CHAPITRE SIXIÈME
La prière.
I. Les quatre lois. — II. Les encouragements divins. — 111. Intercession du Christ et des saints. — IV. Prière d'actions de grâces. — V. Prières publiques. — VI. Les maisons de prière ou temples. —
VII. Les prières chantées ou cantiques, i. Comparaisons musicales. 2. Le chant et la musique.—
VIII. La prière en langue vulgaire. — IX. La prière de Calvin. — X. L'oraison dominicale, i. Ses parties. Les deux groupes de demandes. 2. Paternité de Dieu. 3. Solidarité de tous les hommes. 4. Prières pour les besoins matériels. 5. Liberté de la prière.
E troisième livre de V Institution traite de la manière de participer à la grâce de Jésus-Christ. La première « manière », c'est la foi, la justification par la foi, qui produit la vie chrétienne, la liberté chrétienne. Mais la foi produit aussi cet autre moyen de participer à la grâce de Jésus-Christ, qui est la prière, conformément à « Tordre mis » par saint F^aul. « Comment invoqueraient-ils celui auquel ils n'ont pas cru ? » iRom. X, 14.) « La foi, dit Calvin, procède de TLvangile, et par icelle nous sommes instruits à prier Dieu'. » — Calvin écrit donc sur la prière un traité complet, théorique et pratiiiue, dogmatique, e.xégétique, religieux et ecclésiastique. Rien n'est oublié; tout y est dit avec cette précision, cette sobriété, qui assurent à la pensée de notre Réformateur une valeur permanente pour tout chrétien instruit. Il est bien évident qu'ici Calvin ne peut que se trouver en communion avec tous les autres Réformateurs. Aussi nous pourrons être bref.
Calvin pose le principe : Tout bien est en Dieu. « C'est une secrète, occulte et cachée philosophie -, laquelle ne se peut entendre par syllogisme : mais ceux-
'• 1543 (■545)- III. >^^. •■ " -■ On voit quel sens Calvin donne à ce mot de • philosophie », et quel tort on a d'y voir une façon de parler intellectualiste et rationaliste.
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33o LA VIE CHRETIENNE
là comprennent ausquelz nostre Seigneur a ouvert les yeux ' ; » et quand on a la foi, impossible de ne pas prier. — Dans ses sermons, il dira : « Nous voions qu'en TKscriture saincte, il nous est parlé quasi en chacun fueillet comme nous avons à prier Dieu. Et pourquoy ?... Il n'y ha rien qui nous soit plus nécessaire que cela, car tout nostre bien y gist et tout nostre salut -. «
Puis Calvin écarte une objection : « Dieu ne congnoit-il point assez sans advertissement, et en quel cndroict nous sommes pressez, et ce qui nous est expédient? » Réponse : Dieu »' n"a pas institué les siens à prier, à cause de soy, mais au regard de nous^. «
N'oublions pas cette autre observation, qui fait justice des accusations souvent portées contre l'individualisme, contre l'étroite et unique préoccupation du salut individuel, qui aurait été la caractéristique des anciens protestants : « Encores quun chacun de nous prie pour sa nécessité particulière, si ne faut-il pas que nous oublions nos prochains, car celuy qui ne pense qu'à soy, il se sépare du corps de nostre Seigneur Jésus-Christ, et, quand il en est séparé, quelle accointance aura-il plus avec Dieu '*. >>
Ensuite Calvin donne ce qu'il appelle les quatre règles ou lois de la prière.
