Mais revenons à M. Schulze lui-même
Calvin aurait enseigné le pessimisme. Qu'est-ce que le pessimisme ? Il faudrait peut-être tout un opuscule pour le définir. Que telle ou telle pensée de notre Réformateur ressemble à telle ou telle pensée dite pessimiste; que, dune façon générale, les circonstances terribles, les persécutions épouvantables, au milieu desquelles vivaient notre Réformateur et nos pères du seizième siècle, les aient forcés à voir dans la vie présente beaucoup de tristesses et de douleurs, nous ne le nierons pas. Mais qu'est-ce que cela prouve? N'y a-t-il pas un pessimisme chrétien, biblique et même évangélique ? et ce pessimisme empêche-t-il le christianisme d'être une doctrine d'optimisme, la doctrine du plus grand et du seul véritable optimisme que le monde connaisse ? — « Heureux ceux qui pleurent Heureux ceux qui ont faim et soif Heureux ceux qui ?<ont persécutés j>
I. M. Schulze, p. 18. — i. Ibid., p. 8i. — ;i. Albert Ritschl, Gescliiclile des Pietisuimt, 1860, I, p. 76, p. 7$. — Ritschl avait publié le premier chapitre de cet ouvrage déjà en 1S77, dans la Zeilsclirift fiir Kirrh.iiireschichte, I'' juillet 1877, I, p. i et ss.
CALVIN ET l'aSCÉTISMK Soy
Et, après ces paroles et d'autres du Christ lui-même, tout lecteur du Nouveau Testament ne peut-il pas spontanément citer autant de textes que l'on voudra, — paroles de saint Paul, paroles de saint Jean, sur le Renoncement, sur la Croix et sur la Méditation de la vie à venir ? « Nous gémissons, dans cette tente, désirant avec ardeur d'ctrc revêtus de notre habitation céleste. » (2 Cor. V, 2.) — « Nous sommes citoyens des cieux, et c'est de là que nous attendons notre Sauveur. » (Philip. III, 20.) — « Christ est ma vie et la mort m'est un gain... Je suis pressé des deux côtés, mon désir étant de partir et dctre avec Christ, ce qui est de beaucoup le meilleur. » (Philip. I, 21, 23.) — « Oubliant ce qui est derrière moi, je m'élance vers ce qui est devant moi, je cours vers le but, pour obtenir le prix de la vocation céleste de Dieu en Jésus-Christ.» (Philip. 111, 14.) — « Nous ne regardons pas aux choses visibles, mais aux invisibles; car les choses visibles ne sont que pour un temps, mais les invisibles sont éternelles. » (2 Cor. IV, 17, 18)'.
On pourrait du reste se borner à montrer que, en bonne logique, l'ascétisme catholico-romain ne saurait trouver place dans le protestantisme de la Réformation. Car l'ascétisme du moyen âge suppose une opposition entre la nature et la grâce, et la Réformation nie cette opposition. Pour la Réformation, ce qui est opposé à la grâce, ce n'est pas la nature, c'est le péché. Grande différence " !
Le catholicisme-romain estime que la grâce {graiia excitans) élève nos facultés non pas seulement moralement {moraliter), mais physiquement (physice). Il y a ici quelque chose qui dépasse tout l'ordre naturel {totuin ordiiieiu imliiralem transcendens). La grâce infuse [infusa) produit cet effet d'une façon encore plus forte et nous élève complètement dans l'ordre surnaturel {supranaturalis). Et si la grâce a pour effet d'élever [ut elevet) et de guérir (ut saiiet), c'est le premier effet qui est le principal {mumis elevandi est principale). La Réformation a précisément rejeté cette mystique néo-platonicienne, et, dans sa dogmatique, l'opposition physique entre le naturel et le surnaturel fait place à l'opposition morale entre le péché et la grâce. L'image de Dieu en l'homme n'est point un donum superadditum, c'est une partie de sa nature. Il s'agit non pas de mu-
1. On n'est pas étonné d'arriver à constater que, pour nos critiques de l'ascétisme calviniste, l'apôtre saint Paul se trouve être, en définitive, le premier docteur catholique et le véritable fondateur du romanisme au moyen âge. La Réformation fait partie du moyen âge, parce que le moyen âge commence avec saint Paul et l'cpître aux Romains. — Mais est-il possible de séparer saint Paul et saint Jean du Christ des Synoptiques? Nos quelques citations montrent que non. et les représentants les plus hardis de la critique négative l'avouent. Un de ces critiques ion pourrait en citer d'autres) a dit dernièrement: < Il fallut remonter à l'Evangile primitif, à celui qu'aucun théologien n'a jamais vu, car il n'a jamais été écrit, mais qu'on proclamait la seule source pure du vrai christianisme, du christianisme de Jésus, de ce Jésus dont les savants savent si peu de choses, dont ils savent surtout qu'il n'était guère ce que les écrivains bibliques prétendent qu'il était, et qu'il n'a pas dit ni fait ce qu'ils racontent qu'il aurait fait et dit..., de ce Jésus qui a cependant eu dans son cœur, dans son âme, on ne sait où, un point caché qui est à considérer comme le siège du vrai christianisme .. (Résumé dune conférence faite en 1909, au Congrès de la Fédéra/ion nationale des Libéraux, par M. le professeur G. 1). Forster, de l'Université de Chicago.)
