‹ Jean Calvin, les hommes et les choses de son temps (volume 4)Chapitre 60 sur 149 · L ANCIENNE ET LA NOUVELLE ALLIANCE · texte numérisé non relu

L ANCIENNE ET LA NOUVELLE ALLIANCE

de vie misérable, il ne trouveroit rien plus propre '. » — « Quant à Jacob, il est comme un patron et figure de la plus grande malheureté qu'on sçauroit dire -. » — Ft Calvin de conclure : « De faict, ils eussent esté plus stupidcs que truncs de bois, en poursuyvant si constamment les promesses, desquelles ils n'avoyent nulle apparence en la terre, n"eust esté qu'ils attendoyent Taccomplissement ailleurs. Ce n'est pas sans cause aussi que l'apostre insiste principalement en cela, qu'ils se sont nommez pèlerins et étrangers en ce monde ■*. »

Enfin, au point de vue exégctique, Calvin insiste sur trois passages bien connus : Job XIX, 25 : « ... Mon rédempteur vit et au dernier jour je ressusciteray... ; » Esdie LXVI, 22-24 : «... Toute chair viendra pour adorer devant ma face...; » Daniel XII, i, 2 : « ... Ceux qui reposent en la terre se lèveront, les uns en vie éternelle, les autres en opprobre éternel.... »

Il y a eu progrès, dit Calvin : « Parquoy quand la première promesse fut au commencement donnée à Adam, lors il y eut seulement comme des petites estincelles allumées. Depuis petit à petit la lumière est creue et augmentée de jour en jour, jusques à ce que le Seigneur Jésus-Christ, qui est le soleil de Justice, faisant esvanouir toutes nuées, a plénement illuminé le monde *. »

Sans discuter les exagérations par lesquelles les disciples de Calvin, ou Calvin lui-même, ont faussé sa thèse de la continuité de la Révélation, on ne saurait contester que cette thèse elle-même est essentiellement biblique ^. « Ombre des choses » et « corps» qui est Christ (Col. II, 17) ; alliance de la lettre et alliance de l'esprit (2 Cor. III, 6); esprit de servitude et esprit d'adoption (Rom. VIII, i5), sont des expressions familières à saint Paul comme à Calvin.

C'est le Christ lui-même qui a enseigné à la chrétienté à le chercher dans les Ecritures de l'Ancien Testament. Ces Ecritures « témoignent de lui » (Jean V, 39). « Celui qui vous accusera, c'est Moïse, en qui vous avez mis votre espérance. Car si vous croyiez Moïse, vous me croiriez aussi ; en effet, c'est sur moi qu'il a écrit» (Jean V, 45-47)*. — Le Christ et puis saint Paul démontrent le Christ en « expliquant les Ecritures par la loi de Moïse et les prophètes » (Luc XXIV, 27; Act. XXVIll, 23). Le Christ démontre l'immortalité (Mat. XXII, 32), et saint Paul la justification par la foi, en citant l'Ancien Testament (Gai. m, 6), etc.

Cette conception biblique et calviniste a été repoussée depuis le premier jour jusqu'à aujourd'hui par les adversaires du christianisme. Les Juda'isants (Nazaréens, Ebionites, etc.) n'ont accepté que l'Ancien Testament. Les gnostiques ont opposé le Nouveau à l'Ancien, depuis Simon le Mage, Cérinthe, etc. Marcion reste le grand chef de cette tendance. La création est due à un Dieu inférieur, le Démiurge, Dieu des Juifs, Dieu de la loi, de la justice, de la colère.

I. Il, X, II. — â. H, X. 12. - 3. II, X, 13. — 4. Il, X, 20. — 5. R. Stâhelin (Real-Encyclof«idie, 3' <id., vol. m (1897), article Calvin, p. 673). tout en faisant ses réserves sur la différence que Calvin établit entre l'Ancien et le Nouveau Testament, y voit « des commencements féconds {fruchtbave /Insâtze) pour la juste appréciation de l'un et de l'autre. » — 6. Voir Jean I, 41; i Pierre I, 11.

]E.\N CALVIN IV

En Christ s'est révélé un autre Dieu, le Dieu de la grâce et de l'amour. — Ce Gnosticisme règne aujourd'hui avec les Anabaptistes, les Sociniens, les Rationalistes, puis Spinoza, Kant, et l'hypercriticisme moderne. Javeh n'est pas le vrai Dieu : c'est un Dieu national. Les récits de la création, de la chute, du déluge, viennent des peuples païens. Les héros de l'Ancien Testament sont très inférieurs, etc.'.

En face de toutes ces attaques, la conception biblique de l'unité dans les différences, qui sont des progrès, de l'unité dans le progrès, a produit la grande et belle doctrine caractéristique de la pensée calviniste, la doctrine des Alliances, (alliance ou contrat, en latin : fœdiis) : la théologie calviniste a mérité le nom de « fédéraliste ».

La théologie « fédéraliste » date surtout de Coccejus (Jean Koch), né à Brème en i6o3, mort professeur de dogmatique à Leyde en i66g. — Il développa ses idées dans son ouvrasre intitulé : Siimma doctrinœ de fœdcre et testamentis Dei d'* édit. 1648). — S'opposant à la scolastique réformée du dix-septième siècle, il revient à l'idée essentielle de la théologie réformée : la dogmatique est une théologie biblique, qui emprunte à la Bible non seulement son contenu, ses dogmes, mais sa forme, ses catégories. Or la Bible raconte une histoire; et la forme essentielle de cette histoire est celle d'une alliance entre Dieu et l'homme.

Cette alliance commence avant la chute (fœdus operiim ou iiaturœ). L'homme reçoit la promesse du salut à la condition qu'il accomplisse les œuvres de la loi.

Après la chute, vient l'alliance de la grâce {fœdus graliu'), divisée en trois économies: ante legem, la loi se manifeste dans la conscience des patriarches et de leurs familles; siib lege, la loi est écrite en toutes lettres pour la nation: post legem^ Christ, la loi parfaite, apparaît, et son royaume est universel.

Or, s'il est certain que Coccejus a exposé cette théologie biblique et historique, il n'est pas douteux qu'il en a emprunté les traits principaux à Calvin-, à Zwingle et à leurs disciples les plus fidèles, Olévianus, Bullinger. Léon Juda, contemporain et ami de Zwingle, en fit la base de son Catéchisme.

A son tour cette théologie fédéraliste tombe dans l'excès, devient dangereuse. L'idée de l'alliance, du contrat {f<ediis), n'en reste pas moins dans sa grandeur, dans son importance théologique, morale, sociale '.

\. Voir Bavinck, III, p. 196 et ss.

2. « Sa conception de l'Ancien et du Nouveau Testament resta dès lors particulière à l'Eglise réformée et ce qu'on appela plus tard la théologie fédéraliste n'en fut que le développement. Chez elle aussi l'idée fondamentale est de prendre ce qu'il y a de commun dans l'Ancien et dans le Nouveau Testament, et de reculer ainsi autant que possible le commencement de l'Evangile. » F. Ch. Baur, Vorlesiiiigeii liber die christlichen Dogmen, 1867, III, p. 227, 228. — Voir pour Calvin les autres textes page suivante et note. — :{. Bavinck, III, p. 201.

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