‹ Jean Calvin, les hommes et les choses de son temps (volume 4)Chapitre 50 sur 149 · Br, p. 120. 11, VIII · texte numérisé non relu

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commande le contraire '. » — Si Dieu interdit le péché le plus « villain et désordonné, » c'est «pour nous faire détester le péché de plus grand courage*,» pour nous réveiller et même exciter en nous le sentiment d'horreur, d'abomination.

3° Lorsque Dieu énumère des actes, des faits naturels, il veut nous élever aux choses spirituelles. « L'honnesteté extérieure» est le commencement; mais il s'agit d'arriver « à la justice intérieure et spirituelle. » Dieu est « législateur spirituel » ; il ne «parle pas moins à l'àme qu'au corps. » Derrière l'acte, il y a Vinfention. Les lois humaines s'occupent de celle-ci; toutefois elles ne vont pas plus loin que les l'olontcs i|ui « vicncnt en avant », à l'exécution. La loi divine va plus loin, remonte plus haut, et, derrière les intentions, les volontés plus ou moins révélées, elle recherche «les cogitations secrettes ». Ce qu'elle veuf « réprimer », ce sont « nos âmes » ^.

Ces trois, règles ne sont pas inventées capricieusement. « Nous suyvons Christ, dit Calvin, qui est très bon expositeur » de la loi. Celle-ci est donc à la fois particulière et générale, négative et positive, matérielle et spirituelle *.

Naturellement Calvin n'oublie pas la division de la loi en deux tables, ces deux tables qu'il retrouvera pour ainsi dire dans l'Oraison dominicale. — La première table dit les « offices dont nous sommes redevables à Dieu, pour honorer sa majesté » ; la seconde dit les offices « que nous devons à nostre prochain, selon charité. » Et à ce propos il développe les arguments contre tout ce qu'on peut appeler du nom moderne de « morale indépendante ».

« Le premier fondement de justice est l'honneur de Dieu.... Ce seroit en vain que nous prétendrions justice sans religion;... [ce serait] un corps sans teste. Combien qu'à dire vray, religion, non seulement est le chef de justice et vertu, mais en est quasi l'âme pour luy donner vigueur''. » La crainte de Dieu, l'obéissance à Dieu, l'amour de Dieu, voilà le principe^ le fondement, la source^ Vesprit de la justice vis-à-vis des hommes.

Le « proesme*" », ou début de la loi, indique, en faveur du « droit que Dieu a de commander » : i» Sa majesté. — 2" Son amour; ton Dieu; c'est ce qui est expliqué par les déclarations comme celles-ci : « .le seray leur Dieu, et ils seront mon peuple^; » « je vous ay esleus pour mon peuple. » — 3° Ses bienfaits. « Il récite ic bien qu'il a faict à ses serviteurs ; » il leur rappelle qu'il est « autheur

1. Bf, p. 121. Ibid. — 2. Kf, p. 122. II, VIII, lo. — ;t. Bf, p. uS, 119. Il, vill, 6. — i. B'', p. 119. II, VUI. 7. — .*). Bf, p. 122. Il, VIII, II. — (1. Bf, p. 125. II, VIII, 13.

7. « Après il se dit nostre Dieu (répète l'enfant .iu catéchisme), pour nous rendre sa doctrine amiable. Car s'il est nostre Sauveur, c'est bien raison que nous luy soyons peuple obéissant. » Opéra VI, p. 53.

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de leur liberté », de leur « rédemption ». Or « la servitude d'Egypte, où a esté le peuple d'Israël, estoit une figure de la captivité spirituelle en laquelle nous sommes tous détenuz. » La rédemption matérielle par Moïse ost une ligure, une ombre de la rédemption spirituelle par Christ '.

Premier commandement. — Sens négatif: Pas de dieux étranges. — Sens positif: Rendre à Dieu le vrai service, qui consiste en quatre points principaux: « Adoration, fiance, invocation et actions de grâces'. »

Second commandement. — Sens négatif : Pas de superstitions ; ce qui est spécifié, « c'est le vice le plus notable en cest endroit, lidolâtrie externe. »-- Sens positif : Ce précepte « nous réduit au droict service, qui est deu à Dieu, asçavoir spirituel, et tel qu'il la institué ^ »

Troisième commandement . — Sens négatif : Pas de mépris ou d'irrévérence pour le nom de Dieu. — Sens positif: Recommandation et honneur singulier.