i. Bavinck, III, p. 471-
3oS LA VIE CHRETIENNE
tiler ou de transformer la nature, mais de la restaurer'. — Ft Ton a pu dire de « l'ordre du salut » selon la Réformation : •« Lunion harmonique entre ce qui est individuel et ce qui est social, entre ce qui est religieux et ce qui est moral, entre ce qui est mystique et ce qui est éthique, est l'avantage distinctif de cette
théorie ■. >•
Ou bien l'enseignement le plus apostolique, le plus évangélique, est néoplatonicien et monacal ; ou bien l'enseignement de Calvin n'est ni néo-platonicien, ni monacal ; il est seulement et authentiquement apostolique et évangélique.
4. On précise : l'enseignement de Calvin est pessimiste, parce qu'il est eschatologique. Eschatologique'^ ! Un des grands mots de la théologie actuelle, et équivoque. Veut-il dire que la félicité du salut existe seulement dans l'autre vie (cela pourrait être pessimiste) ; ou bien que, tout en étant complète dans l'autre vie seulement, la félicité du salut commence à être notre partage dès cette vie (cela ne saurait être pessimiste) ?
Hn tout cas, c'est cette seconde opinion qui est celle de Calvin. Il écrit : « Quant à nous, desjà en ce pèlerinage terrien (in hac quoqiie terrena peregrittatioue), nous cognoissons quelle est la félicité unique et parfaite [nota est unica et perfecta félicitas), mais en telle sorte qu'il faut qu'elle enflambe [la traduction exacte de Calvin est : « cette félicité qui enflambe »] journellement de plus en plus nos coeurs à la désirer {siii desiderio), jusques à ce que nous soyons rassasiez de la plene possession d'icelle (donec plena fruilio nos satiet) '*. » — Il est vrai que pour Schulze, d'après ce texte, il y aurait ici, sur cette terre, seulement connaissance abstraite du bonheur parfait, et, seulement dans le ciel, possession : « Nous ne le connaissons que comme but dans l'au delà {jenseitige Ziel), pour lequel notre désir doit de plus en plus s'enflammer, et non comme objet de jouissance présente "'. »
Cette violente exégèse est absolument contraire à toute la conception antiabstraite de Calvin. Mais il y a plus, et Calvin a pris soin de répéter ailleurs cette même phrase en l'expliquant clairement : « Nous commençons (incipimus) yci à gousler la douceur de sa bénignité en ses bénéfices {divinœ beiiignitatis suavitatem delibare), à ce que notre espoir et désir soit incité à appéter la plene révélation iquo spcs ac desiderium nostnim acuatur ad pletiam ejus revelationem expetendam) '"'. »
Aussi bien M. Schulze est-il obligé de constater l'existence de beaucoup de
\. Bavinck, Ibid., p. 474-479: textes empruntés à deux Dogmatiques catholiques, celles de Hcinrich et de Pesch. — i. Mùller, Synibolik, p. 47S, et n. 30.
3. « Bientôt revient cette idée eschatologique (eschatologische Stimmmtg) que nous avons jusqu'ici rencontrée. » Schulze, p. 37. — « Après tous les textes cités, il n'est plus besoin d'explication pour comprendre que la conception du plan du salut (Heilsveranstaltiing) et la conception même du salut, chez Calvin, sont eschatologiques. » Ibid., p. 48.
i. 1559. m, XXV, 2. — ■). M. Schulze, p. 8. — ti. III, ix, 3. Et encore: « Dieu nous veut exercer ci-bas en l'espérance de la vie céleste, il nous en donne quelque gotist. » Opéra XXXIII, p. 143, 144.
