‹ Jean Calvin, les hommes et les choses de son temps (volume 4)Chapitre 58 sur 149 · I. II, .\i, II · texte numérisé non relu

I. II, .\i, II

î. II, XI, 7.

igS LA LOI

u Le vieil Testament a esté pour estonner les consciences, et par le Nouveau jove et liesse leur est donnée; le premier a tenu les consciences estreintes et enserrées au joug de servitude, le second les délivre et aflfranchit en liberté'. »

4. I/ancienne alliance était l'ombre que le soleil projette devant le corps; la nouvelle est le corps.

« Le vieil Testament, du temps que la vérité estoit encores absente, la représentoit par images, et a eu l'ombre au lieu du corps-. « — « Aux anciens, les choses ont été déclarées dans des ombres et des figures ^. »

5. L'ancienne alliance était « enfantile » ; la nouvelle est « virile ». De là le rôle des « bénéfices terriens » chez les Hébreux.

Sans doute, Dieu dit à Abraham que son « loyer », c'est lui-même, Dieu. David dit : le Seigneur est mon héritage. Lt ces expressions montrent que Abraham et David « outrepassent ce monde et toutes choses présentes. » — Néanmoins, « les saincts au vieil Testament ont plus estimé ceste vie mortelle que nous ne devons aujourd'huy faire'*. »

« Il a fallu que les Pères anciens, sous la loy, eussent plus de promesses de la vie transitoire que nous. Car ils n'avoyent pas telle révélation de la vie céleste, comme elle nous est donnée en l'Evangile. Voilà donc comme Dieu les a voulu attraire ainsi que des petis enfans. Car pour ce qu'un petit enfant ne sera point capable de cognoistre le bien de son père, pour luy donner courage, on luy dira: Je te donneray un beau bonnet, je t'acheteray une belle robbe neufve : cela est selon la portée de l'enfant, et selon que son esprit est débile, on parlera ainsi à luv : toutefois le père le veut conduire plus loin. Ainsi Dieu en a-il usé envers les pères anciens; il leur a proposé les bénéfices de Dieu, dont ils jouiroyent en ce monde ; et de là il les a voulu attirer à une espérance plus haute, c'est assavoir de l'héritage céleste ^ «

6. En conséquence, Calvin ne fait aucune difficulté de reconnaître «que dans les Ecritures saintes il y a beaucoup de faits particuliers (»îz///a singularia facta) qu'il ne faut pas prendre pour exemple [qiiœ non sint in cxemplum lemere Irahenda) *. »

Les patriarches ont commis des choses « vileines et énormes», par exemple ils ont pratiqué la polygamie : « Les saincts patriarches se sont aussi bien addonnez à cela : et c'a esté un vice détestable en eux, comme quand Abraham a prins Agar, il n'y a nulle doute qu'en cela il ne soit répréhensible. Quand Jacob a prins Rachel, après avoir espousé Léa, c'a esté une chose vileinc et énorme '. »

Même Dieu a permis dans l'ancienne alliance certaines choses qui n'étaient pas bonnes, par exemple l'usure, exercée sur les étrangers :

I. II, XI, 9. 2. II. XI, 4 :i. Hoinilia XLIX in I Lil). Samuel. Opcnt XXX, p. 58. — « Nous avons

la substance et le corps des choses qui ont este sous la loy, nous l'avons en Jésus-Christ.... Puisque la chose nous est maintenant donnée, il ne nous faut plus arrestcr à ces ombrages. » Serinons sur le DeuléronoiHC. Opéra XXVI, p. 283. — 'i. II, xi, 2, 3. — .'>. Serinons sur le Deuiéronoinc. Opéra XXVIII, p. 381. — I''. Iloini/ia LXXIX in I Lib. Samuel. Opéra XXX, p. 41.^. — 7. Serinons sur la première à Timothée. Opéra LUI, p. 245.

L ANCIENNE ET LA NOUVELLE ALLIANCE I Ql)

« Kt comment permis ? C'est-à-dire qu'il n'y en a point eu de punition.... Et cependant la loy demeure.... Vray est que ce larrecin d'usure n'estoit point puni devant les hommes : mais tousjours si faut-il revenir là, que la justice qui est contenue aux dix commandemens demeure, et que les hommes ne la peuvent changer '. «

Et enfin il y a des prescriptions bonnes en soi, mais qui sont périmées : « Dieu aujourd'huy ne nous a point astrains à un tel fardeau comme les pères anciens, mais a retranché ce qu'il avoit commandé ou défendu des viandes.... On veut encores tenir l'Eglise chrestienne en ceste façon puérile, qui a esté sous l'Ancien Testament. Or Dieu nous veut gouverner comme ceux qui sont desjà venus en aage, qui n'ont point besoin d'une instruction puérile comme d'un abc-.»

Il est singulièrement inexact, on le voit, de répéter que Calvin a confondu l'Ancien et le Nouveau Testament. Et il ne faudrait pas approfondir beaucoup ces diftercnces entre les deux alliances, pour creuser entre celles-ci un abime.

C'est ce que ne fait pas Calvin. Pour lui, les « différences » ne détruisent pas « l'unité ». Les différences « se réfèrent à la manière diverse que Dieu a tenue, en dispensant sa doctrine, plustost qu'à la substance » de cette doctrine '.

« Il ne faut pas que nous facions comme des vilains pourceaux, qui auront tousjours ce mot en la bouche, ou plustost au groin : Ho! tout est consommé; il ne faut plus qu'on s'amuse au vieil Testament.... A l'opposite, sainct Paul prononce que quand nous lirons attentivement la loy de Dieu, que nous chercherons en prudence desprit ce qui est là contenu, qu'elle nous servira d'une bonne instruction pour nous amener à la foy, comme aussi nous le voyons par expérience. Car d'oij est-ce que nostre Seigneur Jésus-Christ et ses apostres ont puisé leur doctrine, sinon de Moyse ? Et quand on aura bien espluché tout, on trouvera que l'Evangile n'est qu'une simple exposition de ce que Moyse avoit anoncé auparavant. Vray est qu'il y a eu de l'obscurité aux ombres et figures de la Loy, que Dieu n'a point donné une grâce telle aux Pères anciens comme à nous; mais cependant si est-ce que la substance de l'Evangile est tirée de là, que nous avons une foy commune avec ceux^qui ont vescu devant la venue de nostre Seigneur Jésus-Christ ''. »

Les ressemblances entre l'Ancien et le Nouveau Testament sont au nombre de trois principales :

1° L'Ancien Testament, lui aussi, parle de rédemption et de rédempteur :

« Dieu ne peut estre propice au genre humain sans quelque médiateur". » —

L Serinons sur le Deiitrrnnome. Opéra X.KVIII, \>. ii6. — i. Sermons sur [ipitrc à Tile. Opéra LIV, p. 484, 485. — En 1535, dans sa Préface au Nouveau Testament d'Olivétan, Calvin écrit: « Et se nomme le dict livre Nouveau Testament au regard du vieil ; lequel en tant qu'il se devoit réduyre et rapporter à cestuy-cy [le Nouveau] estoit en soy-mesme infirme et imparfaict, et pourtant a été aboly et abrogué. » Opéra IX, p. 803. — 3. II, xi, i. — 1. Sermons sur la première à Timothée. Optra LUI, p. 33 — •''• >559- II, VI, 2.

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