Il est spécialement parlé du jurement, non pas du faux serment, dont il sera question dans la seconde table, mais « d'une attestation de Dieu, pour confermer la vérité de nostre parolle. » Quand elle est « deuement faicte », elle est une « espèce de glorifier Dieu », et n"a rien de répréhensible. « Et est à bon droict qu'en invoquant le nom de Dieu en tesmoignage, il est dict que nous testifions nostre religion envers luy. Car en telle sorte nous le confessons estre la vérité éternelle et immuable, » et nous déclarons qu'il « congnoist seul les cœurs » '.

En conséquence, Calvin admet la légitimité du jurement public et du jurement privé, du « serment véritable», quand il n'est pas « superflu » ■'. Le Seigneur « luy-mesme, qui a représenté en toute sa vie la perfection qu'il a commandée, n'a point eu horreur de jurer quand la chose le requéroit; et ses disciples, que nous ne doublons point avoir gardé sa reigle, ont suyvy un mesme exemple ^ » — Ainsi, « de condamner les sermens particuliers, qui se font sobrement es choses nécessaires [« à sçavoir quand il est question de maintenir la ffloire de Dieu, ou conserver charité envers les hommes » :, avec révérence, c'est une chose trop périlleuse, veu qu'ilz sont fondez sur bonne raison et exemples de TEscriture '. »

Quatrième commandement. — L'institution du sabbat avait trois buts : 1° « Figurer au peuple d'Israël le repos spirituel*. » — Cette « figure » était

1. B»-, p. 125, 126. II. vni, 13, 14. — Luther avait dit : « Le texte nous montre clairement que les Dix commandements ne nous regardent pas, car Dieu ne nous a jamais conduits hors dKgypte ; il n'a conduit hors d'Egypte que les Juifs.» (Erl. édit., Deutsche Schriften, XXXIII, 9-) Une de ces boutades faciles à mal comprendre et à exploiter. — i. II, vill, 16.

.■5. II, VIII. 17. — « Que signifie-t-il par jalousie ? — Qu'il ne peut endurer compagnon. Car comme il s'est donné à nous par sa bonté infinie, aussi veut-il que nous soyons entièrement siens. Et c'est la chasteté de noz âmes d'estre consacrées et dédiées à luy. D'autre part, c'est une paillardise spirituelle de nous destourner à quelque superstition. > Opéra VI. p. 57.

4. B>, p. 139. II. VIII, 23. — ">. Br. p. 140. II, VIII, 25. - 1;. Br, p. 142. II, VIII, 26. - 7. Bf. p. 143- H. VIII, 27. — «. Bf, p. 144. Il, VIII, 28.

l'essentiel, avait « le principal lieu » dans l'institution sabbatique. Aussi à l'ordre, le Seigneur ajoute l'exemple. Moïse dit que le Seigneur s'est reposé le septième jour, « et il n'en mect plus d'autres après pour luy déterminer sa fin. » Ce sabbat est donc éternel. « Nous le commençons icy et le poursuivons journellement '. »

Or précisément cette <■ figure « du sabbat a été abolie par l'avènement de Christ. Désormais, « la substance de la vérité n'est point contente d'un jour, mais requiert tout le cours de nostre vie, jusques à ce qu'estans du tout mortz à nous-mesmes, nous soyons rempliz de la vérité de Dieu. Dont il s'ensuyt que toute observation supersticieuse des jours doibt estre loing des chrestiens *. » — « Maintenant nous ne sommes plus astreints à ceste servitude ancienne d'observer le jour du repos. » — « Nous ne sommes plus tenus en ceste cérémonie, » ce qui nous oblige « tant plus à regarder au principal. » Cette « liberté grande, laquelle nous a esté acquise par la mort et passion de nostre Seigneur Jésus- Christ, » doit nous apprendre <c de nous dédier soigneusement à luy '. »

Quant aux deux autres buts de l'institution sabbatique, ils conservent leur valeur, et conviennent « également à tous les siècles ».

