‹ Jean Calvin, les hommes et les choses de son temps (volume 4)Chapitre 86 sur 149 · CHAPITRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIÈME

La liberté chrétienne.

I. Calvin et Luther. — II. Le juste milieu. — IIL La liberté et la loi. - IV. L'obéissance filiale. — V. L'indifférence des choses extérieures. - VI. Liberté et servitude. — VII. Les deux « régimes . ou « juridictions >.

wm.'gagt HTTE parenthèse fermée, nous revenons à la simple exposition des idées de Calvin, et nous rencontrons le dernier caractère de la « vie chrétienne », à savoir: H la liberté chrétienne». — La liberté chrétienne, spécifie Calvin, est « un accessoire (appendix) de la justification, » et, devant la dernière conséquence de cette grande doctrine, il s'écrie avec ravissement : H Le fruit de ceste doctrine est inestimable : combien (|uc les mocqueurs de Dieu et gaudisseurs s'en mocquent en leurs plaisanteries, pour ce qu'estans hébétez en leur yvrongnerie spirituelle, ils se desbordent en toute énormité *. »

Luther a écrit un petit opuscule sur le même sujet : Le livre de la liberté chrétienne^. Et ces deux traités ont eu des sorts bien différents. Personne ne parle de celui de Calvin ; tout le monde parle de celui de Luther. Une grande revue américaine a dit récemment que toute la théologie morale du Réformateur français ne valait pas un mot seul du Réformateur allemand, à savoir le titre de son traité ^ ! — Une comparaison des deux opuscules sera instructive.

I. III, XIX, I (ajouté en 1559). — 2. Le livre de la liberté clirélieiiiie du docteur Martin Luther avec lépitre dédicatoire au pape Léon X et une notice historique par Félix Kuhn, 1879.

.3. . Quant à la reconstruction intellectuelle et philosophique de la morale (o/et/iics). le calvinisme n'a pas laissé autant de trace que ne la fait Luther par un seul mot : « la liberté de l'homme chrétien. » Thomas C. Hall : « Was John Calvin a Reformer or a Reactionary, . dans T/ie Hibbert Journal, VI, i, octobre 1907, p. 172.

LA LIBERTÉ CHRÉTIENNE SlQ

La liberté chrétienne, a accessoire (appendix) de la justification, » nous en fait «comprendre la vertu' ". Rt en effet elles sont inséparables comme la cause et l'effet. Notre justification est notre libération.

C'est naturellement la pensée fondamentale de Luther, dont le petit livre traite constamment les deux sujets, justification et liberté : « La foi en ("Jinst est un incomparable trésor; elle porte avec soi la délivrance". » « Le chrétien est un homme libre et maître de toutes choses ; et c'est par la foi seule qu'il parvient à cette gloire ^ » — On peut dire que le livre de la liberté chrétienne contient en résumé les matières que Calvin traite dans son chapitre sur la liberté chrétienne, et dans ses chapitres sur la justification par la foi, et même dans ses chapitres sur la vie chrétienne : la justification par la foi étant la cause, et tout le reste étant l'effet.

Cette liberté chrétienne, continue Calvin, a deux sortes d'adversaires : ceux qui n'ont jamais assez de liberté, et ceux qui ont peur d'en avoir trop. — Les premiers sont « les mocqueurs de Dieu et gaudisseurs, » qui « laschent la bride à leurs concupiscences. » Les seconds « pensent que tout ordre, toute modestie et discrétion des choses » risquent d'être « renversés ». — Selon son habitude, Calvin va indiquer le juste milieu « dans ce destroict » (angiistiis)''. Lxactement comme Luther qui, après avoir parlé des hommes tournant « la liberté chrétienne en licence » et des hommes cherchant leur salut « dans l'obéissance et la soumission aux cérémonies religieuses, » ajoute : « C'est avec une grande raison que saint Paul condamne ces deux opinions extrêmes et nous enseigne à marcher dans une voie moyenne ^ »

Le premier point de la liberté chrétienne est celui-ci : la foi place le fidèle au-dessus de la loi.

Ici, surtout, on a l'habitude de croire à une opposition complète entre Luther et Calvin. Nous avons vu que, en effet, il y a entre eux une assez grande différence. Calvin maintient tout autrement que Luther la valeur permanente de la loi pour le chrétien.