Première loi : Recueillement. — « Que celuy qui s'appreste à prier applique là tous ses sens et estudes, et ne soit point distrait, comme on a accoustumé, de pensées volages ; » et qu'il « ne demande non plus que Dieu nous permet ^. » — « Il fault que le cœur (animus) de tout son effort aspire à un mesme but, et suyve un mesme train. C'est que comme l'intelligence {mentis acies) doibt estre du tout dirigée en Dieu, aussi que l'affection (stiidium et affectio) y soit du tout ravie [serio feratur) *. »
Seconde loi": L'ardeur. — Ceci est ajouté en iSSg. Il faut dans nos requêtes « une ardente affection {ardentem impetitm)^ ... un désir cordial. » Gardons-nous de prier comme ceux qui c barbotent leurs prières par acquit, ou les lisent de leurs livres, comme s'ils faisoyent corvées à Dieu» (ac si pensum solverent), ...qui sont froids en leur cœur comme glace **. » — Il faut « désirer ardemment, voire et désirer obtenir» de Dieu ce qu'on lui i\(iTaa.nû.e {serio animi affcctu exardescunt). Bref, quand nous demandons ce qui concerne la gloire de Dieu, il ne faut pas que « nous le demandions d'une moindre ardeur et véhémence {non minori desiderii fervore et pe/iementia), ... que s'il s'agissait de nos nécessités. » Nous devons, « par manière de dire, avoir faim et soif {esurienda et sitienda) de ceste sanctification ''. « — « Que nos cœurs soient là ravis à Dieu '". "
i. Hf,p. 519. III, XX, I. — -2. Sentions sur le livre de Daniel. Opéra XLI, p. 565. — 3. Bf, p. 520, 521. III, XX, 3. — 4. Sermons sur le livre de Daniel. Opéra XLI, p. 566. — .'>. 1559. III, xx, 5. — i>. Rr, p. 522. — Un peu modifie en 1559. Au lieu de la fin; « Ita mentis studium et affectio in ipsum [Deum] serio feratur, » il est dit: « Ita cordis affectum eodem sequi necesse est. » III, xx, 5. — 7. La seconde loi, en 1559, était la troisième, en 1539, et vicc-vcrsa. — 8. 1559. III, xx, 6. — ii. Ibid., 6. — Tout ce passage est beaucoup plus vif qu'en 1539. (Voir B^, p. 525, 526.) — 10. Sermons sur le livre de Daniel. Opéra XLI, P- 565.
Troisième loi : Humilité. — Il faut « nous démettre de toute cooitation [i56o dit : fantasie], de nostre gloire, despouiller toute opinion de nostre propre dignité, quitter toute confiance de nous-mesmes '. » — « En somme, le commencement et la préparation de bien prier est de requérir merci avec humilité et franche confession de nos fautes. Car il ne faut point espérer que le plus sainct du monde impétre rien de Dieu, jusques à ce qu'il soit gratuitement réconcilié à luy. Et ne se peut faire que Dieu soit propice, sinon à ceux ausquels il pardonne leurs ofiFenses. Parquoy ce n'est point merveille si les saincts s'ouvrent la porte à prier, de ceste clef. » — Nous ne pouvons en appeler qu'à « la miséricorde gratuite de Dieu -. »
Quatrième loi : Confiance en Dieu. — » L'ire de Dieu » et sa « faveur » sont de prime-face choses contraires : pour prier il faut cependant les « conjoindre ». Il faut un « accord de crainte et asseurance ^. » Assurance, car « il ne se peut exprimer combien Dieu est irrité par nostre deffiance, si nous demandons grâce de luy, laquelle nous n'attendons point*. » — « En opposant la foy au mot hésiter, qui signifie autant que perplexité et doute, saint Jacques exprime fort bien ce que la foy emporte ^. »
Aux objections des papistes contre cette assurance, Calvin oppose en outre l'expérience des fidèles et son expérience personnelle : « Silz avoyent quelque vraye expérience et usage [le latin dit seulement : usum]. pour sçavoir que c'est que prier Dieu, ilz cognoistroyent qu'on ne le peut point prier droictement sans estre certain (sine divinœ benevnlentiœ sensu] de son amour et de sa bonté. Or comme ainsi soit que nul ne puisse comprendre [perspicere] la vertu de foy, sinon celuy qui en a la practique en son cœur [qui experimcnto eam in corde sua sentit)., je ne proufiteroye de rien à disputer contre eux, veu qu'ilz monstrent que jamais n'en ont eu qu'une vaine imagination '^. »
Tel est ridéal. Mais Dieu connaît notre faiblesse. Aussi « nostre très bon père » a-t-il ajouté « deux choses, lesquelles principalement nous doivent csmouvoir et inciter à oraison » : un « commandement » et une « promesse '. »
« Nous commandant de prier, par cela il nous argue d'une vilene coutumace, si nous ne lui obtempérons. » Tous les « tesmoignages que nous lisons en l'Escriture, où il nous est commandé de prier Dieu, sont autant de bannières dressées devant nous, pour nous inspirer la fiance de ce faire •*. » — Puis la promesse : « Nous ne pouvons souhaiter rien plus gracieux ni amiable {amabile vel blandum) que quand Dieu est vestu et paré de ce tiltre [le Dieu qui e.xauce les prières], qu'il nous certifie qu'il n'y a rien plus propre à sa nature, que de gra-
1. Br, p. 523. Ibid.. 8. — i. 1559. Ibid., 9. — H. Ibid., 11. — l. Bf, p. 526. — S. 1559. III, XX, 11. — 6- 1543 (1545)- III, XX, 12. — 7. B>-, p. 527. — «. 1559. III, XX, 13.
