Commentaires. Galates, III
2. < Comment iWiefent) Christ a racheté ceu.x qui sont sous la loi, pour que nous obtenions l'adoption filiale (Gai. IV, 5), Paul nous l'explique (Gai. III, 13) : « Christ nous a rachetés de la malédiction de la loi Ic-z Tïi; y.'ji-:iûu- toû vofiou), ayant été fait malédiction pour nous (yEvoîXEvo; vntp «(«Sv xorâ/ja), car il est écrit: Maudit est quiconque est pendu au bois. > Les mots '/evousvoç 'jTtip r,^iM-j mrioa ne veulent pas dire que Christ personnellement est devenu un maudit, l'objet de la colère divine, puisque, au contraire, en sa qualité de fils sans péché de Dieu, il a été l'objet de l'amour immuable de Dieu [ce sont les propres expressions de Calvin]. Ils veulent dire seulement que Christ a laissé s'abattre sur lui la malédiction de la peine de mort, malédiction suspendue par la loi sur le monde pécheur. En mourant de la mort sur la croix, mort que la loi désignait expressément comme la mort des criminels, il a donné à la loi l'expiation due, que la loi réclame pour le péché. Et parce que le péché n'était pas son péché, mais le nôtre, il a payé cette expiation à notre place [Pfleiderer reconnaît que la substitution est enseignée par saint Paul : Calvin n'a pas dit autre chose, ni plus], et par là il nous a rachetés de la malédiction de la loi qui pesait sur nous. Les mots <jTzp f,u^» ne signifient pas en vérité autre chose que : dans notre intérêt ; mais, avec le contexte, ils reçoivent le sens plus précis : à noire place, comme notre représentant, qui, par sa vie de souffrance, a réparé, a expié la mort, que nous avons méritée par notre péché. C'est ce qui devient très clair par les mots : Christ nous a rachetés de la malédiction de la loi (sÇ^i'/ôpair^ :îpat ix tSç y.ccTipai roO yi^). Ainsi, sa mort était le prix d'achat, ou la rançon, par le paiement substitutif duquel Christ nous a délivrés de la peine du péché. C'est ce qui est dit textuellement (i Cor. VI. 20): « Vous avez été rachetés à un grand prix . {■nyopiTh-.Tz nar,;). Ce prix précieux T.pr, désigne naturellement la mort de Christ.. - Pfleiderer écrit encore : [Il est maladroit de dire que la justice et l'amour de Dieu ont lutté l'une contre l'autrel mais il ne faut pas le nier : ceUe explication, quelque maladroite qu'elle soit dans les termes, est beaucoup plus près du vrai sens de la doctrine paulinienne que l'explication devenue régnante dans la théologie moderne,
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3. Ici viennent les passages si remarquables sur les souffrances expiatoires du Christ. Seulement, ces explications se trouvent rattachées à l'article du svmbole des apôtres, relatif à la descente aux enfers. KUes nous fournissent un remarquable exemple de la critique historique que pratiquait notre Réformateur.
Parmi les sens du mot /()i\ Calvin en note un dans l'édition de 1550, (ju il avait passé antérieurement sous silence : C'est quand par foi on entend « la saine et pure doctrine quant à la religion. » Ce sens est familier aux auteurs du Nouveau Testament, et « de faict, puisque tous les thrésors de science et sagesse sont cachez en Jésus-Christ, lequel la foy possède, non sans cause ce mot s'applique à toute la somme de la doctrine céleste, de laquelle la foy ne peut estre
séparée '
Dans ce sens dérivé, le symbole des apôtres peut être tenu pour le sommaire de la foi. Mais, en réalité, ce symbole désigne, en bref, lobjet de la foi. Cet objet nous est indiqué par l'I^Jvangile, et le symbole dit ce que « la foy doibt principalement regarder en iceluy Evangile ^. »
« Je le nomme des apostres, dit Calvin, ne me soucyant pas beaucoup qui en a esté Tautheur. Certes d'un grand consentement il a esté attribué aux apostres par les Anciens, soit qu'ilz estimassent qu'il avoit esté escrit par eulx en commun, ou bien, pensantz que ce feust un recueil de leur doctrine digérée par quelques autres, ilz luy ayent voulu donner auctorité par ce tiltre-'. Quoy qu'il soit, je ne doubte nullement, de quelque part qu'il soit procédé, qu'il ayt esté dez le premier commencement de l'Eglise, et mesmes dez le temps des apostres, receu comme une confession publique et certaine de la foy. Et n'est pas vraysemblable qu'il ayt esté composé par quelque particulier, veu que de tout temps il ha eu authorité inviolable entre les fidèles. Ce qui est le principal, nous est indubitable, à sçavoir que toute l'histoire de nostre foy y est brièvement et en bel ordre
et en particulier dans l'école de Ritschl, d'après laquelle, pour la réconciliation, il n'était besoin d'aucune expiation, parce que Dieu est seulement amour. Cette idée n'est pas seulement une déformation formelle de la doctrine de Paul, elle en est une contradiction absolue .. - « En particulier, la théologie moderne, avec sa forte tendance antinomiste, fera bien d'apprendre à l'école du grand apôtre que Dieu, qui dans les évangiles se révèle comme l'amour qui pardonne, n'est pas, comme Marcion le soutenait, un autre, mais le même Dieu qui, dans l'Ancien Testament, s'est révélé comme le saint d'Isracl. » (Otto Pfleiderer, Der Pmiliiiismus, 1890, 2= édit., p. 135, 142, 143, i59-)— Ainsi Calvin et Ptleiderer sont absolument d'accord sur la pensée exacte de saint Paul, Calvin qui l'accepte et Pfleidcrer qui la rejette. -^ Et nous pourrions citer Hoitzmann, Lchrbuch der uciitestaïuentlichen Théologie, 1896, II, p. 97, 100, 117. Il répète mot à mot Pfieiderer. 11 estime que saint Paul « continue une ligne qui était déjà tracée dans la conscience religieuse de la communauté primitive. » Il parie « d'expiation, de mort substitutive, > et insiste sur ce fait capital que, chez saint Paul, l'élément de la justice et l'élément de l'amour, l'élément objectif et l'élément subjectif, se mêlent continuellement et se confondent : •< L'explication subjective et morale de 1 œuvre de la rédemption n'est pas placée au-dessus ni au-dessous de la conception objective et juridique. Depuis le commencement jusqu'à la fin, les deux conceptions sont parallèles et parfois elles s'entrecroisent. •
I. 155g, III, II, 13.-2. Br, p. 212. « A quelles choses il nous faut arrestcr pour obtenir salut en Jésus- Christ. • II, XVI, 18. — 3. 1559: < Soit qu'ils ayent voulu authoriscr la doctrine, laquelle ils sçavoyent estre provenue d'eux, et fidèlement baillée de main en main. » II, xvi, 18. Ibid.