2° Le Seigneur a voulu « qu'il y eust un jour arresté, auquel les fidèles convinssent [se réunissent] pour... ouyr les prédications, faire les oraisons publiques, célébrer les sacremens.... » Cette « police des jours » est absolument nécessaire encore aujourd'hui « pour l'honnesteté et l'ordre »^

Les anabaptistes protestaient. « Aucuns entendemens légiers, dit Calvin, se tempestent aujourd'huy à cause du dimenche. » Ils parlent de << Judaïsme ». Calvin répond : « Sans Judaïsme nous observons le dimenche.... nous ne l'observons pas d'une religion estroicte,... mais nous en usons comme d'un remède nécessaire pour garder bon ordre en l'Eglise ". »

Il y a toutefois une différence entre le dimanche, selon Calvin, et ce que l'on appelle aujourd'hui le dimanche calviniste. Celui-ci remonte aux puritains et à Knox ^

D'abord Calvin ne tient pas absolument au jour. Sans doute, « les anciens n'ont point choisi le dimanche, pour le substituer au sabbath, sans quelque considération', » celle de la résurrection du Sauveur. Tontefois, « je ne m'arreste point, ajoute-t-il, au nombre septième, pour assubjectir l'Eglise en quelque servitude, car je ne condamnerois point les Eglises qui .auroient d'autres jours solemnelz pour s'assembler iqucv alios conventibus suis solennes dies habeant), moyennant qu'il n'y ayt nulle superstition. » L'essentiel, c'est que « nous méditions en toute nostre vie un perpétuel repoz de noz œuvres, à ce que Dieu besongne en nous par son Esprit*. »

I. Bf, p. 14O. II, VIII, 29, 30. ^ 2. Rf, p 147. II, Vlil. 31. — ■"!. Sermons sur le Deulnoiwine. Opéra XXVI, p. 286, 287, 288. — 't. Bf, p. 144, 147- 11, VIII, 28, 32. — V,. B', p. 148. Il, VIII, 33- — «• K- Mùller, Symbolik, p. 494. — 7. II, viii, 34-

8. Bf, p. 149. II, viu, 34. — Luther va |)lus loin : « Il admet le cas où quelqu'un se procurerait du repos pour méditer la parole de Dieu, autrement que par le repos du dimanche, où quelqu'un n'aurait

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Toutefois, malgré cette sorte d'hésitation, Calvin se dcclaïc- |)inii 1 uliseï Nation du dinnanche. <■<■ Si nous faisons (?) le dimanche à faire bonne chère, à nous jouer, et aller à Tesbat, Dieu sera-il bien honoré en cela ? N'est-ce point une mocquerie, et niesmes n'est-ce point une prophanation de son nom ? » — " Le dimanche nous doit servir comme d'une tour, afin de nous faire monter en haut pour contempler de loin les oeuvres de Dieu, quand nous ne sommes empeschez ni occupez en rien que soit, que nous ne puissions estendre tous nos sens pour cognoistre les biens, et les grâces qu'il nous a eslargies. »

« 11 nous faut assembler à certain jour, pour faire confession publique de nostre foy,... nous ne sommes point astraints au septième jour.... Nous devons observer ceste police d'avoir quelque jour la sepmaine, soit un, soit deux, car on laissera tout cela en la liberté des chrestiens. »

C'est-à-dire qu'on peut avoir plusieurs cultes, plusieurs sermons par semaine. Quant à ceux qui viennent cinq ou six fois l'an au sermon, voici ce que Calvin en dit : « Et pourquoy faire ? Pour se mocquer de Dieu et de toute sa doctrine. Il est vrav que ce sont des porceaux qui viennent infecter le temple de Dieu, et mériteroyent plustost d'estre en des estables ; qu'il vaudroit mieux qu'ils se tinssent en leurs cavernes puantes; bref, il vaudroit mieux que telles canailles, et poacres fussent du tout retranchez du temple de Dieu, que de se venir ainsi mesler en la compagnie des fidèles '. »