CALVIN ET L ASCÉTISME '3og
textes qui semblent contredire sa thèse : « Il est vrai, dit-il, que la définition de la foi ne contient aucune indication de la vie à venir — Et plus d'un texte qui précède et qui suit semble contredire directement ce qui s'est imposé à nous'. » — La foi cherche Dieu ; la foi est certaine de Dieu. « Peut-on exprimer en termes plus beaux, la possession, la possession personnelle de Dieu, l'abandon confiant à Dieu, le sentiment qu'en lui on est en sécurité, en repos ? Y a-t-il là trace de l'idée eschatologique " ? » — Eh bien ! alors? Ah! voici: Calvin dit quelque part que la principale (prœcipiia) sécurité réside dans la vie future — donc eschatologie et pessimisme ^ !
5. L'enseignement de Calvin est pessimiste, parce qu'il est iiUellectualiste. Schulze reconnaît bien que pour (Calvin il ne sagit pas «dans h foi d'un pur
assentiment » [iiudiis assensus). Cependant, il parle encore de « schéma rationaliste ' »; et affirme avec insistance que, pour Calvin, la foi est d'abord affaire de l'intelligence {illuminatio mentis)^ et seulement en seconde ligne, « quoique inséparablement », affaire du cœur, certitude du cœur ^.
A supposer que ce que dit M. Schulze fût exact, le cœur étant « inséparable » de l'intelligence, pourrait-on parler d'intellectualisme'' ? Au surplus, le lecteur sait ce qu'il faut penser de l'intellectualisme de Calvin.
6. L'enseignement de Calvin est pessimiste, parce qu'il est négatif. Schulze n'ignore pas que trois conceptions au moins, et de très grande importance, sont incompatibles avec le prétendu pessimisme pa'ien et monacal attribué à Calvin : i" la conception de la vie comme une vocation; 2° la conception de la vie comme une préparation au salut, et 3° la conception de la résurrection de la chair. — Un mot, un seul suffit à M. Schulze pour se débarrasser de ces trois conceptions : négatif.
A propos de la première conception : « Calvin semble ici, au premier abord, faire une exception. Je pense à la haute valeur qu'il attribue à la vocation. » M. Schulze reconnaît même que, d'après Calvin, l'on peut seulement ainsi arriver à une organisation une de la vie. — Mais il n'en ajoute pas moins :
). M. Schulze, p. 50. — 2. Ibid., p. 51. — Devant une pareille façon de comprendre l'exégèse et la dogmatique, que faire? Nous renvoyons le lecteur aux paroles de saint Paul et du Christ, déjà citées. — :!. Ibid-, p. 52. — 4. Ibid., p. 68. — 3. Ibid.. p. 69.
6. Calvin (dans un passage déjà cité) montre que les philosophes païens n'ont pas su ce qu'était la « rénovation d'entendement » ; il leur reproche d'avoir déféré à la raison seule le gouvernement de la vie. A cet intellectualisme, à ce rationalisme païen, Calvin oppose le plus profond et le plus réel mysticisme chrétien, celui qui remplace la raison individuelle par le Saint-Esprit, et demande à l'homme de ne plus vivre lui-même, mais de laisser Christ vivre en lui. (III, vu, i.) — Eh bien! c'est justement ce passage que M. Schulze invoque pour montrer que Calvin est platonicien, humaniste, etc. Comment? En réfutant les philosophies païennes, Calvin se sert de l'expression « philosophie chrétienne ». En voilà assez! Calvin est disciple d'Erasme!... « Calvin oppose occasionnellement sa « philosophie chrétienne » avec son principe du Saint-Esprit à toute autre philosophie, celle-ci étant inspirée par la raison. Mais là même, l'absorption {Subsuniiruiiii) du christianisme par l'idcc de la philosophie trahit l'origine intellectuelle de l'homme [c'est-à-dire de Calvin]. Il rappelle la « philosophie chrétienne » du grand humaniste, dont la conception n'était pas inconnue à Calvin, d'Erasme. > Schulze, p. 88.
3io LA VIE CHRETIENNE
« C'est une simple indication, et si l'un y regarde de plus près, on constate que Calvin ne considère la vocation que d'un point de vue essentiellement négatif ^» Il s'agit de poser des limites, des barrières, etc.