D'autant plus remarquable est le fait que Calvin ne se croit pas moins en droit d'affirmer, tout comme Luther, que la justification par la foi libère — on comprend maintenant en quel sens — le chrétien de la terreur, de la crainte de la loi. Calvin dit même : de la loi.

Luther : « Le juste est au-dessus de toute loi''. » Et Calvin : « La première partie est que les consciences des fidèles, quand il est question de cercher

1. 1559. III, XIX, I. — 2. La liberté chrétienne, p. 28. — :î. Ibid., p. 41 — '*■ V,y, p. 707. III, xix, i. - 5. La liberté chrétienne, p. 68, 69. — 6. Ibid., p. 32-

asseurance de leur justification, se élèvent et érigent par dessus la loy et oublient toute la justice d'icelle. « — Il faut que nous soyons « délivrez d'icelle ; et tellement délivrez, que nous n'ayons nul esgard à noz œuvres. » — « Si les consciences veulent avoir quelque certitude, elles ne doyvent donner aucun lieu à la loy '. » — « Par la grâce de Dieu, les fidèles sont affranchi/ (manuinissi) de la loy, à ce que leurs œuvres ne soient plus examinées à sa reigle*. »

La seconde partie de la liberté chrétienne consiste en ceci : délivrées du joug, de la «nécessité de la loi,» les consciences, qui ne sont plus « contrainctes,... obéyssent libéralement à la volunté de Dieu ^ » — « Si estans délivrées de ce rigoureux commandement de la loy, ou plustost de toute la rigueur d'icelle, les povres âmes se voyent estre appellées de Dieu avec une doulccur paternelle, lors d'une alacrité et franchise de cœur elles suivront où il les vouldra mener. En somme, ceux qui sont captifs sous les liens (jugo) de la loy, sont semblables aux serfz, auxquelz les maistres ordonnent certaine quantité d'ouvrage pour chascun jour; lesquelz ne pensent rien avoir faict, et ne se oseroyent présenter devant leurs maistres, s'ilz n'ont achevé parfaictement tout ce qui leur a esté enjoinct. Mais les enfans, qui sont plus libéralement et doulcement traictez de leurs pères, ne craignent point de leur présenter leurs ouvrages rudes et à demy-faictz, et mesmes ayans quelque vice (inchoata et dimidiata^ aliqitid ctiam vitii habeiitia)^ se confians que leur obéissance et bon vouloir sera agréable au père, encores qu'ils n'avent faict ce qu'ilz vouloient. Il nous fault donc estre semblables aux enfans, ne doubtans point que nostre très bon et débonnayre père [iudulgcniissimo patri) n'ayt noz services pour aggréables, combien qu'ils soyent impartaictz et vitieux {quanlulacunque^ et quantumvis riidia et imperfecta) *. »

Luther, avec son lyrisme mystique, compare l'union du fidèle et du Christ par la foi à un mariage. « Comment se faire une idée assez haute de ces divines épousailles ? Christ, l'époux céleste, s'unit à l'épouse indigente, à la créature souillée ; il la relève de sa misère, il la pare de ses biens. Comment ses péchés la perdraient-ils, puisque c'est sur lui qu'ils reposent maintenant et qu'ils s'évanouissent en lui ? Elle possède la justice de son époux, elle oppose avec confiance cette justice à la mort et à l'enfer^. » — Calvin lui aussi connaît cette « conjonction », cette « union sacrée » (mystica ii)iio)\ pour lui aussi la foi au Christ est un mariage avec le Christ {nos Christo copidat) '^. Sans doute, il n'est pas lyrique; ce n'est pas son tempérament. Mais la vérité n'en est pas moins que tout l'admirable lyrisme de Luther ne produit pas de page plus profonde, dans sa simplicité, dans sa sobriété, que cette description du sentiment de liberté

I. B"-, p. 708. III, XIX, 2. — 2. Br, p. 711. III, XIX, 6. — 3. Bf, p. 709. ni, XIX, .(. — 4, B»-, p. 710. III, XIX, 5. — 5. La liberté chrétienne, p. 34-36. — C Voir plus haut.

enfantine, filiale, pleine de naïveté, d'inr^énuité, éprouvée par Tentant en face de l'amour de son père'.

