‹ Jean Calvin, les hommes et les choses de son temps (volume 4)Chapitre 8 sur 149 · L HONNEUR DE DIEU · texte numérisé non relu

L HONNEUR DE DIEU

ne s'assujettiront d'une franche dévotion à luy ; qui plus est, s'ils ne niellent en luy loiite leur félicité, jamais ne s'y adonneront en vérité et rondeur'. »

Amour de Dieu; cœur; tendrement nourris sous son soin paternel; ne désirer que Dieu; mettre en lui toute sa félicité.... quelle inépuisable abondance d'expressions affectueuses, touchantes, tendres ! Oui, mais voici le sentiment supérieur à tous les sentiments : la souveraineté de Dieu. Après le Deo gloria, voici le soli Deo gloria : « Il ne suffira point de savoir en confus qu'il y ait quelque Dieu qui mérite d"estre seul adoré, si nous ne sommes aussi persuadez et résolus que le Dieu que nous adorons est la fontaine de tous biens (fontem omnium bonorum) afin de ne rien chercher hors luy {quid alibi). Voicy mon intention : c'est que non seulement, ayant une fois créé ce monde, il le soustient par sa puissance infinie, il le gouverne par sa sagesse, garde et préserve par sa bonté, et sur tout a le soin de régir le genre humain en justice et droiture, le supporter par sa miséricorde, l'avoir sous sa protection ; mais aussi qu'il nous faut croire qu'il ne se trouvera ailleurs (nusquam) qu'en luy une seule goutte [gutta] de sagesse, clarté ou justice, vertu, droiture ou vérité, afin que, comme ces choses découlent de luy, et qu'il en est la seule cause, aussi que nous apprenions de les attendre toutes (oninia) de luy, et les y chercher, et sur cela, que nous apprenions de luy rapporter le tout et le tenir de luy avec action de grâces {omnia ab ipso expectare et pelere). Car ce sentiment des vertus de Dieu, est le seul bon niaistre et propre pour nous enseigner piété, de la quelle la religion procède ". »

Disons tout en un mot : pour Calvin, la religion et la piété sont une seule et même chose ; la religion, c'est la piété ^

Nous avons à peine effleuré une prétendue question de méthode et, — tellement cette question est importante, — nous avons déjà pénétré jusqu'au plus profond du système calviniste et des discussions qu'il soulève. Malheureusement (nous pardonnera-t-on la présomption de cette observation préalable?) nous nous heurtons à un malentendu presque universel. On s'est demandé laquelle des deux méthodes Calvin avait suivie, et on a oublié que ce que Calvin présente comme deux méthodes, ce ne sont pas les deux méthodes de notre scolastique ; que, loin de les distinguer, il les a unies étroitement ; et que dès lors vouloir faire rentrer ï Institution dans le cadre des Dogmatiques habituelles, c'est fausser ces cadres et violenter cette Institution.

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