tifier aux requestes de ceux qui le supplient '. » — « Munis et armez de sa Parole, nous l'osons invoquer Père, puisqu'il nous suggère ce nom tant amiable [quando hoc siiavissimum nomen suggerere nnbis dignatur)^ sans la saveur duquel sa majesté nous estonneroit -. «
Et enfin Calvin, selon son habitude, calme les craintes des consciences sincères et leur rappelle que Dieu se contente de nos intentions, de nos efforts. Dieu exige la perfection, mais sa grâce nous pardonne nos fautes. «Ce que nous avons ci-devant déduit des quatre reiglcs de bien prier, ne doit pas eslre prins en telle rigueur {non ita exigi summo rigore)^ comme si Dieu rejettoit toutes oraisons où il ne trouve point perfection de foy et pénitence avec un zèle ardent et une modération telle à former les requestes, qu'il n'y ait que redire.... » — Le saint des saints est le Père : « Mesmes telle façon de bégayer est supportée de Dieu, et pardonne aussi à notre rudesse et sottise, quand il nous eschappe inconsidérément quelque souhait; comme de faict il n'y auroit nulle liberté de prier, sans telle indulgence ^ »
Remarquons toutes ces expressions si douces, si affectueuses, dictées par ce qu'on appellerait aujourd'hui l'expérience chrétienne la plus intime. Et remarquons en outre qu'elles ont été presque toutes ajoutées en i55g.
Il n'en reste pas moins que tout homme est « indigne de s'adresser à Dieu. » Et voilà pourquoi le « Père céleste » nous a donné son Fils, « pour estre nostre Médiateur et advocat envers luy^ » — « Il est la voye unique, et la seule entrée que nous avons à Dieu ; » il est « constitué pour Médiateur unique par l'intercession duquel le Père nous soit rendu propice et exorable; » il est a intercesseur perpétuel ■'. »
Quant aux saints qui, « décédez de ce monde, vivent avec Jésus-Christ, si nous leur attribuons quelque oraison, ne songeons point qu'ilz ayent autre voye de prier que Christ, qui est seul la voye ; ou que leurs requestes soient acceptées de Dieu en autre nom. » — C'est « très grande bestise, voire mesme rage, de prétendre tellement avoir accès par les saincts que nous soyons distraictz de Jésus-Christ. » Aucun ange, ni aucun diable « n'a jamais révélé une syllabe aux hommes de l'intercession des sainctz, ainsi qu'on la forge. » Ceux qui appellent « telles secondes aydes » se défient de Christ, ou en ont peur, et lui font « grand deshonneur ^. »
La polémique est plus vive en i55g. « Se jettans à genoux devant l'image de sainctc Barbe, saincte Caterine, et semblables saincts forgez à leur poste, ils barbotent Pater noster ^ » Calvin rappelle, à l'encontre de ces « monstres d'impiété lourds et énormes », de ces « vileins sacrilèges, » la défense, faite par le concile de Carthage, « de faire aucune prière à l'autel s'adressant aux saincts*. »
1. 1559, III, XX, 13. — 2. Ibid., 14. — •">• Ib'd., 16. — 4. li', p. 529. Jbid-, 17. — S. Bf, p. 530, 531. Ibid., 19, 20. — 6. Bf, p. 531, 532. Ibid., 21, — 7. Ibid., 22. — >^. Ibid., 22,