3° Le Seigneur a voulu donner un jour de repos, de relâche-. — Quand Dieu nous dit : « Tu travailleras six jours », « ceci ne doit pas se prendre comme si Dieu nous commandoit simplement"! de travailler. Vray est que nous sommes nais à cela,... Dieu a donné aux hommes pieds et mains; il leur a donné industrie. Et mesme devant le péché, il est dit qu'Adam a esté mis au jardin pour le cultiver.... Cela est contraire à nostre nature, d'estre comme des troncs de bois inutiles. » Quand le Seigneur nous dit : tu travailleras six jours, il veut nous montrer " qu'il ne nous faut point plaindre de luy donner et dédier un jour certain, quand il nous en laisse six pour un. »

Comme ce commandement est dans la première table, il doit se rapporter à Dieu. C'est là son « intention principale ». Toutefois il y a un « accessoire », c'est le devoir de chanté. « De superabondant », « encore », il y a " un bien survenant,... c'est assavoir que vostre famille n'ahannera pas toujours; car il faut quelque repos pour vos serviteurs, et chambrières, et pour vostre bestial. Vous aurez donc cela comme de superabondant. »

Pour être accessoire, cette considération de charité n'en est pas moins importante, et Calvin se plaît à y insister. Elle « sestend bien loin », dit-il, « car nous ne devons pas seulement l'exposer des serviteurs et chambrières, mais des povres, et de ceux qui ne sont iwint en authorité ni en crédit, de tous sujets, »

pas besoin de repos, et il dit clairement : Si le sabbat est observé à cause du repos, il est clair que celui qui na pas besoin de repos peut rompre le sabbat, et se reposer un autre jour, selon le besoin de la nature. » Kostlin, Liillier's Théologie (iSSs"), II, p. 84.

I. Serinons sur le Dentéronoiiie. Opéra XXVI, p. 292, 293, 294. — «• B', p. 144. Ibid , p. 28.

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etc. lous ceux qui sont descendus de la race d'Adam » sont nostre chair et nos os. » De plus, « rimage de Dieu est imprimée en tous hommes. » Quand je veux opprimer quelqu'un, « non seulement donc je mesprise ma chair, mais je note l'image de Dieu, en tant qu'en moy est. » Voilà le grand devoir de la fraternité, de la solidarité. Calvin va plus loin et insiste sur les mots: « te souvenant que tu fus esclave au pays d'Egypte, » « povre esclave ». « Toutes fois et quantcs que nous verrons des gens pressez de quelque misère, que ceci nous vienne au devant : Or ça n"ay-je point esté en nécessité aussi bien qu'eux? Et si maintenant nous estions en tel estât, ne voudrions-nous point estre secourus? Puisqu'ainsi est donc, nous faut-il exempter d'une telle condition? C'est pour le moins que nous facions à autruy ce que nous désirons qu'on nous face'. »

Cinquième commaudement. — Nous devons « porter révérence » à tous les supérieurs. Notre nature, qui « crève d'ambition et d'orgueil, » résiste instinctivement. Alors Dieu, pour « mieulx fleschir et amollir nos coeurs, » pour les amener docilement à cette obéissance, nous propose en exemple l'autorité paternelle, « la supériorité, laquelle est la moins odieuse et plus amyable de toutes-.»

— Car « tous ceulx qui violent Tauctorité paternelle, ou par mespris, ou par rébellion, sont monstres et non pas des hommes ^. »

Pas de restriction : « 11 ne fault pas regarder si noz supérieurs sont dignes de cest honneur ou non; car quelquonques qu'ilz soient, ilz ne sont point venuz sans la volunté de Dieu en ce degré, à cause duquel nostre Seigneur nous commande les honorer '*. » — Et cependant une restriction s'impose : « Il ne nous est point commandé d'obéir à noz parens sinon en Dieu,... car ilz président sur nous, en tant que Dieu les a eslevez, leur communiquant quelque portion de son honneur.... Il faut avuir un mesme jugement de noz princes, seigneurs et supérieurs •''. »

Sixième commandement. — Sens négatif: Eviter « toute violence et injure et nuysance par laquelle le corps de nostre prochain est blessé. » — Sens positif: « Conserver la vie de nostre prochain. »

Seulement Dieu en ordonnant ainsi «la vraye justice », s'il pense au corps, pense à plus forte raison à l'àme, qui lui est sans comparaison plus précieuse. Donc « l'homicide du cœur est icy deffendu, et nous est commandée l'affection intérieure de conserver la vie de nostre prochain ''. » — « Quiconques, ou commet par œuvre, ou s'efforce et estudie, ou conceoit en son cœur aucune chose contraire au bien de son prochain, est tenu de Dieu pour homicide '. »