Le troisième point de la liberté chrétienne touche les choses « indifférentes», les choses « externes » : ici aboutit, ici se manifeste la liberté, avec tout le détail de ses conséquences-. Voici le principe: « La liberté chrestienne nous instruit de ne faire conscience devant Dieu des choses externes, qui, par soy, sont indifférentes, et nous enseigne que nous les povons ou faire ou laisser indifféremment''. » — Lt voici le détail des conséquences, à propos desquelles Calvin et Luther vont s'accorder et comme se suivre de plus près encore, si possible : « Il est aujourd'huy advis à beaucoup de gens que nous sommes mal advisez [inepti) de esmouvoir disputation, qu'il soit libre [de libero usu) de menger de la chair, que l'observation des jours et l'usaige des vestemens soit libre, et de telz fatras, comme il leur semble. Mais il y a plus d'importance en ces choses ! c'est-à-dire en la liberté de ces choses], que l'on n'estime communément. Car puis qu'une fois les consciences se sont bridées et mises aux liens (in laqiieum)^ elles entrent en un labyrinthe infiny et en un profond abysme, dont il ne leur est pas après facile à sortir. Si quelqu'un a commencé à doubter s'il luy est licite d'euser de lin en draps, chemises '% mouchouers % serviettes '^, il ne sera non plus asseurc s'il luy est licite d'user de chanvre ; à la fin il commencera à vaciller s'il peut mesmes user d'estouppes. Car il réputera en soy-mesme s'il ne pourroit pas bien menger sans serviette, s'il ne se pourroit pas passer de mouchouers. Si quelqu'un vient à penser qu'une viande, qui est un peu plus délicate que les autres, ne soit pas permise, en la fin il n'osera, en asseurance de conscience

1. Il vaut la peine de citer ici Kôstlin, d'une manière générale si sage, si modéré, et dont le jugement a pour cela tant d'autorité: ♦ Dans la conception de la vie morale, chez Calvin, ce qui prédomine, c'est un autre côté que chez Luther, bien que certains auteurs modernes soient ici tombés dans l'exagération.... Dans son chapitre sur la liberté chrétienne, Calvin insiste sur ce fait que le chrétien n'est plus sous l'oppression de la loi, que le joug de la loi est ôté, que le chrétien obéit librement. Cependant, dans cette description de la moralité chrétienne, il ne règne pas comme chez l.vXh6i: cet esprit libre et joyeux des enfants réconciliés avec le Père et vivant ici-bas dans l'amour. Dans cette filialité, ce qui est souligné, c'est plutôt l'obéissance ; Dieu et le Christ sont présentés comme des exemples, et la vie chrétienne est surtout considérée comme un renoncement. > (Kôstlin, Studicn und Krilikcn, i86S, p. 466.) — Nous le répétons: L'accent de la parole de Luther est autre que l'accent de la parole de Calvin. Et encore une fois il y a plus de lyrisme, plus de joyeux lyrisme chez celui-là que chez celui-ci. Mais précisément cet esprit libre (laissons de côté le mot joyeux) des enfants réconciliés avec le Père et vivant ici-bas dans l'amour (disons, si l'on veut, dans la pleine confiance de l'amour) que Kôstlin ne trouve pas chez Calvin, est le sentiment que nous venons de constater.

■2. Calvin définit et défend cette liberté dans ses Commentaires : « Le premier est de la jouissance et liberté des choses indifférentes ; l'autre est, de la modération de ccstc liberté, asçavoir que l'usage d'icelle soit compassé selon la règle de charité. > (i Cor. X, 25.) — < Il démonstre combien grand est le pris de ceste liberté, afin qu'ils ne la mesprisent point, comme chose de petite importance. Et certes c'est un bien inestimable, pour lequel il nous faut batailler jusques à la mort.... Plusieurs aujourd'huy disent que nous sommes outrageux, quand ils nous voyent maintenir si asprement la liberté de la foy contre la tyrannie du pape et choses externes. > (Gai. V, i.l

;!. B»', p. 711. III, .XIX, 7. — i. Indusiiim: jupe, tunique de dessous à l'usage des femmes. — u. Sudarium: pour essuyer la sueur ; sudor : mouchoir. — ti. Mantitium (inanus-tela): essuie-main, serviette, nappe.