Et quant à ceux qui invoquent l'Ecriture et transfèrent aux saints le ministère des anges, il demande « d'où vient doncques une si grande licence à ces vers ou crapaux d'establir patrons et advocats devant Dieu, ceus ausqucls la grâce nen a jamais esté donnée ' ? »
Faut-il donc enlever à ceux qui sont morts « toute affection d'amour, « à eux qui toute leur vie « ont esté si ardans en dilection et piété ? » Calvin répond qu'il ne « \eut point espeluchcr curieusement que c'est qu'ilz font, ou à quoy il/ pensent. » — Sans doute, suppose-t-il. d'une volonté arrêtée, « ilz cerclicnt le royaume de Dieu, qui ne consiste point moins en la confusion des iniques, que au salut des fidèles'; » et alors « leur charité seroit enclose en la communion du corps de Christ ■'. » « Autant qu'il est possible d'en conjecturer, » ceux que Dieu a retirés de notre compagnie n'ont point « communication » avec nous. Et en vérité « qui nous a révélé qu'il/, ayent si longues aureilles, qu'elles s'estendent jusques à noz paroles ? » « Affermer cela, et principalement en telle hardiesse que ces sophistes y vont, qu'est-ce autre chose que vouloir entrer par noz songes estourdis, aux secrez jugcmens de Dieu, sans sa parole '*. »
Jusqu'ici (>alvin n'a parlé que de la prière-demande. Mais la prière a deux parties : « pétition et action de grâces ». Et de toutes les deux nous devons a continuellement user ». Car d'un côté, à toute heure, nous devons sentir « nostre indigence et povreté, » et, de l'autre, « amples et continuelles largesses des bienfaictz de nostre Seigneur redondent sur nous\ » C'est dans ce sens que saint Paul dit de prier sans cesse.
Après la prière « d'un chascun en son particulier, » les prières publiques. « 11 y a heures certaines constituées, qui sont indifférentes quand à Dieu, mais nécessaires quand à l'usage des hommes, à fin qu'on ayt esgard à la commodité de tous, et que, comme dit S. Paul, tout se face en l'Eglise selon bon ordre et concorde^'. » Naturellement aux prières ordinaires on peut toujours ajouter des prières extraordinaires.
Mais ayons soin d'éviter deux défauts : « Les uns, en barbotant force Ave Maria et réitérant cent fois un chapelet, perdent une partie du temps; les autres, comme les chanoines et caffars, en abbayant le parchemin jour et nuit, et barbotant leur bréviaire, vendent leurs coquilles au peuple '.... Une telle garrulité est pour se jouer avec Dieu comme avec un petit enfant**. » Dans l'Eglise, « il ne se doit ouyr autres prières que cordiales {ex corde intima). » — Et puis, « les hypocrites, pour mieux faire leurs monstres, cherchent plusieurs tesmoins, et
1. B , p, 531, 532, Ibid., 23. — 2. B» , p. 534. U'id., 24. — 3. 1543- Ib'd- — i. B»-, p. 535. Ibid., 24. — •ï. Br, p. 537. Ibid., 28. — 6. V,r, p. 538, 539. Ibid., 29. — 7. Vendre des coquilles à quelqu'un, c'est-à-dire se moquer de lui, l'attraper. — 8. Le texte français est un développement du texte latin.