Septième commandement. — • Sens négatif : « Aucune ordure ou intempérance de la chair. » — Sens positif: « Vie reiglée en toutes ses actions à chasteté et continence ^. »

I. Serinons sur le Deuléronoiiie. Opéra XXVI, p. 296, 301, 303, 304, 305. — 1'. Bf , p. 150. II, VIII, 35.

— i. Bf, p. 151. II, vui, 36. - i. Br, p. 150. II, VIII, 36. — o. Bf, p. 152, 153. II, VIII, 38. — 0. Bf, p. 153. II, VIII, 39. — 7. B» , p. 154. 11, viii, 40. — C'est une espèce « de meurtre intérieur que Dieu nous défend icy. > Opéra VI, p. 71. — H. B'', p. 154. U, vill, 41. — L'enfant : « Puis que noz corps et noz âmes sont tem-

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HiiUicme commandemcnl. - Sens négatif : « Ne pas attirer à nous les biens trautriiy. » — Sens positif: « Nous employer fidèlement à conserverie sien à un chascun. Tous moyens dont nous usons pour nous enrichir au dommage d'autruy, quand ils déclinent de la sincérité chrcstienne, laquelle doibt eslre gardée en dilection, et se desvoyent à quelque obliquité d'astuce, ou de tout autre nuysance, doybvent estre tenuz pour larrecins '. »

Et Calvin, par une analyse originale, fait ici rentrer tout ce que nous nous devons les uns aux autres. Ne pas nous acquitter de ces devoirs, c'est un vol.

Le peuple doit à ses supérieurs de leur porter honneur; les supérieurs doivent au peuple d'avoir « soin et sollicitude » de bien gouverner, d'assurer la pai.\, la justice.

Les pasteurs doivent aux fidèles bonne doctrine et exemple de bonne vie. Lf peuple doit aux pasteurs de les écouter, de les recevoir comme apôtres.

Les parents dpivent à leurs enfants de les instruire, de les gouverner « comme leur estans commis de Dieu, ne les traictantz point trop rigoreusement pour leur faire perdre courage, mais les entretenant en douceur et bénignité. » Va les enfants doivent à leurs parents révérence et sujétion.

Les serviteurs doivent à leurs maîtres diligence, service « de cœur, comme servantz à Dieu, » etc. Les maîtres doivent aux serviteurs de ne pas être « trop difficiles et intraictables, les opprimantz de trop grande rigueur, ou les traictantz contumélieusement, mais plustost qu'ilz les recongnoissent pour frères et leurs compaignons au service de Dieu ". »

Neuvième commandement. — Sens négatif : « Ne faire tort à personne, ny en mesdisant, ny en nous mocquant. » — Sens positif: « .Aider un chacun fidèlement à maintenir la vérité, soit pour conserver son bien ou sa renommée. »

Car ici, comme toujours, le faux témoignage n'est qu'une « espèce » choisie parce qu'il y « apparoist plus de turpitude •*. »

Dieu interdit donc toute « injure odieuse, laquelle se fait de mauvais vouloir ou de cupidité de mesdire; » davantage : toute « plaisanterie d'honnesteté, et grâce de brocarder et mordre, en riant les uns et les autres, comme font aucuns, qui se baignent, quand ilz peuvent faire vergongne à quelqu'un '. «

Va Calvin donne cette raison : « Si bonne renommée est plus précieuse que thrésor quelconque, on ne fait pas moindre tort à l'homme en luy ostant sa bonne estime, qu'en le dépouillant de sa substance ; d'autre part, on fait aucunes fois plus de dommage au prochain par mensonge que par larrecin ''. »

Dixième commandement. — Sens négatif: « Hors de notre cœur toute cupidité contraire à charité. » — Sens positif: « Quelque chose que nous concevions,

pies du Sainct-Esprit, que nous les conservions en toute honncstet*;. Et ainsi que nous soyons chastes non seulement de faict, mais aussi de désirs, de parolles et de gestes. Tellement qu'il n'y ail nulle partie de nous souillée d'impudicité. » Opéra VI, p. 71.

