‹ Jean Calvin, les hommes et les choses de son temps (volume 4)Chapitre 67 sur 149 · Schneckenburger, II, p. 228. — 2. Jbid., p · texte numérisé non relu

Schneckenburger, II, p. 228. — 2. Jbid., p

.'1. Œhler, p. 427. — Voir Bavinck, III, p. 291-297. — Un des théologiens modernes, dont l'esprit a été le plus subtil, et la critique la plus subversive, Colani, le directeur de la fameuse Rfviie de Strasbourg [Revue de théologie, 1855: « De la personne de Jésus Christ. Etude critique des systèmes orthodoxes, > p. 349-370), s'est livré sur ce dogme des deux natures à un de ses travaux habituels et remarquables. Il aboutit à cette triple conclusion : ou bien le système dualiste, catholique ; ou bien le système d'apothéose, luthérien ; ou bien le système spiritualiste, réformé. Ici, cependant, il ajoute : < défiguré par un reste de dualisme. > Au surplus, il avoue que, à son exposition des deux systèmes protestants, il serait facile d'opposer < une foule de passages qui la contrediraient. > Mais il dit ce qu'il croit comprendre. — Ces jeux, d'une dialectique éblouissante, dont on a tant abusé depuis, ne nous fascinent plus. Nous notons : i» Colani n'est pas de ceux qui reprochent aux Réformateurs de n'avoir rien innové en dogmatique : « Notre vieille dogmatique orthodoxe fait voir, dit-il, à tout homme non prévenu un immense progrès sur les systèmes antérieurs « (p. 363). C'est ainsi, qu'au dire des adversaires de « l'orthodoxie >, cette « orthodoxie » tantôt a reproduit servilement la théologie du moyen âge, et tantôt l'a totalement révolutionnée ! — 2° Colani confirme, à sa manière, notre façon de poser la question: ou le maintien des deux natures comme un problème non résolu, ou l'absorption d'une nature par l'autre. — 3" Colani insiste sur l'affirmation par Calvin de l'humanité du Christ. Et, selon son procédé, il insiste tellement que l'affirmation de la divinité du Christ n'apparaît plus que comme une contradiction plus ou moins négligeable. A propos du Coinnieiitaire sur Mat. XXVII, 4b, Colani dit : « Le Christ a connu le doute, » et plus loin : « Nous dirions qu'il prie en doutant et qu'il doute en priant, . malgré la déclaration formelle de Calvin : « La foy de Christ est demeurée sans blessure. . Colani peut alors conclure : « Ce passage est à nos yeux un des plus grands titres de gloire de Calvin.... L'orthodoxie catholique et luthérienne a toujours traité de blasphème cette page de notre Réformateur . (p. 367)- — Je ne sais si l'on peut ranger Bolsec parmi les représentants de l'orthodoxie catholique, mais c'est bien Bolsec qui avait été un des premiers à exploiter le célèbre passage dont nous venons de parier. Voici comment s'est exprimé l'apostat calomniateur ;

Chap. XXIII : De la fausse doctrine de Calvin: « Je ne croy pas qu'il s'en puisse trouver un qui plus absurdement et malheureusement aye cscrit et parié de Dieu et plus osté l'honneur de nostre Seigneur Jésus-Christ que Calvin.... Calvin a regratté et rafraichy l'hérésie de Manès. >

Chap. XXIV : De l'injure que Calvin a fait à nostre Seigneur Jésus-Christ lorsqu'il a nié sa Divinité : . Calvin affirme que nostre .Seigneur Jésus-Christ eust si horrible frayeur de la mort qu'il tomba comme en désespoir et qu'il doubla d'estrc englouty de la mort.... Si le chef auquel consistoit la perfection de la foy, et de l'asseurance, laquelle nous devons avoir sur les promesses de Dieu, a douté, tremblé et chancelé, combien plus doyvent douter et estre mal asseurés les membres débiles et infirmes? .

Chap. XXV: Quelle est la créance de Calvin touchant la descente de Jésus-Christ aux en/ers: < Calvin Ta voulu .supprimc~r et cacher par malice diabolique, ou par une ignorance trop lourde, ou par les deux ensemble.... traduisant ce mot : il est descendu aux Enfers : il a esté mis au sépulchre. Et parce qu'il fut reprins, dès l'an 1552, par quelque personnage qui luy reprochoit que sa battologie estoit trop déshonneste et vicieuse, et que c'estoit assez dit au symbole : il a été mort, et ensevely, sans y adjouster, a été mis au sépulchre, il a supprimé les premiers catéchismes tant qu'il a peu, et l'an 1562, furent r'impr.mez, et en ces dernières éditions, il ne fait aucune mention de cette descente de nostre Seigneur, pour cacher les énormes sentences par luy mises aux premières éditions. En quoy il montre sa malice diabolique, comme celui qui, avant donné un coup de dague à un autre, cache vistement sa dague, et retire sa main

On peut donc dire, semble-t-il, que la théolooic calviniste a été un retour énergique au concile de Chalcédoine, à la christologie occidentale primitive, celle d'Augustin, de Tertullien, d'Irénée. Elle maintient tout à fait intacts les deux termes du problème : divinité et humanité.

