‹ Jean Calvin, les hommes et les choses de son temps (volume 4)Chapitre 7 sur 149 · L HONNEUR DE DIEU · texte numérisé non relu

L HONNEUR DE DIEU

mot du cantique des anges, c'est la théologie réformée: l'honneur de Dieu! Gloria Dei^.

C'est Thonneur de Dieu que proclame le premier paragraphe du premier Catéchisme de Calvin, celui de ibij : « 11 appert que nous sommes tous créez à ceste tin que nous cognoissions la majesté de nostre créateur; l'ayant cognue, que l'ayons sur tout en estime et que l'honorions de toute crainte, amour et révérence'.» — C'est l'honneur de Dieu que proclame et enseigne le premier paragraphe du second Catéchisme de Calvin, celui de \5^\ : «Le ministre: Quelle est la principale fin de la vie humaine? — L'enfant : C'est de congnoistre Dieu. — Le ministre : Pourquoy dis-tu cela? — L'enfant : Pour ce qu'il nous a créé et mis au monde pour estre glorifié en nous. Et c'est bien raison que nous rapportions nostre vie à sa gloire puisqu'il en est le commencement.... — Le ministre: Mais quelle est la vraye et droicte congnoissance de Dieu? — L'enfant : Quand on le congnoist afin de Vhonnorer. — Le tninistre : Quelle est la manière de le bien honnorer? — L'enfant : (^'est que nous ayons toute nostre fiance en luy ; que nous le servions en obéissant à sa volunté,... et que nous recongnoissions, tant de cueur que de bouche, que tout bien procède de luy seul '. »

Et c'est cet Honneur de Dieu que Calvin proclame, chante, peut-on dire, du haut de la chaire de Saint-Pierre : « Si nous considérons que c'est de sa gloire, elle mérite bien d'estre plus précieuse que tout le monde. Que voit-on au ciel, et en la terre, sinon des petites estincelles de la vertu, et justice, et bonté, et sagesse, lesquelles sont infinies en Dieu? Et ainsi, il n'y a point de mesure; mais nous en avons seulement quelques petits signes, et marques au ciel et en la terre. 11 vaudroit donc mieux que le monde perist un million de fois, que la gloire de Dieu fust obscurcie. Or, maintenant on ravit sa gloire aux idoles, voire on l'attribue à Satan, quand son service est corrompu. Il n'est point donc question ici de s'endormir et ne faut point user de grâce; comme nous avons accoustumé de faire bon marché de Vhonncur de Dieu, nous laissons couler tout cela, et semble que ce n'est rien. Or, au contraire nous voyons comme il met ici toutes les villes en ruine, si son honneur y a esté violé. Et ainsi, cognoissons qu'il n'est plus question de nager entre deux eaux, comme on a de coustume, si on veut garder la religion en son entier, mais que les sacrilèges, c'est-à-dire les outrages qui se font à la majesté de Dieu, doivent être punis. Si on cognoist, et que nature

1. Quand il est question d'honneur, ce n'est jamais à propos de l'essence d'un être, mais toujours à propos de sa manifestation devant d'autres êtres. Rendre honneur à quelqu'un, c'est reconnaître la valeur de la personne qui se manifeste. Et l'honneur suprême consiste à se laisser iniluencer par la personne que l'on honore, à accorder à cette personne l'autorité, la domination, la souveraineté. II va dès lors de soi que Dieu, se manifestant à l'homme, mérite et réclame un honneur absolu. Dieu se manifestant est appelé la gloire de Dieu, c'est-à-dire que sa gloire n'est pas distincte de lui. Et la fin de l'homme c'est de glorifier Dieu ou de l'adorer. « Faites tout pour la gloire de Dieu, » I Cor., X, 31. « Glorifiez Dieu dans vos corps et dans vos esprits. » Ibid., IV, 20. — 'Voir Real-Eiicyclopedie, 2= édit., article Elire de Robert Kubel.

i. Jnslructioii et cotifession de foy. dont on use en l'Eglise de Genève, 1537, Opéra, XXII, p. 33.

3. Le Catéchisme de l'Eglise de Genève, Opéra, VI, p. 9- — Pour la date, voir Marc liœgner, Les Catéchismes de Calvin (thèse), 1905, p. 4i.

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ensciiïne, que les larrecins, et meurtres, et brigandages, et tous pillages ne soyenl point à supporter: que sera ce quand le nom de Dieu sera blasphémé, qu'on aura perverti toute religion, qu'on falsifiera \a pure doctrine pour desbaucher le peuple, et rompre l'union de foy ? O! il ne faut point dissimuler à cela : car ce sont crimes par trop énormes'. »

Ainsi, Gloire, Honneur, Nom, Service, Religion, sont des termes absolument synonymes et échangeables entre eux.

Nos citations l'ont déjà montré. Par ces mots de gloire, d'honneur de Dieu, il faut bien se garder de comprendre un objet de connaissance et de respect pour notre seule intelligence : « A parler droictement, dit Calvin, continuant à exposer ce qu'est pour lui la connaissance de Dieu, nous ne dirons pas que Dieu soit coo-nu, où il n'y a nulle religion, ne piété ^ » Une connaissance purement théorique de Dieu serait insuffisante et dangereuse : « Nous avons yci a noter que nous sommes conviez à une cognoissance de Dieu, non pas telle que plusieurs imaginent, assavoir qui voltige seulement au cerveau {in cerebro tantum volitet) en spéculant, mais laquelle ait une droite fermeté et produise son fruict, voire quand elle est deuement comprinse de nous et enracinée au cœur [radicemque agat in corde) '. »

//; cerebro, in corde! voilà les deux mots : la connaissance de Dieu est affaire non seulement du cerveau, mais du cœur.

Calvin insiste. Il faut une connaissance telle que nous imaginions, non pas « un Dieu en l'air, sans en avoir en nous le sentiment par expérience, » mais un Dieu (( prochain, et familier à nous, et qui, mesmes, se communique; » un Dieu que nous n'avons pas besoin « de chercher loing, veu qu'il habite en chascun de nous par sa vertu»: telle est «l'inquisition de Dieu,» à laquelle il faut nous livrer, « laquelle tient tellement notre esprit en admiration, qu'elle le touche semblablement et luy en donne vray sentiment » '*. A tel point la connaissance est faite d'idées, d'impressions, de sentiments, à tel point la religion procède de la piété.

Va voici la définition de la piété telle que Calvin arrive à la formuler en 1559: «J'appelle Piété, une révérence et amour de Dieu conjointes ensemble, à la quelle nous sommes attirez, cognoissans les biens qu'il nous fait. Car jusques à ce que les hommes ayent ceci bien imprimé au cœur, qu'ils doivent tout à Dieu, c\\iils sont tendrement nourris sous son soin paternel; brief, qu'ils le tiennent autheur de tout bien, en sorte qu'//.v n'appétent rien que luy, jamais ils

1. Sermons sur It Deiiléroiwitie. Opéra, XXVII, p. 266. — 2. I, il, i.

•'• '559- — 'i V, 9. Le texte de 1559 a renforcé le mysticisme déjà profond du texte de 1539, qui disait seulement : « Et fault icy observer, que nous sommes convyez à une congnoissance de Dieu, qui ne gist point seulement en vaine spéculation, mais laquelle est utile et fructueuse, si elle est une fois comprise de nous. » B> , p. 12. — i. B^, p. 13, 14, I, v, 9.

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