‹ Jean Calvin, les hommes et les choses de son temps (volume 4)Chapitre 62 sur 149 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

La personne du Médiateur.

Première partie : Les ques/ioiis préalables. — I. Questions « extravagantes •. — II. Naissance miraculeuse. — III. La colère de Dieu. — IV. Les deu.x natures du Dieu-homme.

Seconde partie : Le dogme des deux natures avant Calvin. — I. Avant le Concile de Chalcédoine. II. Du

Concile de Chalcédoine à V Institution chrétienne, i. Caractère général de cette période. 2. La théologie orientale. 3. La théologie romaine. 4. La théologie luthérienne

Troisième partie : La chrislologie de Calvin. — I. Pas de métaphysique. — II. Les données bibliques.

m. Réfutation de l'hérésie. — IV. Importance de l'humanité de Christ. V. Retour au concile de Chalcédoine. i. Orthodoxie. 2. Piété.

PREMIERK PARTIE Les^questions préalables.

lEU, le Père tout-puissant; riiommc, le pécheur condamné par la loi; le Christ. Quel Christ? — Si, dans rhommc, Calvin a considéré surtout le pécheur, il est naturel et logique que, dans le Christ, il considère surtout le Sauveur. La théologie calviniste reste ainsi sur le terrain religieux et pratique. Et le Sauveur sera tout naturellement et tout logiquement présenté comme le Sauveur qui sauve, parce qu'il est le Médiateur entre le Dieu saint et l'homme pécheur. — Le Christ, c'est le Médiateur. Va la christologie calviniste se divise en deu.x parties: i° la personne du Médiateur; 2° l'œuvre du Médiateur '.

I. Selon sa coutume, Calvin laisse de côté « les spéculations extravagantes, lesquelles transportent beaucoup d'esprits volages et trop convoiteux de nou-

I. Kostlin, Studieii u. Kritiken, 1868, p. 438, dit : « Si l'on compare les diverses éditions, on ne remarque ni une étude plus approfondie du problème dogmatique, ni un développement plus complet de

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veauté *. » — Il écarte les spéculations provoquées par cette autre question : Si le genre humain n'avait pas eu besoin d"ètre racheté, Jésus-Christ aurait-il néanmoins été fait homme ^? — 11 pense que non, car, est-il dit, Jésus-Christ a été ordonné « pour secourir aux povres pécheurs. »

Mais c'est tout ce que nous pouvons savoir : « passer ces bornes, c'est lascher par trop la bride à nostre folle curiosité'. » Ce qu'Osiandcr avance est «froid, et contraint, et tiré par les cheveux ''. » — Et « puisque Tapostre testifie que c'est une parole fidèle et arrestée que Jésus-Christ est venu pour sauver les pécheurs (iiph. III, 16-19), J^ "^'y l'epose volontiers ^ »

Calvin ne s'attarde pas non plus à la question de la naissance miraculeuse. Il indique, il affirme cette naissance, comme le mode de l'incarnation : cela va de soi. Dans les deux premières éditions de V Institution^ où chaque article du symbole est rappelé, les mots : « il a été conçu du Saint-Esprit, il est né de la vierge Marie, » servent de titre aux explications sur l'Incarnation. Dans la troisième édition, le titre disparaît.

Le chapitre XIII a pour titre : « Que Jésus-Christ a prins vraye substance de chair humaine. » Et Calvin, se « déportant » de toute « dispute plustot de philosophie et de médecine que de théologie, » se borne à rappeler que « Jésus- Christ, par le moyen d'une vierge, a esté engendré de la race de David, » a été « engendré par l'opération miraculeuse du S. Esprit *. »

Le Christ s'est incarné pour être le Médiateur entre le Dieu saint et l'homme coupable. C'était nécessaire. Pourquoi nécessaire ? Parce que Dieu était devenu l'ennemi de l'homme ? C'est la question, souvent débattue de nos jours, de la colère de Dieu.

Pour notre Réformateur, « telles manières de parler sont accommodées à nostre sens. » Elles ont pour but de nous faire mieux « entendre combien est malheureuse la condition de l'homme hors de Christ, » et « la calamité dont Dieu nous a retirez'. »

Sans doute, en « s'accommodant à la capacité de nostre rudesse », Dieu ne nous fait pas entendre autre chose que la vérité. Lui, « la justice souveraine, ne peut aimer l'iniquité la quelle il voit en nous tous ». — Toutefois, malgré que

la doctrine une fois posée. Tout ce qu'on constate, c'est, surtout dans l'édition de 1559, une réfutation plus étendue des erreurs, en particulier de celle de Servct. »

