie.... La théorie finale de Luther sur la coexistence du corps de Christ avec le pain de la sainte Cène, répond à la théorie que les Nominalistes révérés par Luther, Occam et d'Ailly, préféraient assez clairement à la doctrine de la transsubstantiation qu'ils enseignaient conformément à leur devoir. Et Rettberg a montré que la preuve dialectique de ces idées est empruntée par Luther à l'argumentation d'Occam. » A. Ritschl, « Geschichtliche Studien zur christlichen Lehre von Gott, » dans les Jahrbiichtr fur deutsche Théologie. XIII (1868), p. 69, 73, 74. — Luther lui-même reconnaît quelle influence la Scolastique, et spécialement Pierre d'Ailly, ont eu sur sa théorie de la sainte Cène, lorsque, dans son Traité sur la captivité de Bahytone il écrit : ♦ Quand je buvais à la source de la théologie scolastique {qiiii»! haurirem), j'eus l'occasion, en méditant le IV' livre des Sentences du cardinal de Cambrai.... » Voir Rettberg, « Occam und Luther, oder Vergleich ihrer Lehre vom heiligen Abendmahl, » dans Studien iind Kritiken, 1839, p. 73, et 69-136.

1. Paul Henry, Das Lehen Johann Calvins des grossen Re/ormators, 1S35, I, p. 331, 332.

2. Dielthey ne fait exception que « pour certains points rares, » p. 80, 81. — «La partie spéculative manque presque complètement : le premier livre repose sur l'observation du cœur humain et sur la Bible, et non sur l'analyse de l'Etre absolu.... L'/nslilitlion n'est pas une œuvre scientifique, au sens actuel du mot.... Calvin veut atteindre un but pratique; il vise à un résultat immédiat et déterminé; il veut former des chrétiens; son intention est plus éducative que scientifique. » E. Martin, La science du christianisme et l' Institution de Calvin. 1S75, p. 116,117. — Pour Kôstlin, V Institution se divise en deux parties : la première parle de Dieu et de l'homme avant le péché, la seconde de la Révélation historique et de l'activité de Dieu pour le salut des pécheurs. Cette seconde partie traite successivement : 1° du fondement du salut dans le Fils, devenu homme, et préparé par l'ancienne alliance (II» livre); 2" du don du salut par le Saint-Esprit, dans l'individu, par la révolution intérieure de la conversion {Uh livre); 3° du don du salut par les moyens extérieurs dont dispose l'Eglise (IV= livre). « L'ouvrage devient ainsi une histoire de l'humanité, dominée par l'antithèse morale et historique du Péché et du Salut, œuvre originale qui a jailli de l'expérience personnelle. > Studien und Kritiken, 1868, I, p. 57, 117, 118. — Voir encore Schwcizer, Die Glaubenslchre der evangelisch-rtformirten Kirche, 1844, I, p. 256.

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débatre, jamais ils n'en seront résolus, car il n'y a que conjectures. Mais prenons le cas qu'on en peust avoir certaine résolution, et qu'on peust dire : « Il est » ainsi » ; si est-ce qu'il n'y a nulle édification, ne profit, quand on seroit résolu de ce qu'ils débatent en leurs escoles. Qu'ainsi soit, on ne demandera pas là, si nous sommes sauvez par la seule miséricorde de Dieu ; on ne monstrera pas qu'estant asseurez de la rémission de nos péchez, nous devons avoir tant plus grande occasion de louer et magnifier sa bonté envers nous; on ne déclare pas quelle consolation nous devons prendre en nos afflictions. Nenny. Car il n'est pas là question sinon de voltiger en l'air; et ceux qui sont les plus inutiles, on les estime les plus savans ; ils sont habiles gens, car ils sont spéculatifs^ c'est-à-dire qu'ils se transportent en l'air, et qu'ils n'ont nulle fermeté. Voilà donc une profanation vilaine de la parole de Dieu, et quand il n'y auroit en la papauté nulle doctrine mauvaise de soy, et qui fust pleinement fausse, si est-ce néantmoins qu'il faut détester un tel style qu'ils ont controuvé [inventé], car par ce moyen ils ont perverti le vray usage et naturel de la parole de Dieu. »

