I-A LOI
« Dieu a voulu que les Juifs fussent imbus de telles prophéties, afin de les accoustumer à dresser les yeux à Jésus-Christ ; toutesfois et quantes qu'ils avoyent à demander destre délivrez. Et de faict, combien qu'ils se soyent abastardis vilénement, jamais la mémoire de ce principe général n'a peu estre abolie : c'est que Dieu, selon qu'il l'avoit promis à David, seroit rédempteur de son Eglise par la main de Jésus-Christ K »
Naturellement, dans cette ressemblance même, il y avait une différence; et Calvin y consacre un chapitre spécial. Autrefois, c'était seulement « un petit goust » ; maintenant, c'est « beaucoup plus grande abondance. » — Autrefois, c'était « l'attente », et la loi avait précisément pour but « d'entretenir en ceste attente*; » maintenant, «les mystères lesquels ilz [avant J.-C. ; ont spéculez de loin, en ombres obscures, nous sont manifestez à veue d'œil ^. »
2° L'Ancien Testament lui aussi fonde le salut des fidèles, non sur leurs mérites, mais sur la seule miséricorde de Dieu. Toutefois, Calvin n'insiste pas
3" 11 consacre, au contraire, un long chapitre, qu'il appelle lui-même un « traicté particulier », à montrer que l'Ancien Testament, lui aussi, a enseigné l'immortalité. C'est « nécessaire », dit-il, « à cause de l'importunité, tant de ce monstre de Servet, que d'aucuns anabaptistes, lesquels n'ont autre estime du peuple d'Israël que comme d'un troupeau de pourceau.x ; veu qu'ils pensent que nostre Seigneur l'ait voulu seulement engraisser en terre comme en une auge, sans espérance aucune de l'immortalité céleste. » Ce qui est un « erreur pestilent » '.
Parmi les arguments, dont se sert Calvin, trois, au moins, paraissent conserver leur valeur. — Le premier, c'est qu'en général la négation de l'immortalité est une affirmation du matérialisme; or l'alliance hébraïque était une alliance spirituelle et spiritualiste.
« Je suis vostre Dieu, » répète l'Eternel au.x fidèles. Et ainsi « il ne dénoncoit pas seulement qu'il seroit Dieu à leurs corps, mais principalement à leurs âmes. » Or si les âmes sont unies à Dieu, « cette conjonction leur apportera la vie permanente ''. »
L'autre argument est original. Calvin observe que les héros de cette alliance, dont on veut faire une alliance de bonheur purement terrestre, ont été des hommes, particulièrement, extraordinairement malheureux.
« Adam, iiui autrement estoit plus que malheureux par la seule recordation de sa félicité perdue, a grande difficulté à s'entretenir povrement en travaillant tant qu'il peut. » Et, autre « destresse merveilleuse »: « De deux enfans qu'il a, l'un est meschamment meurtri par la main de l'autre. Caïn luy demeure, lequel, à bon droict, il doit avoir en horreur et abomination '". » — N'oé n'est pas plus heureux. — Et Abraham : « En toute sa vie il a tellement esté tormenté et affligé, que si quelqu'un vouloit représenter, comme en une peinture, un exemple
). II, -.1, 4. — i. II, i.\, I. — .t. Ibid. — i. Il, X. I. — ri. II, X, 8. - 0. II, X, lo.