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comprinse ', et qu'il n'y a rien contenu qui ne soit approuvé par certains tcsmoi gnages de TEscriture. Laquelle chose congneue, il n'est ja besoing de se beaucoup tormenter qui en a este Tautheur, ou d'en combatre avec les autres; sinon possible qu'il ne suffist point à quelqu'un d'avoir la vérité du S. Ksprit résolue; mais qu'il voulsist entendre pareillement par quelle bouche' elle auroit esté dénoncée ou par quelle main elle auroit esté cscrite '. »
Aujourd'hui que la critique historique la plus sûre, la plus scientitiquc, lait remonter la première rédaction du symbole (texte dit romain) au commencement du second siècle, sinon à la fin du premier, Calvin n'aurait pas besoin de s'exprimer d'une manière fort différente.
II témoigne de la même liberté et de la même exactitude à propos de l'article même sur la descente aux enfers : « Par les escrits des anciens, il semble que cest article n'ait pas esté du tout en usage commun par les Eglises. » 11 n'en contient pas moins « un mystère grandement utile ». (Jn peut conjecturer « qu'il a esté tantost après le temps des apostres adjouté, » et que « petit à petit il est venu en usage. » Du reste, « ce n'est pas chose de grande conséquence, de sçavoir par qui et en quel temps ceste sentence a esté insérée au symbole. » 11 suffit i]u"il soit indubitable « qu'il a esté prins de ce que doyvent tenir et sentir tous vrais fidèles. »
Aussi bien n'y a-t-il nul des Pères anciens qui ne face mémoire de la descente aux enfers, combien que ce soit en sens divers *. »
Et ici se place une exposition particulière. Devant Calvin, au seizième siècle, se dressait la doctrine catholico-romaine du Purgatoire, des Limbes, doctrine si funeste à la piété. Notre Réformateur ne pouvait pas ne pas*la repousser énergiquement. Or elle semblait s'appuyer sur cet article du symbole. Il ne faut point, dit-il, parler ici de limbes, et, pour « colorer ceste fantaisie, tirer par les cheveux quelques tesmoignages. » Ce n'est pas qu'avec son grand sens e.xégétique Calvin n'entrevoie le sens exact. Dans cette « fable », dit-il, il y a une part de vérité. « Je confesse volontiers que .Jésus-Christ a esclairez [les âmes des Pères qui estoyent ja auparavant décédez] en la vertu de son Flsprit, afin qu'ils cognussent que la grâce qu'ils avoyent seulement goustée en espoir, estoit manifestée au monde. Et n'est pas impertinent d'applicquer à ce propos la sentence de S. Pierre. où il dit que Jésus-Christ est venu et a presché aux esprits qui estoyent, non pas (à mon advis) en une prison, mais comme faisant le guet en une tour. Car •le fil liu texte nous mène là aussi, que les fidèles qui estoyent morts devant ce temps-là, estoyent compagnons avec nous d'une mesme grâce, veu que l'mtention de l'apostre est d'amplifier la vertu de la mort de Jésus-Christ, en ce qu'elle est parvenue jusques aux morts ^.... »
1. 1559 : < Toute l'histoire de nostre foy y est briefvement racontée en tel ordre et distinction qu'il ne nous faut chercher d'avantage. . M/. - 2. 1559 : ♦ Sinon que nous soyons si difficiles à contenter, que ce ne nous soit point assez d'estre enseignez par l'Esprit de Dieu en la vérité infaillible, si nous ne sçavons de quelle bouche elle a esté proférée ou de quelle main elle a esté escrite. > - '1. B'", p. 213, 214. — i. II, XVI, 8. — a. II, XVI, 9.
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Mais cette explication léc^itime, ajoutée en i559, et qui paraît à Calvin l'explication du symbole, risquait (cette crainte n'était pas interdite) de favoriser la doctrine des Limbes et du Purgatoire. Alors, «laissant à part le symbole», Calvin cherche une explication plus certaine de la descente aux enfers. 11 la trouve dans l'affirmation spéciale des souffrances de Christ expiant les péchés de l'humanité.