1. C'est le premier caractère, le plus extérieur de cette théologie.

Or, en théologie, ce qui me paraît important, c'est le problème beaucoup plus que sa solution, ou, pour parler plus exactement, c'est la façon dont le problème est posé. Aucun des termes du problème n'cst-il oublié, méconnu, nié ? Voilà l'essentiel.

Quant à la solution,... tant mieux, évidemment, si la théologie la trouve. Mais si elle ne la trouve pas, il n'y pas lieu de s'en préoccuper outre mesure. D'autant moins que l'on peut très bien avoir cette pensée : le problème est de telle nature que l'homme est incapable de le résoudre. L'homme ne le résout, en apparence, qu'en supprimant quelque donnée du problème, c'est-à-dire en faussant le problème. En réalité, on peut classer les théologiens en deux classes: ceux qui posent bien le problème et ne résolvent pas; et ceux qui le résolvent, mais le posent mal.

Les premiers peuvent être appelés orthodoxes, les seconds hérétiques.

C'est en ce sens que, revenant au concile de Chalcédoine, et, posant à nouveau dans leur intégrité les termes du problème, Calvin s'est montré orthodoxe.

2. Mais voici un second caractère, intérieur et plus important peut-être. Pourquoi Calvin maintient-il ainsi les deux termes du problème, refusant de sacrifier l'un à l'autre? On dirait aujourd'hui: à cause de son expérience religieuse; mais l'on peut dire tout simplement: par besoin de sa piété, de son sentiment religieux, lesquels ne trouvent leur pleine satisfaction que dans la pleine révélation biblique.

Kôstlin a très bien mis ce fait en lumière, comme nous l'avons dit plus haut : « Dès l'édition de 1541, écrit-il à propos de la Sainte Cène, Calvin a une préoccupation « vraiment religieuse » ieiii echt religiôses Interesse), c'est qu'avec la vraie chair du Christ glorifié, ne disparaisse aussi l'espoir de la résurrection de notre propre chair.... C'est là ce qui caractérise la christologie de Calvin '. » —

en son seing, feignant n'avoir fait le coup. > Histoire de la vie de Jean Calvin par M. Hierosime Hermès Bolsec, 1582, p. 41», 46''. (Les titres des chapitres sont d'une édition ultérieure.)

Calvin a eu des calomniateurs luthériens non moins acharnés que ses calomniateurs papistes, en particulier un nommé Schlusselbourg. Et l'accusation d'arianisme a été souvent répétée contre lui, en particulier dans la légende d'un pamphlet-placard, intitulé : « Le pourtrait de Jean Calvin, sodomit, cautérisé, etc.,> par Joseph Felman. (Voir notre Iconographie calvinienne, p. 146.) On y lit, entre autres, cette citation de Stancar: « Quel dial)le, ô Calvin, t'a séduit de blâmer le Fils de Dieu avec Arius ? Garde-toy, Lecteur chrestien, et principallement vous tous Ministres, des livres de Calvin, iirincipallement es articles de la SS. Trinité, de l'Incarnation; car ils contiennent une doctrine impie, et blasphèmes ariennes; de sorte qu'il semble que l'âme de Servet, brusié, selon l'enseignement de Plato, s'en est transportée dans le corps de Calvin. > — 1. Kostlin, p. 440.

C'est aussi la conclusion de Schneckenburger : « Evidemment, dit-il, cette christologie ne s'est pas formée de haut en bas, mais de bas en haut. Tout en conservant les formules christologiques et trinitaires de l'ancienne Eglise, elle s'est efforcée de tenir compte des besoins religieux de la piété et des besoins critiques de la raison : clic a maintenu la personnalité historique du Kédempteur Jésus de Nazareth, sans rien de fantastique'. »

Il suffit d'écouter Calvin lui-même, disant : « D'un nombre infini [de tesmoignages^ qu'on pourroit amasser, il nous est utile de choisir principalement ceux qui peuvent servir nos âmes en foy et en vraye fiance de salut -. » Du reste, voici sa pensée avec tout son développement. Nous nous bornons à souligner certaines lignes :

« Par ce mot de C/iûii\ sainct Paul exprime qu'il a esté vray homme, et qu'il a vestu nostre nature : mais, cependant, par ce mot Manifesté^ il monstre qu'il y a deux natures. Tant v a néantmoins qu'il ne faut point imaginer un Jésus-Christ qui soit Dieu, puis un Jésus-Christ qui soit homme : mais il faut que nous le cognoissions luv seul Dieu et homme. Distinguons tellement les deux natures qui sont en luy, que nous cognoissions : Voilà le Fils de Dieu qui est notre frère