A propos lie la seconde conception : « Les explications de Calvin, reconnaît M. Schulze, montrent qu'il sait bien faire quelque chose de cette vie. Devant son iime se dresse un but infiniment haut, un but duquel, ici du moins, il s'efforce dans la mesure du possible de se rapprocher : la mort complète de la chair, la seio-neurie de l'esprit de Dieu sur l'homme.... Pas de découragement!... En vérité, ici souffle un esprit vif, agressif, sans crainte. La vie a cependant un sens : il faut savoir s'en servir pour l'éternité-. » — Tout « cela est vrai », répète M. Schulze. « Et cependant, continue-t-il, on se tromperait si l'on voulait penser que la conception de la vie, et que l'opinion sur la vie est devenue tout autre au fond (gnindsàiilich).... C'est quelque chose d'essentiellement négatif '\ »
1. Il nous faut insister un peu plus sur le dernier reproche par lequel Schulze compte établir le pessimisme calviniste, c'est que Calvin enseigne un ascétisme platonicien.
« Ce fieXezâv iiTzoOvr^axsiv, auquel tout porte le disciple de la sagesse, consiste, d'après Platon, particulièrement, à s'abstenir de tous les désirs et plaisirs du corps, et d'une manière générale de toutes les vives émotions, soit de joie, soit de douleur, soit de crainte. En particulier, Platon signale à plusieurs reprises l'amour des biens et de l'honneur, et l'angoisse de perdre ceux-là ou celui-ci, comme quelque chose d'incompatible avec la dignité du philosophe, parce que tout cela repose sur l'amour du corps. De même en est-il du plaisir du manger et du boire, de l'estime des vêtements, des ornements. Tout cela est à mépriser, dans la mesure où tout cela n'est pas absolument nécessaire. De même et d'une façon générale, il faut mépriser le corps \ »
Ce paragraphe fait partie de trois ou quatre pages qui se terminent ainsi : « La conception de la vie de Calvin ressemble, au point de ne pas s'en distinguer, à la conception ici esquissée essentiellement d'après le Phédon. L'accord va, comme je l'ai montré, jusque dans le détail des expressions et de l'exposition ^. »
Or, à notre avis, ce paragraphe destiné à montrer la ressemblance entre le calvinisme et l'ascétisme platonicien en montre la différence irréductible et l'intime contradiction. A chaque affirmation de Platon, on peut opposer une négation formelle de Calvin. Nous prions le lecteur de se rapporter aux textes cités dans le chapitre précédent.
2. M. Schulze appuie sur certains mots. « Calvin, dit-il, aime particulièrement la comparaison du corps avec une tente (rapidement dressée) ou même
I. M. Schulze, p. 17. — 2. Jbid., p. lo, n. — 3. Ibid., p. la. — 4. Ibid., p. 78, 79. — ri. Ibid., p. 81.
Calvin et l'ascétisme 3ii
avec une prison (au lieu de carcer, il y a aussi ergastulum) '. » (^est vrai. — Il est vrai aussi que Calvin voit dans la délivrance du corps une condition de la délivrance complète du péché. « Il nous reste tousjours beaucoup d'infirmité, ce pendant que nous sommes encloz en nostre corps mortel (mole corporis nostri)-. n
— « Ce pendant que nous habiterons en ceste prison de nostre corps (in carcere corpnris nostri), il nous fauldra tousjours et sans cesse combatre avec la corruption de nostre nature ^. » — Mais ne sont-ce pas là précisément les mots et les pensées de saint Paul ? « Le bien n'habite point dans ma chair. » (Kom. VII, i8.)
— « Je suis charnel, vendu et asservi au péché le ne fais pas ce que je veux,
mais je fais ce que je hais.... Je trouve en moi cette loi: quand je veux faire le bien, le mal est attaché à moi.... Misérable que je suis! Qui me délivrera de ce corps de mort? » (Rom. VII, 14-24.)
Encore une fois, Calvin est paulinien; voilà tout.