I. Bf^, p. 159. II, VIII, 45. — 2. Bf, p. 161. II, VIII. 46. — :i. B», p. 162. II, VIII, 47 '• B'. P- «63- U.

VIII, 48. — ."i. B>^, p. 162. II, vm, 47-

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dclibérions ou appelions, ou poursuyvions, que cela soit conjoinct avec le bien et utilité de nostre prochain'. »

Ici il ne s'agit pas seulement, comme dans les commandements précédents, d'un (I propoz délibéré «.... 11 y a « concupiscence » dès que « le cœur est seulement chatouillé et picqué de commettre quelque meschanceté ". » — Des actes Dieu remonte aux volontés, et des volontés Dieu remonte ici « aux pensées de l'entendement ^. »

Là-dessus il y a grande lutte entre les catholiques romains et les calvinistes.

Les catholiques ne tiennent pas la concupiscence pour mauvaise. <■ Cette concupiscence, dit le Concile de Trente, que lapôtre appelle quelquefois péché [« parce qu'elle vient du péché et incline au péché »], le saint Synode le déclare, l'Eglise catholique n"a jamais entendu qu'elle soit appelée péché''. » — « Quelqu'un objectera, dit Calvin, qu'il n'est pas touteffois convenable que les phantasies qui voltigent au cerveau, et, après, s'esvanouyssent, soient condamnées pour concupiscences, lesquelles ont leur siège dedans le cœur. » Et Calvin ne le nie pas. Une idée, tant qu'elle reste idée, n'est pas coupable. Il faudrait admettre, ou que Dieu n"a pas l'idée du mal, des péchés, ou qu'il n'est pas saint. Mais Calvin s'explique: « Il est question des phantasies, lesquelles non seulement passent au travers du cerveau, mais aussi peignent le cœur de concupiscence. » La concupiscence, c'est un désir, un souhait •'.

Dans la conclusion de Calvin, il y a deux points particulièrement intéressants :

I. Bf, p. 164. II, vm, 49. — i. L'enfant : « Le Seigneur a voulu par -les autres commandemens renger noz affections et voluntez; icy il veut aussi imposer loy à nez pensées, lesquelles emportent quelque convoitise et désir, et toutesfois ne viennent pas jusques à un vouloir arresté. > Opéra VI, p. 75. — •'!. B'', p. 164. II. vm, 49. — 4. Mansi, Trid. V, can. 5, et VI, can. 5. — K. Mûller, Sytiibolik, p. 127.

ii. Bf, p. 165. II, III, 50. — A propos de Deutéronome XXII, 1-4 : « Or maintenant s'il est dit que nous devons ramener ou l'asne ou le bœuf de nostre prochain, que sera-ce de sa personne propre ? Ou bien que sera-ce de ses cnfans et de sa famille ?... Si je doy ramener le bœuf d'un homme, quand je l'auray trouvé errant, de peur qu'il ne se perde; et que sera-ce si jevoyque ses enfans périssent, et qu'ils soyent comme bestes esgarées, ne pcnseray-je point de les ramener au bon chemin ?... Si nostre Seigneur exerce sa charité jusques aux bœufs et aux asnes, que sera-ce de ceux qu'il a créez à son image, et qui sont semblables à nous, et avec lesquels nous avons fraternité, non seulement quant à leurs corps, mais quant à leurs âmes ?... Apprenons-donc de gagner les âmes, quand nous les verrons perdues, ou qu'elles en seront en danger,... car si nous y sommes lasches, il ne faudra point d'autres tcsmoins que les bestes brutes. Car si nous les avons laissé périr à leurs maistres, nous serons condamnez devant Dieu. Il faudra donc que nostre procez nous soit fait et formé par les bestes, quand nous aurons ainsi mesprisé de ramener les povres créatures qui estoyent errantes, et faire qu'elles fussent rendues à Dieu. Car si nous sommes obligez envers les hommes mortels de leur maintenir leur droict, je vous prie, ne sommes-nous point plus tenus à Dieu, au double, voire cent fois plus ? Voilà Dieu qui déclare que nous luy appartenons, que nous sommes son héritage. Or maintenant je verray un povre homme qui s'csgare, ainsi comme s'il estoit une beste perdue, et que Dieu fust frustré de son droict, que sa possession diminuast d'autant.... Je voy donc la possession de Dieu qui s'en va ruiner et je n'en tien conte ! Cela est perdu, quant à luy, par ma faute ! Quelle excuse y aura-il ? Et ainsi notons bien que si nous devons maintenir le bien des hommes mortels, à cause que Dieu a ordonné qu'il y ait loyauté mutuelle entre nous, qu'il faut bien que nous taschions de procurer que Dieu demeure en son estât entier, et que ce qui est de sa maison ne s'appetisse point, c'està-dire de son Eglise : mais que le tout luy soit conservé. » Sernioits sxr k DetiltrniwDic. Of>C)ci X.WIII, p. 8, 9.