Au lieu de cette théologie, qui « n'est sinon une enflure de vent d'Orient, qui dessèche, » il faut une théologie nourrissante, substantielle. « Quand une telle doctrine sera mise en avant, elle sera pour édifier, et nous en serons nourris et substantez. Et puis que nous advisions aussi d'attirer nos prochains à une mesme nourriture, tellement que nous soyons repeus de la vérité de Dieu, comme elle est une viande ferme et qui nous doit bien édifier'. »

Calvin, dit-on, est l'homme de la dnctrine. Et il faut bien reconnaître que ce mot revient souvent sous sa plume, plus souvent encore sur ses lèvres. Mais, pour Calvin, qu'est-ce qu'une doctrine? Celui qui cherchera une définition s'apercevra vite que cette définition est à peu près introuvable. Calvin appelle doctrine toute affirmation, toute leçon, tout conseil, tout précepte, etc. Qu'estce à dire? Si partout Calvin met un élément intellectuel, si l'idée pénètre tous les domaines, aucun de ces domaines n'est constitué par l'idée seule.

Voici quelques-unes des locutions les plus fréquentes : « Nous avons à recueillir de ce passage une bonne doctrine et utile, c'est qu'il n'y a rien qui nous doyve plus inciter à faire nostre devoir, que quand il nous est dit que cela est plaisant à Dieu*. » — « Puisque nous avons l'intention de saint Paul, maintenant tirons la doctrine que nous devons recueillir de ce passage ^ » — « Ceci ne se doit point appliquer seulement au.x femmes veuves, mais en général nous avons à recueillir doctrine^ que...* [les deux locutions appliquer et recueillir doctrine sont synonymes]. Les femmes veuves doyvent retenir ceste doctrine et admonition^. » —

1. Sentions sur le livre de Job. Opéra, XXXIII, p. 709-710. — Ibid., Opéra. XXXIV, p. 524: • La vraye sagesse n'est point spéculative ».

2. Sermons sur la Première épitre à Timothée. Opéra, LUI, p. 457- — 3. Ibid., p. 458. — i- Ibid. — .'). //«■(/., p. 461.

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Kn douze pages, il est douze fois question de doctrine, et jusqu'à quatre fois dans

la même page!

Seulement, on voit en mcme temps combien peu, pour Calvin, la doctrine est une idée abstraite. 11 ne cesse de dire et de redire le contraire, toujours dans les mêmes pages. « Si nous déclarons simplement ce que nostre Seigneur nous commande, la doctrine sera bien froide... 11 y en a beaucoup [de prédicateurs!, lesquels voyans qu'on leur applaudit, veulent toujours avoir quelque doctrine frétillante où on prcne plaisir; au contraire, regardons à ce qui est utile pour édiUer le peuple en la crainte de Dieu.... La doctrine que Dieu commande de publier en son h^glise est pour reformer nostre vie et la régler en sorte que nous le servions en toute saincteté.... ' » A la doctrine doit être joint Vexercice'. Et finalement Calvin dit tout en un mot: les doctrines chrétiennes sont pour lui des doctrities de pratique. « Moyse a enseigné le peuple, non pas afin que un chacun seust ce qui estoit bon, et puis qu'on n'en tinst conte; mais que la vie respondit quant et quant. Dieu donc nous propose une doctrine de pratique, comme on dit.... Ce n'est point afin que nous baissions le menton ou l'aureille pour ratifier de bouche, ou par signes, ce qu'il aura dit, mais c'est afin que nous donnions approbation en toute nostre vie^... » « Il faut donc que la prattique soit conjointe à la doctrine, car autrement nous ne pourrons pas cognoistre ce qui nous aura esté monstre et enseigné''. » Voilà un pas de plus: la pratique éclaire la connaissance. Et enfin Calvin explique qu'une doctrine est vraie dans la mesure même où elle est pratique; la règle de l'orthodoxie, c'est l'utilité pour le salut. « Encores qu'une doctrine ne nous semble pas du premier coup mauvaise, si toutesfois elle n'est point pour nous amener à Dieu... cognoissons qu'une telle doctrine nous trompera en la fin". » «Quand une doctrine n'est point profitable, combien qu'on la puisse priser comme haute et profonde, toutesfois il n'y a que folie*. » « Quand j'expose l'escriture saincte,... si je n'ay ceste affection-là, et que je ne procure l'édification de ceux qui m'oyent, je suis un sacrilège, profanant la parole de Dieu'.» Et enfin, voici la définition du bon théologien: t S. Paul a voulu exprimer que pour estre bons théologiens, il nous faut mener une saincte vie, que la parole de Dieu n'est point pour nous apprendre à babiller, qu'elle n'est point pour nous rendre éloquens et subtils, et je ne sçay quoi : mais c'est pour réformer nostre vie, qu'on cognoisse que nous désirons de servir à Dieu, de nous adonner du tout à lui, et nous conformer à sa bonne volonté *. »

