L ANCIENNE ET LA NOUVELLE ALLIANCE
Sans doute, le contrat entre Dieu et l'homme est d'une nature particulière. En un sens, il est unilatéral : « Ce n'est pas que Dieu demande rien de nostre costé ; aussi n'en ha il point de besoin. Et qu'est-ce que nous luy pouvons apporter ' ? »
Et cependant ce contrat, qui met en étroit rapport deux personnes, finit bien par être bilatéral. Il n'y a pas de mérites de l'homme. « Mais cependant nous ne devons point trouver estrange que Dieu requiert de nous une affection telle que nous le recevions en toute révérence, comme nostre Père.... Au contraire, se monstre-il père, soions-luy enfans. Si donc nostre Seigneur requiert de nous qu'il soit honoré, qu'il soit reconneu maistre et supérieur, nous ne devons point trouver cela estrange, quand il est dit qu'il garde l'alliance à ceux qui l'aiment-. » — Voilà bien la réciprocité. Et c'est ce que dit exactement, mot à mot, Coccejus : « Le contrat fiovônkupov (unilatéral)... devient dinhopov {bilatéral) ou mutuel, quand l'homme... s'oblige pour ainsi dire à fournir son amour (vcluti obligat ad prœstandiun amoreni) ^. »
Ici, comme pour beaucoup d'autres doctrines, sans discuter jusqu'à quel point Calvin a inventé ces idées, il faut constater qu'il les a faites siennes et leur a donné vie et impulsion '*.
1. Sermons sur le neuvième chapitre de Daniel. Opéra XLI, p. 527. — 2. Ibid., p. 529. — ;t. Real-Encyclopàdie, 3' éd., article Karl Mùller.
4. II est bien certain que tout Cocceius n'est pas dans Calvin. Il n'est pas moins certain que l'idée d'alliance a été, dès l'origine, une idée familière à la théologie réformée. < La doctrine de l'Alliance est un pendant nécessaire et un complément indispensable de la doctrine réformée sur la grâce particulière et l'élection éternelle. =• Ce sont les deux côtés du gouvernement de Dieu. « Tandis que l'élection met au premier rang les individus, dans l'Alliance c'est toute l'Eglise, c'est le peuple, la société, l'Etat qui sont indiqués comme l'objet du souci et du soin de Dieu » Van den Bergh, Calvijn over het Genade Verbond, 1879 (p. 3). En 1534, H. Bullingcr écrit un traité intitulé : De Testamenlo scii fadere Dei uiiico et œterno brevis Expositio. On y lit des déclarations comme celles-ci: « Dieu fit alliance ( fa'diis) avec la descendance d'Abraham. — Toute l'Ecriture tend à l'Alliance {fadus) comme au but. — Christ est la vraie confirmation de l'Alliance {fœderis), etc. » — Et Calvin parle bien souvent de l'Alliance. Alliance avec Adam : < Le Seigneur a tenu cet ordre de faire en dispensant l'Alliance de sa miséricorde (in dispensaiido misericordiœ fcedere).... La première promesse fut au commencement donnée h Adam. (Il, x, zo). — Alliance avec Noé (Gen. IX, 7) : « Vous me voyez prêt à secourir et à protéger le genre humain ; c'est pourquoi, vous, donnez-moi votre aide (pperatn mihi impendite) pour le propager.... Comment se fait-il que Dieu, concluant son Alliance {fœdus stium paciscens) avec les fils de Noé, leur dit d'avoir bon espoir? parce qu'ils sont conjoints à leur père, qui est comme celui qui s'engage dans l'Alliance.... L'Alliance ne fut pas conclue avec une seule maison, elle fut non privée, mais commune à tous les peuples. . (Opéra XXIII, p. 147, 148.) — Alliance avec Abraham. A propos de Genèse XVll, i et ss., où Dieu conclut alliance avec Abraham : < En résumé, ce discours indique que Dieu conclut une alliance avec Abraham; de quel genre est l'alliance qu'il conclut, lui-même le déclare ensuite et en donne un signe.... (Opéra XXIII, p. 234). En concluant l'Alliance, Dieu réclame de son serviteur l'obéissance. » — « Telle alliance (fa-dus) a esté confirmée et passée soubz instrumens autentiques, du testament et tesmoignage qui [qu'il] leur a baillé. . (< Epistre aux fidèles monstrant comment Christ est la fin de la loy, » en tête des Bibles de Ncuchâtel, 1535. Opéra IX, p. 795, 797.)- Alliance en Christ : Puis les Juifs et les Gentils s'étant également détournés de Dieu, . pour approcher les hommes de Dieu, tant Juifz que Gentilz, il estoit mestier que une nouvelle alliance (fcedus) feust faicte, certaine, asseurée et inviolable. . (Ibid.) - M. Bavinck voit dans la théologie fédéraliste une théologie < réformée », adoptée par tous les < Réformés ., mais d'origine surtout zw.n-
Et il ne faut pas s'étonner que cette idée de contrat, si profondement enracinée dans l'esprit calviniste, se soit développée dans les écrits de nos premiers publicistes, et ait fortement contribué (comme nous le verrons plus tard) à marquer la moralité et la politique calvinistes.
glienne. « Zwingle, dit-il. fut amené par sa lutte contre les Anabaptistes à l'idée biblique de l'Alliance (/tvdi4s), qui, chez lui, est le revers de la religion ou de la piété. (Zwinglii Opéra, III, p. 412, 413, 419, 421, 422.) Ce n'est ni chez Cloppenhurg ou Coccejus, ni chez Olevianus, ni chez Hullinger, mais c'est chez Zwingle que nous trouvons déjà le principe de la théologie fédéraliste postérieure. > M. Bavinck découvre une différence de méthode plus théologique chez Calvin, plus historique chez Bullinger, et dans les développements que celui-ci a donnés à la théologie fédéraliste. (De Vrije kerk, 1893, p. 71, 69, 70.)