» Car si nous ii'ai'oiis ce secret dont parle sainct Patil^ que sera-ce de nous ? Car nous sommes tous enfans d'Adam : nous voilà donc maudits, nous sommes en l'abysme de mort; brief, nous sommes ennemis mortels de Dieu, et ainsi il n'y a plus que condamnation et mort en nous, iusques à ce que nous cognoissions que Dieu nous est venu chercher; et pour ce que nous ne pouvions monter à luy, qu'il est descendu à nous. Jusques à ce que nous ayons co^niu cela, ne somines-nous point plus que misérables ?...

■>■> D'autre part, quand nous voyons qu'il y a une telle maiesté en Dieu, comment osons-nous approcher de luy, attendu que nous sommes pleins de misères? Il faut donc que nous venions à ceste union de la maiesté de Dieu avec la condition humaine. Et ainsi, en tout et partout, jusqu'à tant que nous ayons cognu la maiesté Divine qui est en Jésus-Christ, et l'infirmité de l'homme qu'il a prinse en nous, il est impossible que nous ayons nulle espérance, que nous puissions recourir à la bonté de Dieu et avoir la hardiesse de l'invoquer et retourner à luy ; brief, nous sommes du tout rejette^ du Royaume céleste, la porte nous est close, et ne pouvons en approcher en façon que ce soit....

» Et, au reste, comment sera-il possible que nous ayons nostre vie en luy, sinon qu'il soit nostre Dieu, que nous soyons maintenus et préservez par sa puissance r Comment nous pourrons-nous fier en luy? car il est escrit : Malheur sur l'homme qui met sa foy en la chair, ou au bras de l'homme, ou en la créature. Après, comment pourrons-nous estre retirez de la mort, sinon par la vertu infinie de Dieu ? Car c'est à luy que les issues de la mort appartienent, comme il est dit au Pseaume? Nous voyons donc, encores que l'Escriture ne rendist nul tesmoignage de la Divinité de Jésus-Christ, qu'il est impossible que nous

1. Voir Theol. Jahrb., 1848, p. 97; aussi p. 94- — -• H, Xlll, i.

le cognoissinns pour uostre Saiiuciii\ sinon en luy attribuant toute maiestc Divine, confessans qu'il est le vray Dieu, d'autant qu'il est la sa 2:essc du Père par laquelle le monde a esté créé, et par laquelle aussi il est maintenu en son estât....

» Et de fait, quand sainct Paul nous a voulu donner ci-dessus courage d'invoquer Dieu au nom de uostre Seigneur Jésus, nolamnicnl il l'appelle homme : 11 y a un seul Dieu et un Médiateur. .lésus-Christ, qui est homme. Pourquoy est-ce qu'il nous ramène là, sinon alin que nous puissions en son nom et par son moyen venir privèement à Dieu ; cognoissans que nous sommes frères de Jésus- Christ, qui est son lils unique ? Et, au reste, quand nous chercherions nostre salut hors de nostre nature, que seroit-ce ?...

» Si nous n'avons cesie cognoissance que la faute qui avoit esté faite en nostre nature a esté réparée en la mesme nature, que seroit-ce ? où est-ce que nous pourrions estre ûppuye{ ? Voilà donc comme la mort de nostre Seigneur .lésus ne nous profitera rien, sinon d'autant qu'il a esté fait homme semblable à nous. Et puis, si Jésus-Christ estoit seulement Dieu, ie vous prie, en sa résurrection aurions-nous quelque certitude ou gage que nous devons une fois ressusciter? Bien est vray que le Fils de Dieu est ressuscité. Voire, mais il n'est pas semblable à nous. Or, à l'opposite, quand on nous dit : Le Fils de Dieu ayant prins un corps semblable au nostre, estant descendu de la race de David, ccluy-là est ressuscité : tious concluons hardiment que puisque nostre nature qui est corruptible de soy-mesme, et qui n'a que corruption^ est élevée en la gloire céleste, en la personne de nostre Seigneur Jésus-Christ, desjà nous habitons aux deux, comme sainct Paul en parle en l'épistre aux Ephésiens. Et d'autant plus sont détestables ceu.x qui (Hit voulu anéantir la vérité de la nature humaine en la personne du fils de Dieu.... Et par cela voyons-nous que ce ne sont point des spéculations subtiles, quand on nous parle que Jésus-Christ a vestu nostre chair. Car voilà où il nous faut venir pour avoir une j'raye cognoissance de la foy (comme i'ay desià monstre) qu'il est impossible que nostre fiance soit droitement en Jésus-Christ, sinon que nous appréhendions sa nature humaine; comme aussi il faut avoir cognu sa maiesté, devant que nous puissions mettre en luy la fiance de nostre salut. Au reste, ce n'est pas encores tout ce que nous cognoissions que Jésus-Christ est Dieu, et qu'il est homme, sinon que nous adioustions quant et quant qu'il n'y a qu'une personne en luy —