Lisons maintenant la première phrase de l'Institution : « Toute la somme de nostre saigesse, laquelle mérite d'estre appellée vraie et certaine saigesse, est quasi comprinsc en deux parties : à sçavoir la congnoissance de Dieu et de nous-

i. Opéra, LUI, p. 467. — 2. Il)i(i.,p. 477. — 3. Sentions sur le Deiitéronome. Opéra, XXVI, p. loi, 102. — i. Ibid., p. 584, 585. — .">. Sermons sur la Seconde épitre à Timotliée. Opéra, LlV,p. 155. — 0. Ibid., p. 199. — 7. Ibid., p. 287. — 8. Opéra, LIV, p. 291.

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tnesmes '. » De là, les deux premiers chapitres de l'édition de i53() : chap. I, « De la coni^noissance de Dieu; » chap. II, « De la congnoissance de l'homme et du libéral arbitre ; » non pas, remarquons-le, de Dieu et de l'homme^ mais de la connaissance- de Dieu et de rhomme. C'est seulement au chap. IX, du premier livre, que commencera l'étude proprement dite de Dieu.

Dès lors, la première question qui se pose est celle-ci : des deux connaissances « laquelle va devant et produit l'autre? » Calvin fait une réponse bien caractéristique : «Si n'est-il pas toutesfois aisé à discerner^. » Le premier chapitre du premier livre, dans l'édition défmitive (iSSg), porte pour titre : « Comment la cognoissance de Dieu et de nous sont choses conjointes et du moyen de ceste liaison» {et qiiomodn iiitcr se cohaereant'').

11 y a donc deux méthodes possibles. On peut soutenir que l'homme doit commencer par se connaître lui-même : « Par les biens qui distillent du ciel sur nous, goutte à goutte, nous sommes conduits comme par petits ruisseaux à la fontaine ^ » Et d'une manière générale : « Par le sentiment de nostre petitesse, rudesse, vanité, mesmes aussi perversité et corruption, nous recongnoissons que la vraie grandeur, sapience, vérité, justice et pureté gist en Dieu •"'.... Parquoy un chascun de nous n'est seulement incité à chercher Dieu par la congnoissance de soy mesme, mais est conduict et quasi mené par la main à le trouver". » — Cela, c'est la méthode apologétique, qui est de plus en plus suivie à notre époque, et l'on comprend pourquoi.

Mais on peut soutenir aussi que, pour se bien connaître, l'homme doit commencer par connaître sa cause, son Créateur, son modèle. Dieu. Par exemple, comment juger de la sainteté d'après notre humanité «qui est toute pollue?» On

1. Bf, p. I. — Le premier texte, celui de 1536, portait; < Summa fera sacrae doctrinac duabus his partibus constat : cognitione Dei ac nostri >. {Opéra I, p. 27.) — Il est ainsi modifié en 1539 : « Tota fere sapientiae nostrae summa, quae vera demum ac solida sapientia censeri debeat, duabus partibus constat : cognitione Dei et nostri. » {Ibid., p. 279.) Et, bien que désormais ce texte latin n'ait plus été modifié (voir en 1559, OperaW, p. 31), nous en avons deux traductions plus ou moins modifiées; celle de 1541 que nous avons donnée, celle de 1560 que voici : « Toute la somme presque de nostre sagesse, laciuelle, à tout conter, mérite d'estre réputée vraye et entière sagesse, est située en deux parties : c'est qu'en cognoissant Dieu, chacun de nous aussi se cognoisse » (I, i, 1). Ceci est plus qu'une traduction, c'est une transformation, et on sait qu'elle est attribuée à Calvin lui-même. A propos de cette déclaration M. Ernest Martin {La science du christianisme, p. 105) dit : « Voilà le but et le champ de la science nettement posés dans des termes qui n'ont rien de scolastique ni de conventionnel : ils sont même plus pratiques que proprement scientifiques.... Des termes même employés par Calvin, on peut induire que, pour lui, l'essentiel dans la vie de l'homme, c'est sa relation avec Dieu. » — Astié rapproche les paroles de Calvin de celles de Vinet : « Puisque l'homme est, Dieu est; l'image révèle l'original, l'ombre dénonce l'objet, l'empreinte accuse le coin... II n'y a que deux choses réelles. Dieu en lui-même et la pensée de Dieu en l'homme. A mesure que cette pensée se retire, la réalité se retire d'autant >.i Astié, < L'Institution de Calvin et la crise théologique actuelle, > dans le Chrétien évangélique, 1861, p. 267).