plustost se viendront planter en plein marché, que de ne se faire valoir en leurs prières, afin d'en estre louez du monde '. »
Calvin rappelle le principe : « Le principal de l'oraison gist au cœur et en l'esprit (in mente et aninio), ou mesmes plustost oraison proprement n'est que ce désir intérieur {interioris cordis affcctuni), se convertissant et adressant à Dieu, qui cognoist les secretz des cœurs. » 'Voilà pourquoi le Seigneur nous dit de prier « en nostre chambre ». La « chambre » indique « telle retraicte, qui nous ayde d'entrer en nostre cœur lin cor iiostnini) de toute nostre pensée, nous promettant que, à telles intérieures aflFections de nostre cœur {animi affectibus)^ nous aurons Dieu prochain. » Cela ne signifie pas qu'on ne puisse prier « en autres lieux ». Cela signifie seulement « qu'oraison est une chose secrette, et qui gist principalement au cœur et en l'esprit [in animo) -. »
Pour ces prières « publiques », dans des assemblées « publiques ». il faut nécessairement « des temples députez à les faire'*, » ces temples que Dieu orne d'un titre excellent, quand il les appelle « maison d'oraison » ''. Et le Seigneur a « testifié » que ces prières « manifestes », où deux ou trois sont réunis en son nom, lui plaisent et qu'il les exaucera, pourvu qu'il y ait « vraye et pure aflfection (affectio) au profond du cœur » (/;/ cordis arcano) ^'.
Dans ces temples, nous savons déjà que Calvin interdit les statues et les tableaux. Nous nous bornons ici à indiquer les explications qu'il donne dans ses sermons, à propos du second commandement. « Ce n'est pas une doctrine de trois jours que ceste-ci ; mais elle doit servir en tout temps: Dieu ne veut point estre figuré ^. »
Ce qui est dit de Dieu s'applique à Jésus-Christ, au moins en un sens. « Jésus-Christ est Dieu manifesté en chair. » On ne peut représenter Dieu. Représentera-t-on « seulement sa chair »? « N'est-ce point anéantir ce qui est le principal de nostre Seigneur Jésus-Christ, c'est assavoir sa majesté divine ? Et ainsi quand un crucifix fera la moue dans un temple, c'est autant comme si le diable avoit deffiguré le Fils de Dieu '. »
Mais il ne faut pas confondre Dieu et les hommes. Ce qui ne convient pas pour Dieu, convient très bien pour les hommes, et Calvin préconise la peinture d'histoire et le portrait : « Il y en ha d'aucuns qui sont trop simples en cest endroit, qui diront : il nest point licite de faire image, c'est-à-dire il ne nous est point licite, ce leur semble, de peindre nulle histoire, de faire nul pourtraict. Or l'Escriture saincte ne tend point là, quand il est dit qu'il n'est point licite de figurer Dieu, pour ce qu'il n'ha point de corps : or des hommes, c'est une autre chose •*. »
I. 1559. III, XX, 29. — 2. Bf, p. 539. lbid.,2<). — 3. Rr, p. 540. Ibid., 30. — 4. 1559. Ibid., 29. — .'i. B»', p. 540. Ibid., 30. — I). Sermons sur le Deiitéronoiiic. Of)cra XXVI, p. 150. — 7. Ibid., p. 157. — 8. Ibid., p. 156.
On pourrait même se demander si Calvin n'aurait pas autorisé les tableaux d'histoire dans les temples à une autre époque et dans un autre milieu, et si son interdiction absolue n'était pas due avant tout aux excès commis par les catholiques romains. Il dit : « Quand on mettra des images au temple, c'est desjà une pollution.... Pourquoy est-ce que les papistes mettent leurs images au temple ? Est-ce pour avoir la cognoissance des histoires? Nenni ! Mais voilà des marmousets qui font bonne morgue et semblent qu'ils adjournent les gens pour leur venir faire hommage : tellement qu'une image ne sera point posée en un temple, que quant et quant le peuple ne s'aille là agenouiller et luy taire une espèce d adoration'. »
I. Toutes les règles pour la prière parlée, Calvin les applique à la prière chantée. Le chant « ne proffite de rien envers Dieu, s'il ne vient de l'affection et du profond du cœur- {nisi ex alto cortiis affectu) ».