» Il ne faut donc point que nous meslions ce que Dieu nous monstre au doigt d'un costé et d'autre. Voulons-nous donc bien considérer Jésus-Christ? Contemplons en luy ceste gloire céleste, contemplons ceste essence qu'il a eu de toute éternité. Et puis, venons à sa nature humaine qui nous est là monstrée. Voilà donc pour un item, que nous puissions distinguer en nostre Seigneur Jésus- Christ les deux natures. Et ceci n'est point pour spéculer en l'air, mais il faut que nous le praltiquions pour nourrir nostre J'oy....

» Or, cependant, si faut-il aussi que nous conjoignons ces deux natures en une personne. Quel est donc le Dieu dont parle sainct Paul ? C'est le l'ils de la

Vierge Marie, qui a la vie en soy, celui qui a esté sujet à la mort. Qui est celuy qui a toute puissance ? C'est celuy qui s'est fait foible et débile : celuy qui a porté la punition de nos péchez, est la fontaine de la vie. Il faut donc que nous apprenions d'unir ces deux choses, et non point les séparer. Car si nous forgeons un .iésus-Christ Dieu, et puis que celuy qui a soulfert estant nay de la Vierge Marie, qui est mort et ressuscité, soit un homme à part, que sera-ce?

» Ainsi donc notons bien que ce mot Manifeslé conioint les deux natures, en sorte qu'il faut que nous cognoissions Jésus-Christ, non point double, mais un seul, combien qu'il ait deux natures '. »

Enfin, les deux ultimes résultats de cette médiation sont deux résultats d'une importance inestimable pour la piété. Mlle nous procure la certitude et anéantit tout mérite.

Certitude ! Toutes les fois que les fidèles se disposent à prier Dieu, ils doivent se rappeler que leurs oraisons ont besoin d'être « sanctifiées et consacrées par le sang de nostre Seigneur Jésus-Christ. » Il ne s'agit pas toutefois des « asperges [aspersions] d'eau bénite papale. » Il faut « le prix » qu'a payé notre Seigneur. Mais ayant cela, « nous sommes asseurez et résolus, sçachans bien que Dieu ne rejettera point ce sacrifice, qu'il a déclaré iuy estre agréable, et par lequel il s'est réconcilié avec nous et appointé, voire à perpétuité. Mais si nous ne sommes fondez en la mort et passion de nostre Seigneur Jésus-Christ en priant, il faut que nous soyons en doute et en perplexité- Kt par ainsi toutes nos oraisons seront frivoles et inutiles; comme l'Escriture aussi le monstre, que si nous ne prions en foy et certitude, jamais nous ne profiterons rien -. »

Et pas de mérite! rien « des menus fatras pour appaiser Dieu, comme si on vouloit appaiser la cholère d'un petit enfant avec quelques hochets. » Non ! Nous ne pouvons « acquérir grâce devant Dieu par quelque cérémonie ou quelque fanfare. » Il faut la « rançon » dont parle saint Paul, « le sang de Jésus-Christ, et le sacrifice qu'il a olîcrt pour nous et de son corps et de son àme. Voilà où gist touste notre fiance ^. »

« Donc, apprenons de venir à nostre Seigneur Jésus-Christ, lequel a vestu nostre nature, afin que nous ayons familiarité avec Iuy. Il est homme, afin qu'il ne nous le faille point aller chercher loin.... lu comment cela ? d'autant que Jésus-Christ se conjoint avec nous, et nous appelle ses frères.... Par la grâce et vertu de son S. Esprit, il nous communique toutes ces choses. Il laut que sa mort et résurrection profitent en nous. Car si nous n'avions le S. Esprit, ce seroit en vain que Jésus-Christ auroit souffert. Il est vray que sa mort et passion auroit bien ceste vertu de nous sauver ; mais, cependant, nous en serions privez et exclus. 11 faut donc que nostre Seigneur Jésus-C^hrist, pour faire valoir aujourd'huy en nous le fruict de sa mort et résurrection, nous face participans de son S. Esprit '*. »

i. Sermons sur ta première à Timotlice. Opéra LUI, p. 321-326. — 2. Ibid., p. i?'- — 3. Ibiii., p. 172, 173. — 4. Sermons sur lépitre à Tite. Opéra LIV, p. 577, 578. — De la page 574 à la page 578, il y a ce que Calvin appelle lui-même un < bricf sommaire > du plan du salut.

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