TROISIEME PARTIE La christologie de Calvin
UTANT notre dogmaticien se préoccupe d'affirmer la divinité et l'humanité du Christ, autant il ne se préoccupe pas de les concilier. Que le Christ soit homme, et qu'il soit Dieu, voilà ce qui importe pour notre salut, pour notre paix : quant aux rapports de l'humanité et de la divinité en Christ, c'est un problème surtout métaphysique. Il ne vient qu'en seconde ligne.
Dès la première édition, Calvin, il est vrai, parle de la communicatio idinmalinn ^ iidiwua^tTjv xoivwvkt). Mais voici en quels termes, plutôt évasifs : « La communication des propriétez {communicatio idiomatum) se prouve par ce que dit saint Paul, que Dieu s'est acquis l'Eglise par son sang.... Dieu n'a point de sang.... Mais d'autant que Jésus-Christ, qui estoit vray Dieu et vray homme, a esté crucifié et a espandu son sang pour nous : ce qui a esté fait en sa nature humaine est improprement appliqué à la divinité, combien que ce ne soit pas sans raison » (impi'oprie, licet non sine rationé).
Et c'est à peu près tout, même dans les éditions ultérieures^. Il n'y aura pas contradiction entre Calvin et la théologie réformée, quand celle-ci repoussera énergiquement la communicatio idiomatum^ au sens précis où l'entend la théologie luthérienne. En réalité, Calvin s'en tient aux formules générales qui affirment l'unité et l'intégrité des deux natures en Christ. « 11 faut ici nous rappeler, dit Kôstlin, la réserve habituelle avec laquelle, pour les questions relatives à la nature de Dieu {gôitliche Dingen), Calvin s'en tient à l'Ecriture et aux formules ecclésiastiques qu'il trouve d'accord avec cette Ecriture. Nous l'avons constaté à propos de la Trinité. C'est son caractère de réfléchir raisonnablement sur ces objets, plutôt que de spéculer et de se laisser aller à des intuitions^. »
Cependant, Calvin écrit un chapitre : Cotnment les deux natures font une seule personne au Médiateur^ chap. XIV. Mais nous n'y trouvons guère ce que la dogmatique actuelle attendrait d'un pareil titre.