Suivent ici des développements importants, et comme Calvin est, selon la légende, un grand ennemi de l'art en général et de la musique en particulier, il faut rétablir l'histoire.
Naturellement, nous sommes obligé de renvoyer à tout ce que nous avons déjà dit sur ce sujet, et nous borner à ajouter quelques considérations nouvelles ^.
On ne nous paraît pas avoir remarqué jusqu'ici l'usage si fréquent que Calvin fait des comparaisons musicales. En voici quelques-unes notées, uniquement dans les Sermons sur le Deiitéronome : « Nous ne sommes pas dignes que tout le monde soit réformé et qu'il y ait un accord, une mélodie en religion '*. » — « L'apostre en l'Epistre aux Hébrieux dit que nous ne sommes point venus... en Sina'i pour voir là un feu ardent qui nous estonne,... mais que nous oyons une mélodie gracieuse et plaisante, par laquelle nous sommes accompagnez avec les
anges du ciel ^ » — « Ce seroit comme si nous oyons une chanson qui fust
plaisante à nos aureilles, ainsi qu'il en est parlé en Ezéchiel. Et Dieu sera bien honoré de nous, quand nous aurons dit qu'il a bien chanté. Mais il veut que nous ayons une autre mélodie correspondante à sa voix**. » — « Apprenons donc de chanter à Dieu en telle mélodie que Moyse déclaire ici, c'est assavoir que toute nostre vie s'accorde à nostre bouche ^ » — « Nostre Seigneur dit que nous ne pouvons pas nous esjouyr en sa présence, c'est-à-dire qu'il approuve nostre joye, sinon que ce soit avec toute la maison.... que nous puissions d'un commun accord chanter louanges à Dieu. Voilà donc comme nostre mélodie s'accordera bien *. » — « Dieu ne se contente pas d'avoir parlé, mais il veut que nous accordions comme par mélodie avec luy ''. » — « Qui est-ce qui se trouvera idoine
1. Opéra XXVI, p. 157. — i. Bf, p. 541. III, XX, 31. — 3. Voir Jean Calvin, II, p. 504 et ss., et L'art et le sentiment dans l'oenvre de Calvin, 1902. — 4. Sermons sur le Deutéronome. Opéra XXVI, p. 238. — ?>, Ihid., p. 399. — 0. lbid.,-ç. 538. — 7. Ibid., p. 618. ~ 8. Ibid., XXVIII, p. 265. — 9. Ibid., p. 308.
à ceci ? Quand tous les anges de paradis d'une mélodie et d'un accord voudrovent magnifier Dieu, pourront-ils encore esgaler ceste gloire infinie '. »
Ajoutons ces comparaisons prises dans les Semions sur les épiires à Tiinolhée et j Tiie: « Devant que nous puissions estre disposez pour bien prier, que nous avons ceste fraternité que Dieu nous commande, et ceste union : car il ne nous veut point ouir chacun de nous à part, mais il veut qu'il y ait une résonance et une mélodie en la bouche de chacun -. » — « Dieu pourroit tellement conduire son Eo-lise, que nous aurions une mélodie céleste entre nous. Mais^... » — « Combien y en a-il (de ceux qui viennent au sermon) qui ne demandent sinon qu'on leur chante une musique joyeuse '' ? » — « Les autres voudroyent qu'il n'y eust nulle authorité en la prédication, et que ce fust tout un quand on aura presché, comme qui auroit ouy une harpe, ou une fluste sonner. Et bien ! on aura 1^ aureilles batues, et puis c'est tout^ » — « Le régime spirituel que le Fils de Dieu nous a commandé,... c'est que nous oyons sa parole, tellement qu'il y a un accord et une mélodie entre la foy des frères anciens, celle de tous les éleus de Dieu et la nostre ^ » — « Puisque nostre Seigneur veut qu'il y ait une mélodie entre la doctrine qu'on nous propose et nostre vie, que chacun s'em-
ploye là '. »
Naturellement ces mêmes comparaisons se retrouvent dans les autres ouvrages de notre Réformateur.
