I. Bavinck, III, p. 240 et ss
dans le vague d'une terminologie hésitante. Et ce fut le concile de Chalccdoine (45 1) qui fixa le dogme ecclésiastique des deux natures, en repoussant l'hérésie de Nestorius pour qui les deux natures n'étaient que rapprochées extérieurement', et l'hérésie d'Eutychès, pour qui les deux natures étaient intimement confondues*.
1. En réalité, le concile de Chalcédoine posait les termes du problème et ne le résolvait pas. Il terminait une période théologique, mais il en ouvrait une autre : celle des essais de solution. Et facilement on aurait pu prophétiser le caractère général de ces essais.
D'un côté, il y avait deux natures; de l'autre, il y avait l'union de ces deux natures. Or, — comme il est impossible à l'esprit humain de pénétrer les mystères où se cache le mystère des mystères: la nature de Dieu, — il allait être impossible à la théologie de maintenir à la fois l'union des deux natures et l'intégrité de chacune d'elles.
Les essais allaient donc aboutir, soit à compromettre l'une des deux natures pour maintenir l'union, soit à compromettre l'union pour maintenir les deux natures.
C'est ce qui arriva, du concile de Chalcédoine à V Institution chrétienne. Les théologiens de l'Eglise occidentale insistèrent sur la distinction des natures, les théologiens de l'Eglise orientale insistèrent sur l'unité de la personne.
2. La théologie orientale, rationaliste et métaphysiquement mystique, mit l'accent sur la divinité du Christ, sur l'union de la nature divine avec la nature humaine, plus que sur l'apparition historique du Christ. De là le monophysisme ou théorie d'une seule nature en Jésus-Christ. Plusieurs fois condamné, le monophvsisme réapparut toujours, effaçant la distinction entre le divin et l'humain.
Il est bien vrai que pendant ce temps la théologie occidentale maintenait la distinction entre la nature divine et la nature humaine. Mais tandis que l'orient restait impénétrable à l'occident, peu à peu l'occident se laissait pénétrer par l'orient, par son mysticisme métaphysique et cédait à la tentation de diviniser la nature humaine.
3. La contemplation mystique, le donum siiperadditum, la gratia infusa, la transsubstantiation reposent sur ces prémisses, sur le principe que le fini est capable de l'infini {homo dii'inœ natiirœ capax). — Or il faut remarquer que, si cette formule peut avoir un sens excellent, elle en a un aussi qui est panthéiste. Les faits précisément cités et leurs conséquences le prouvent.
La scolastique et la théologie romaine enseignent donc que chaque nature