2. « Non pas de la connaissance de Dieu, mais de la manière d'y arriver. ♦ KiJstlin, Slud. u. Krit., p. 48.

3. I, I, I. (Bf, p. I, dit: « Il n'est pas facile de discerner laquelle des deux précède et produit l'autre. •)

4. La traduction de 1560 commence par ce non sens : « et du moyen et liaison >. L'édition de 1566 corrige et dit : « du moyen de ceste liaison. » Opéra, III, p. 38, n. 2.

5. 1559, I, I, I. — 6. Le texte de 1559 modifie et développe. — 7. B», p. i ; I, i. i-

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PROLEGOMENES

ne peut juger la réalité que d'après lidéal. Pour avoir une juste idée de la lumière it faut regarder le soleil ; sinon, à ne contempler que du noir, nous risquons d"estimcr que « ce qui est d'une blancheur obscure, ou bien encores à demv gris, est le plus blanc du monde'. » De même pour les biens spirituels : « Si nous dressons une fois nostre cogitation au Seigneur... ce qui nous plaisoit auparavant, soubz couleur de justice, apparoistra estre souillé de très grande iniquité*. » Dirons-nous que c'est ici la méthode dogmatique proprement dite, a priori, déductive. opposée à la méthode apologétique? Ce serait risquer de tomber dans une erreur d"où nous ne sortirions ensuite que difficilement. Car il ne s'agit pas d'une idée de Dieu, d'où Calvin va déduire dialectiquement une série d'autres idées, jusqu'à ce qu'il arrive à l'idée de l'homme. Hn réalité, et tout de suite, nous constatons le fait capital : nous ne sommes pas sur le terrain de la dialectique, dans le domaine de la spéculation et de l'abstraction. Ce que nous rencontrons tout de suite, c'est le sentiment religieux : non pas deux idées, déduites l'une de l'autre, soit comme postulat, soit comme conséquence, mais deux réalités, deux êtres, deux personnes, dans les rapports intimes de créateur et de créature, de père et d'enfant. Aussi les deux méthodes (et nous regrettons que ce mot irremplaçable soit de nature à favoriser les malentendus) sont inséparables en pratique, et Calvin les mélangera constamment : une connaissance conduit à l'autre. Il parlera de Dieu et de l'homme dans son premier livre; il parlera de Dieu et de l'homme dans son second livre, et son troisième livre parlera de la morale avant de parler de la prédestination, le sujet le plus métaphysique, si l'on veut, de sa Dogmatique et, en tout cas, le dernier.

Toutefois on ne peut traiter de tout en même temps. Et, dit Calvin, w néantmoins, comment que ce soit que la congnoissance de Dieu et la congnoissance de nous soyent ensemble mutuellement conjoinctes, si est-ce que l'ordre ■' requiert que nous metions celle de Dieu premièrement, puis après que nous descendons à l'autre '. »

Cette connaissance, qui doit ainsi venir la première, nous offre deux traits, également caractéristiques. Voici le premier : nous ne connaissons Dieu que quand nous comprenons « ce qui est utile pour sa gloire {utile in ejus gloriamy'. » Si jamais théologie a commencé tout son travail en répétant le premier

i. Sans que le texte latin ait chanj'é, 1560 traduit : « brun ou de couleur obscure et moyenne ».

i. ti", p. 3; 1560 traduit : « rendra une odeur puante d'iniquité ». I, l, 2.

3. 1539: Ortio rtcte dicendi. Edition de 1550 et suivantes ; Docendi au lieu de diceiuii.

k. B>', p. 4, s; I, I, 3. — Calvin dit encore : « Nous ne pouvons cognoistre Dieu clairement et d'un sens arrcst<: (liquida et solide) sinon que la cognoissancc de nous-mesmcs soit conjointe et comme réciproque inisi accédât iniiliia iiostri cognilio), » 1559, I, xv, i.

•>■ '559i '. "• ' I-t chapitre est intitulé, non pas: Qu'est-ce que Uieu ? mais: « (Juc c'est de cognoistre Dieu I »

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