2. Mais tenons-nous en à ce qui est dit du chant, — du cantique, — en particulier.
« Nous ne disons pas, déclare Calvin, que la parolle ou le chant ne soyent bons, » au contraire, et il ne pose qu'une condition : « Nous les prisons très bien [quin pntius valde commendainus)^ moyennant qu'ilz suyvent l'affection du cœur (animi affectiim) et servent à icelle. » La condition est-elle exagérée ou inutile ? A cette condition, Calvin recommande le chant pour deux raisons.
La parole ou le chant « aydent l'intention (meniem) de l'homme, fragile et facile à divertir {lubrica et versatilis)^ si elle n'est en toutes sortes confermée {nisi vaviis fulciatur adminiciilis), et la retienent en la cogitation de Dieu. » — « D'autant que tous noz membres, chascun en son endroict, doivent glorifier Dieu, il est bon que mesmcment la langue, qui est spécialement créée de Dieu pour annoncer et magnifier son nom, soit employée à ce faire, soit en parlant ou en chantant. Et principalement elle est requise aux oraisons qui se font publiquement, aux assemblées des chrestiens *. »
Le chant dans les églises est du reste fort ancien. Saint Paul « monstre qu'on doit chanter de cœur et de langue » [voce et corde), et « il loue les chansons spirituelles [cantilenas spiritiiales), par lesquelles les fidèles s'édifient entre eux. »
I. Sermons sur le Dcutéronome . Opéra X.XVI, p. 66i. — â. Sermons sur la première à Tiiiiothce. Opéra LUI, p. 191. — :i. Ibid., p. 542. — i. Ibid., p. 652. — 5. Serinons sur la seconde c'pi/re à Tiniolhce. Opéra LFV, p. 40. — 6. Sermons sur l'épitre à Tile. Opéra LIV, p. 386. — 7. Ibid., p. 51 S. — 8. B', p. 541- IH, XX, 31.
Calvin continue : « Ht certes si le chant est accomodé à telle gravité qu'il convient d'avoir devant Dieu et devant ses anges, c'est un ornement pour donner plus de grâce et dignité aux louanges de Dieu ; et est un bon moyen (pliirimum valet) pour inciter les cueurs, et les enflamber à plus grand'ardeur de prier; mais il se faut tousjours donner garde que les aureilles ne soyent plus attentives à l'harmonie du chant [ad modulatiotiem), que les esprit/ au sens spirituel des paroles.... (>antl doncques on usera de telle modération, il n'y a nulle doute que ce ne soit une façon très sainctc et utile; comme, au contraire, les chantz et mélodies qui sont composées au plaisir des aureilles seulement {ad siiavitatem et oblectationem) ne conviennent nullement à la majesté de l'Eglise, et ne se peut faire qu'ils ne desplaisent grandement à Dieu '. »
Ici quelques remarques sont importantes. Ce texte date de i543. Or la même année, le 10 juin i543 (la nouvelle édition de V Institution avait paru en mars i543). Calvin ajoutait à la préface de la liturgie deux pages qui,^à partir de i545, allaient faire de la préface de la liturgie la préface du Psautier-. Ces deux pages en effet étaient ce qu'il y avait de plus remarquable dans la préface, et elles constituaient un éloge du chant et de la musique tel qu'on aj3u dire : Luther lui-même ne l'avait pas dépassé. C'est dans cette addition de i543 que Calvin dit : « L'usage de la chantcrie » dépasse l'enceinte de l'Eglise « s'estend mesme par les maisons et par les champs;» le chant doit nous être « une incitation et comme un organe à louer Dieu, » d'autant plus que, si les chansons ne sont pas bonnes et saintes, elles seront « déshonnestes et impudiques ». Le plaisir du chant est trop grand pour que l'homme s'en prive.