1. 1559. II, XII, 4. — i. < L'homme, encores qu'il fust demeuré en son intégrité, si est-ce que sa condition estoit trop basse {hiimilior) pour parvenir à Dieu (quam ut sine mediatore ad Détint penetraref). (1559. II, xii, i) >. « Bien que, s'il n'y avait pas eu de péché, il n'aurait pas été nécessaire qu'il y eut une incarnation. > Kostlin, St. 11. Kr., p. 438. — 3. 1559. II, xil, 4. — 4. Ibid., 6. — 5. Ibid., 5. — 6. II, XIII, 3, 4- — 7. II, XVI, 2.

tout ce qui est en nous mérite d'être haï de Dieu, Dieu, « par sa bénignité, y trouve encores quelque chose à aimer;» nous restons «ses créatures», qu'il a « créez à la vie. » De telle sorte « qu'il est esmeu par la pure et gratuite dilection qu'il nous porte, à nous recevoir en grâce. » — Il faut donc bien se rendre compte de cette inimitié, de cette colère de Dieu, dont la Bible nous parle. Cette inimitié, cette colère ne suppriment pas son amour.

.( D'une façon admirable et divine, il nous aimoit et hayssoit tout ensemble. Il nous hayssoit, d'autant que nous n'estions point tels qu'il nous avoit faits : mais d'autant que l'iniquité n'avoit pas du tout dcstruit son œuvre en nous, il hayssoit en chacun de nous ce que nous vivions fait, et aimoit ce qu'il avoit fait. ■Voylà les paroles de S. Augustin '. »

Pour être le Médiateur ainsi nécessaire entre l'homme coupable et le Dieu saint, Jésus-Christ devait être « vray Dieu et homme -. »

Il le devait, selon la volonté souveraine de Dieu, c'est-à-dire de ce « Père de toute clémence et bonté, » qui ordonne « ce qu'il nous cognoit estre le plus utile. » Nous ne pouvions monter jusqu'à la majesté de Dieu ; il fallait donc que la majesté de Dieu « descendit à nous ». 'Voilà pourquoi « le Fils de Dieu nous fust fait Immanuel, c'est-à-dire Dieu avec nous; voire à telle condition que sa divinité et la nature des hommes fussent unies ensemble. Autrement, il n'y eust point eu de voisinage assez prochain, ne d'affinité assez ferme pour nous faire espérer que Dieu habistast avec nous '. »

Nous arrivons ainsi au problème de la personne du (Christ : le problème de ses deux natures.

1. II, XVI, 3, 4. — 2. II, XII, I. — 3. Ibid., voir Rr, p. 243- Voir II, xil, 2, un beau développement sur les nécessites religieuses qu'il y avait pour le médiateur à être vrai Dieu et vrai homme.

JEAN CALVIN IV *7

SIXONDE PARTIE

Le dogme des deux natures avant Calvin.

OUR pouvoir comprendre et juger la pensée de Calvin, nous sommes obligé d'indiquer d'abord, aussi brièvement que possible, le milieu dans lequel cette pensée est apparue.

Le dogme des deux natures, — pas plus qu'aucun autre dogme, — ne se trouve formulé dans le Nouveau Testament. Ce qui remplit le Nouveau Testament, c'est le Icmnignage du Christ ainsi que des apôtres, — et ce qui nourrit la piété des premiers chrétiens, c'est le scii/inu'iit, — que Jésus- Christ est le Fils de l'homme et le Fils de Dieu '.

Ce témoignage et ce sentiment étaient de nature à faire réfléchir sur le mystère de la personnalité du Christ et à diriger les réflexions dans un sens particulier.

Inutile de discuter. De plus en plus la critique la plus négative fait remonter les origines, les germes des affirmations de « l'orthodoxie ecclésiastique « jusqu'aux documents pauliniens, johanniques et même synoptiques. Au début, n'y a-t-il pas la parole du Christ lui-même, rapportée par les trois synoptiques : « Comment les scribes disent-ils que le Christ est fils de David? David lui-même a dit par le Saint-Esprit: le Seigneur a dit à mon Seigneur : assieds-toi à ma droite, jusqu'à ce que j'aie fait de tes ennemis ton marchepied ! Puisque David lui-même l'appelle Seigneur, comment est-il son Fils? » (Marc XII, 37.)

C'est donc sans étonnement que nous voyons le dogme des deux natures en Christ indiqué par certaines expressions d'Irénée, étudié par Tertullien, formulé définitivement par saint Augustin : une personne et deux natures. Ce fut tout de suite la théologie occidentale.

La théologie orientale se distinguant, ici comme ailleurs, par des nuances plus ou moins fortes, de la théologie occidentale, était restée plus longtemps

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