JEAN CALVIN IV "J'

devant Dieu, menger ne pain bis {cibariinn panent), ne viandes vulgaires, d'autant qu'il luy viendra tousjours en esprit s'il ne pouroil pas entretenir sa vie de viandes plus viles. S'il faict scrupule de boire bon vin (siiai'iori), il n'osera après, en paix de sa conscience, en boire de poulsc ou esventé (l'appam), ne finalement de l'eau meilleure ou plus claire que les autres : brief, il sera mené jusques-là, qu'il fera un grand péché de marcher sur un festu dç travers (super transversam festucam)^. »

« Cette liberté tend à ce que puissions, sans scrupule de conscience ou troublement d'esprit, appliquer les dons de Dieu à tel usaige qu'il/, nous ont esté ordonnez.... et recognoistre ses largesses envers nous-. »

Dans cette revendication de la liberté chrétienne, il y a une tendance antiascétique incontestable, et que nous trouvons plus accusée encore dans un curieu.x passage de sermon. Calvin y explique qu'il est très permis d'avoir des repas d'amis. On en avait à la rue des Chanoines, chez Calvin, et celui-ci se rendait aussi chez ses amis, quand ils l'invitaient à leur tour. Car « le repas de Nabal n'était pas blâmable en soi : la loi divine permet d'inviter ses amis à un festin {convivium) et de les traiter libéralement [liberalius). » « Dieu nous permet de vivre quelquefois plus libéralement, plus somptueusement [laiitiiis) avec action de grâces. » Mais Nabal a péché par excès : « Il faut observer la mesure ; sans avarice, ni parcimonie {tenacitate) ; il faut garder sobriété. » Nabal s'était enivré; il avait détruit, autant qu'il l'avait pu, l'image de Dieu en lui. En effet, l'ivresse nous transforme en animaux immondes [sues), [n Si un homme sent son cerveau débile, et qu'il ne puisse porter trois verres de vin qu'il ne soit surprins, s'il boit sans discrétion, n'est-il pas comme un porceau^» ?] La libéralité de Dieu envers le genre humain est si grande qu'il nous fournit non seulement ce qui est nécessaire à la nourriture de notre corps, mais même ce qui nous apporte abondance et ^\ais\r {juciinditatem). Ainsi le vin a été donné non seulement pour fortifier le cœur de l'homme, mais même pour le rendre joyeux [ad illud exhilaranduni). Il faut donc user des dons de Dieu de façon toujours à faire notre devoir, à invoquer Dieu, à remplir notre vocation. » « Que la gaieté {hilaritas) et la volupté (l'oluptas) que nous procure le vin, ne trouble pas {interturbet) notre culte à Dieu ; mais plutôt que nous soyons, avec toutes nos forces, attentifs [intenti) à observer les préceptes de Dieu. » Sans quoi nous « profanerions » ses dons. L'intempérance est intolérable; « la terre elle-même réclame la vengeance de Dieu, comme si le sang de la terre était témérairement répandu. Donc usons sobrement, avec tempérance, du vin et des autres choses créées, afin que, rassasiés par elles, nous en recevions de nouvelles forces pour mieux remplir toute notre vocation, et pour mieux prêcher les louanges de Dieu '*. »

t. B', p. 711, 712. III, XIX, 7. — 2. Bf, p 713. III, XIX, 8. — 3. Sermons sur le Deutéronome. Opéra XXVI, p. 510. — 4. Homilia XCII in I Lib. Samuel. Opéra .\.KX, p. 564, s^S-

Donc nous sommes libres, à la condition que nos consciences se sachent et se sentent libres. Autrement nous ne le sommes pas. « Sainct Paul submet toutes choses externes à nostre liberté, pourveu que l'asseurance de ceste liberté soit certaine à noz consciences envers Dieu '. » — « On est libre, quand d'une conscience libre on s'abstient -. »

I /essentiel, le point de départ, c'est la liberté intérieure du cœur, détaché du monde, attaché à Dieu, et qui, dans son union avec Dieu, avec la même piété pour Dieu, le même amour pour Dieu, peut accomplir des actes en apparence contraires. Car ces actes extérieurs, relatifs à des choses indifférentes, ce qui leur donne un sens, de l'importance, c'est précisément le rapport dans lequel l'homme est avec Dieu, c'est l'état du cœur de l'homme. l-]t nous en revenons toujours à la même doctrine des Réformateurs, que Luther expose ici magnifiquement, mais pas plus clairement, pas plus profondément que ne l'a fait Calvin.