Il se sert aussi d'une comparaison pour montrer que nous apercevons « de loing, obscurément, » la face de Dieu, bien que par la fui nous ayons « une cognoissance évidente de sa volonté. » C'est, dit-il, « comme si quelqu'un estant encloz en basse prison n'avoit la clarté du soleil que obliquement et à demy, par une fenestre haute et estroicte; il n"auroit pqs la veue du soleil plene n'a délivre, touteffois il ne laisseroit pas d'avoir la clarté certaine K » — Mais encore une fois ne sont-ce pas là les idées propres de saint Paul : « Aujourd'hui nous voyons comme dans un miroir, confusément, alors nous verrons face à face. » (1 Cor. XIII, 12, et 2 Cor. III, 18.) En effet, les miroirs d'alors ne donnaient qu'une réflexion affaiblie, plus ou moins confuse. — Et pourquoi est-il nécessaire de penser à la caverne de Platon devant laquelle l'homme voit passer des ombres, des fantômes ?
A vrai dire, M. Schulze a oublié de noter le mot le plus méprisant dont Calvin se sert pour désigner le corps. Il vient plus d'une fois dans ses sermons, où Calvin s'efforce de frapper à grands coups de marteau, comme il le dit souvent, sur les âmes dures de ses auditeurs : « Nous sommes enveloppés de nos corps, dit-il, qui ne sont que charongnes ^ »
Mais précisément, comme le nageur se laisse aller jusqu'au fond pour s'élancer, d'un vigoureux coup de pied, et remonter à la surface, de môme Calvin, après être descendu jusqu'au fond du mépris, d'un bond remonte à la glorification de ce même corps. Et c'est là ce que l'on oublie. Charognes, oui ! mais aussi temples du Saint-Esprit ! « Nos corps, dit-il, combien qu'ils soyent povres charongnes, ils ne laissent pas d'estre temples du S. Esprit, et Dieu veut y estre adoré.... Nous sommes les autels ausquels il est adoré, en nos corps et en nos âmes ^. »
Et s'il est vrai que personne n'a plus abaisse le corps, il faut reconnaître que personne ne l'a plus exalté.
1. Schulze, p. 7. — 2. W, p. 85. III, III, 14. — 3. Rf, p. 309- III, m, 20. — 4. B^, p. 195. III, 11, 19. b. Sermons sur le livre de Daniel. Opéra XLI, p. 459. (1. Sermons sur le Deutéronome. Opéra XXVII, p. 19, 20.
3. Mais des mots, passons aux idées. Nous avons vu précédemment que l'image de Dieu n'est pas seulement dans notre âme, elle est aussi dans notre corps : dans notre âme avant tout, et surtout, mais dans notre corps aussi, au moins en quelque mesure.
M. Schulze semble le nier. Quand après avoir dit que, d'après Calvin, «l'image de Dieu a son siège propre (eigentlichen) dans l'âme, » ce qui est exact (Calvin écrit : propria sedes, et encore : primaria sedes), il ajoute que, d'après Calvin, « Osiandcr, qui l'étend aussi au corps, mêle le ciel et la terre ^ » C'est inexact. Ce que Calvin reproche à Osiander ce n'est pas de mettre limage de Dieu dans rame et dans le corps, c'est de la mettre « confusément (protiiiscue) tant au corps qu'en l'àme {lam ad corpus quain ad aiiimam). » Car lui-même, Calvin, la met dans les deux, mais pas confusément, ni autant. L'image de Dieu, écrit-il, « se voit en ces marques apparentes », extérieures de notre forme corporelle, et il n'y a en l'homme « nulle partie, jusqu'au corps mesme, en laquelle il n'y ait quelque estincelle luisante » de cette image divine *.
4. Aussi bien, tandis que l'ascétisme, au sens exact, aboutit au dédain du corps, le calvinisme aboutit à un soin tout particulier du corps, ce temple de l'Esprit.
Le calvinisme fait au fidèle un devoir strict de la propreté et de la santé, dirais-je. Tout au moins est-ce un devoir strict pour le fidèle de faire tout ce qu'il peut pour que son corps soit propre et sain.
Le corps du fidèle doit être propre : « Dieu nous fait la grâce d'habiter au milieu de nous; apprenons donc de cheminer en telle pureté et de corps et d'âme, que principalement les âmes soyent purifiées de toutes meschantes pensées et aflFections; et puis, que les corps soyent aussi maintenus en telle honnesteté que nous ne soyons point endurcis, pour faire beaucoup d'ordures devant les hommes, et que nous n'ayons nulle honte ; car cela seroit pour nous faire mettre en oubli le service que nous devons à Dieu •'. »
Dans le calvinisme, il n'y a pas de place pour les saint Labre, de pouilleuse réputation. Et les peuples calvinistes, les Hollandais et les Ecossais, sont des modèles de propreté.