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I» Une nouvelle proclamation de la fraternité, de la solidarité liiiiiiainc. — A propos de l'importance de la seconde table de la loi, qui montre « beaucoup mieux quelle afi^ction chacun a de suyvre intégrité ', » il indique que la charité envers les hommes est la conséquence de la crainte de Dieu ; il rappelle que saint Paul « constitue toute la perfection du fidèle en charité; « que. d'après saint Paul, « celuy qui ayme son prochain a accomply la loy *. «

Ainsi « nostre vie sera bien ordonnée à la volunté de Dieu et au commandement de la loy, si elle est proffitable en toute manière à noz frères"^ »

Seulement il ne faut j^as oublier que, d'après la définition de Jésus, dans la parabole du Samaritain, notre prochain, notre frère, c'est « le plus estranfje du monde. » Dès lors, tout en aidant « plus familièrement », selon que le porte « la reigle d'humanité », nos paronts, nos voisins, « je diz cependant qu'il nous fault embrasser en affection de charité tous hommes généralement, sans en excepter un, sans faire différence entre le Grec et le Barbare, sans regarder s'ilz en sont dignes ou indignes, s'ilz sont amis ou ennemis; car il les fault considérer en Dieu, non pas en eulx-mèmes.... Pourtant si nous voulons tenir la droite voye de dilection, il ne nous fault point jetter les yeux sur les hommes, desquelz la considération nous contraindroyt le plus souvent à les hayr qu'à les aymer; mais il nous fault regarder Dieu, lequel nous commande d'estendre l'amour que nous luy portons envers tous hommes, tellement que nous ayons tousjours ce fondement : « Quel que soit l'homme, il nous le fault touteffois aymer, si nous aymons » Dieu *. »

2° Il faut se garder d'affaiblir la sévérité de cette loi, en la divisant en deux parties : une partie inférieure, plus facile à observer et seule exigible (la morale extérieure des préceptes), et une partie supérieure, à l'usage de ceux qui veulent atteindre l'état de perfection {slaliis perfectiouis) (la morale intérieure des conseils, cousilia evangelica) ■'.

Non : il n'y a point de conseils dans la loi ; tout est précepte. « Telle manière de gens se monstrent bien estre enfans de Sathan, quand ils rejectent ainsi hardiment le joug, qui est commun à tous enfans de Dieu. Et de faict, je ne sçay si je me doibz plus esmerveiller de leur bestise ou impudence,... car il n y a nul des anciens qui ne prononce sans doubte, comme d'une chose résolue, que ce sont tous préceptes ''. »

Et pas plus qu'il n'y a des préceptes et des conseils, mais qu'il y a seulement des préceptes, il n'y a pas des péchés véniels et des péchés mortels : il y a seulement des péchés mortels. — Dès qu'un mauvais désir nous a piqué le cœur, il y a concupiscence, il y a transgression de la loi; et là où il y a transgression de la loi, il y a malédiction de Dieu....

(( 11 ne fault point que nous exemptions de condemnation de mort les mom-

I. II, VIII, 52. - -1. B^, p. 167. II. viil, 53- - 3- Br, p. 168. II, vili, 54. - *• «►-. P- >69- H. vm, SS- - - ri. Conseil dé pauvreté, conseil de chastctC-, conseil dobcissancc: sur cette triple base s'élève l'édifice des œuvres surérogatoires, des indulgences, du monachisme et du culte des saints. — «. H', p. 170- H

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