« Les choses extérieures, dit Luther, ne sauraient créer en lui la justice et la liberté, pas plus qu'elles n'ont la puissance de le rendre injuste ou esclave^. » — « Les œuvres extérieures, quelles qu'elles soient, n'ont pas la puissance d'affranchir et de sauver, car elles ne pénètrent pas dans le centre de la vie. Ce n'est point non plus le péché e.xtérieur, l'action visible, qui rend l'àme coupable, l'asservit et la condamne, mais bien l'impiété et l'incrédulité du cœur''. » — « Derrière les œuvres, il faut toujours chercher le principe qui les fait surgir, la volonté qui les accomplit et qui glorifie Dieu. Ce principe est uniquement la foi du cœur, source, essence de toute notre justice^. »

Calvin reprend tout cela avec son tempérament particulier; et il écrit des pages d'une force, d'un réalisme tel que, on peut le dire, ces pages, bien différentes de celles de Luther, leur sont singulièrement semblables.

« Pourquoy sont maudictz ceux qui sont riches, qui ont maintenant leur consolation, qui sont saoulez isaturati) '', qui rient, qui dorment dedans lict d'yvoire, qui conjoingnent posssession avec possession (agriini agro), desquelz les banquetz ont harpes, lucz, tabourins et vin? Certes, et l'yvoire, et l'or, et les richesses sont bonnes créatures {bonœ creaturœ, créations, choses créées) de Dieu, permises et mesmes destinées à l'usage des hommes, et n'est en aucun lieu deffendu, ou de rire, ou de se saouller [saturari], ou d'acquérir nouvelles possessions [nopas veteribus atque avilis adjiingere), ou de se délecter avec instrumens de musique [concentu' musico deleciari), ou de boire vin. »

Il s'agit seulement d'observer « la reigle de bon usage», « d'user des dons de Dieu avec pure conscience. » Ce ne sont pas les choses qui importent, c'est la

i. Bf, p. 713. m, XIX, s. — i. Bf. p. 715. Ibid., 10. — .'1. Liberté clirétieime, p. 23. — 4. Ibid., p. 27, 28. — 5. Ibid., p. 37. — 0. Le latin dit saturati, et le mot < saoulé » a bien le sens de rassasié. Littré cite cette phrase de Montaigne: < Les choses présentes ne nous saoulent point. > — 7. Concentus, concert.

manière dont on en use. « Soubz du gris ou du bureau habite bien souvent un courao-e de pourpre, et soubz soye et veloux quelquefois est caché un luimble cœur, n Pauvreté, médiocrité, richesse : peu importe. « La loy de la liberté chrestienne,... c'est de se contenter de ce qui est présenté, » c'est de savoir également «porter abjection et honneur, faim et abondance, povreté et opulence». Si cette « tempérance » fait défaut, « les délices mesmes vulgaires et de petit pris passeront mesure'. »

11 serait bien possible que, au premier abord, toutes ces pages provoquassent chez le lecteur un certain étonnement, et qu'il se demandât comment il doit les juger. En effet, nulle part peut-être nous ne rencontrons un Calvin plus inattendu, plus différent du Calvin conventionnel, dont certains protestants s'efforcent encore de perpétuer la légende. Que devient sa fameuse figure émaciée, ascétique, semi-néo-platonicienne, semi-monacale? Et, encore une fois, n'allons-nous pas être ramené au Calvin de Bolsec, ami de la bonne chère et des plaisirs, capable de rendre des points à Rabelais lui-même^?

Dans son second opuscule, le licencié Schulze^ poursuivant sa théorie, d'après laquelle le christianisme de Calvin, — platonisme mâtiné de franciscanisme, — est extra-terrestre, n'a sur cette terre qu'une tendance négative, écrit un chapitre : « Les biens et les devoirs de la vie terrestre en particulier. » Il y répète que, en dépit de tous ses efforts, Calvin ne peut pas arriver « à un usage naturel {unbefangeneu) des choses de cette terve^des Irdischeu),... comme Erasme, dont la formule est : « se servir et non jouir {non friii, sed uti) ^ » — L'honorable érudit, qui entasse les citations, laisse complètement de côté toutes celles que nous venons de faire. Avec prudence ! Que resterait-il en effet de sa thèse et de son hypothèse?

La réalité, c'est que nous avons en Calvin un homme du seizième siècle, de ce siècle oiî l'on n'avait pas peur de trois verres de vin^ et des repas gais et plantureux. Non pas qu'il se soit lui-même laissé aller à d'autres excès qu'à ceux du jeûne. Pour pouvoir travailler davantage, dans sa jeunesse, il s'était très

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