Et enfin viennent les paroles célèbres que nous avons déjà citées, où Calvm parle de la « volupté » que donne la musique, laquelle plus que tout au monde « tourne ou tleschit çà et là les mœurs des hommes; » où Calvin déclare parler par expérience: « De fait nous expérimentons que la musique a une vertu secrette et quasi incrédible à esmouvoir les cueurs en une sorte ou en l'autre. » La mélodie a une force particulière pour « transpercer le cueur « et y « distiller >. la
corruption '\
Quant au chant à quatre parties, nous avons- ailleurs montré que Calvin ne le condamne pas en soi : il condamne seulement l'abus qu'en fait la <> papisterie '*. »
1. 1543. III, X-X, 32. — -2. opéra VI, p. XVI. — •!• I/>id; VI, p. 170.
V m XX, 32. - La mention même du chant à quatre parties ne se trouve ni dans le texte latin de ,543, ni dans le texte latin de i559- - H est vrai qu'on a eu tort de dire (et nous l'avons dit nous-mêmc dans Jean Calvin, II, p. 520) que c'était une addition du traducteur de 1560, dont l'autorité n'est pas a 1 abri de toute contestation. Car cette mention se trouve déjà dans la traduction française de .545 (i545,P- 78?), restant à partir de ce moment dans le texte français (que Calvin ne revisait guère lui-même), mais ne s'introduisant pas dans le te.xte latin, que Calvin revisait lui-même soigneusement. - Amsi l'argument n prouverait rien s'il existait, et il n'est pas sûr qu'il exùste.
IFAN C.\LVIN IV
338 La vie chrétienne
Comme on pouvait s'y attendre, Calvin réclame enfin le culte en langue vulcraire : « Les oraisons publiques ne se doivent faire ne en langage grec entre les Latins, ne en latin entre Françoys ou Anglois..., mais en langaige commun du pays.... Qui se pourra assez esmerveiller d'une audace tant effrénée qu'ont eu les papistes, et ont encores, qui, contre la deifence de l'apostre, chantent et brayent de langue estrange et incongnue, en laquelle le plus souvent ilz n'entendent pas eux-mesmes une syllabe et ne veulent que les autres y entendent ? » 11 faut prier et chanter « de voix et d'entendement » {spiritii et inenté).
Ces mots vifs et populaires sont en général ajoutés par la traduction française. Le latin dit: verbosissimas preces rebnarc non fnrmidant. <> Il ne se peut faire que la langue sans le cœur [sine anima), soit en oraison particulière ou publique, ne soit fort desplaisante à Dieu. » Il faut que « Tardeur et véhémence du vouloir... oultrepasse tout ce que peut exprimer la langue. » Ainsi, en général, « les meilleures oraisons se font sans parler, » à moins que « l'affection du cœur soit si ardante (affectu mentis exsultante) qu'elle poulse et la langue et les autres membres [in gesticidationem enimpant), sans aucune affectation ambitieuse. » Telle fut la prière d'Anna, mère de Samuel. Calvin ajoute ce détail : « Les fidèles (sancii omnes) expérimentent journellement iperpctiio) en eux le semblable, quand, en leurs prières, ilz jettent des voix et souspirs sans y avoir pensé {dum in abruptas et concisas voces prosiliunt). y^ — Evidemment, Calvin, qui dit : t<nis les fidèles, ne s'exclut pas ici de leur nombre. Il faut donc nous le représenter jetant « des voix et des soupirs », « gesticulant » pendant qu'il était agenouillé pour prier: car pour lui l'agenouillement est la règle.
« Quant aux maintiens et faceons extérieures du corps, qu'on ha coustume d'observer (comme de s'agenoiller et de se deffuler '), ce sont exercices par lesquels nous nous efforçons de nous appareiller à plus grand'révérence de Dieu -. »
Autre part Calvin insiste: La coutume « de prier publiquement à genoux... est tellement humaine qu'elle est aussi isimiil) divine ^ » — « Y a-il une telle religion à fleschir le genouil {in genti/îexione), ou envelopper un corps mort. qu'on ne puisse laisser ces choses sans crime? Non certes.... Et n'y a nul empeschement qu'un malade, qui ne se peut agenouiller, ne prie tout droict. Finalement, s'il n'y a point de drap pour ensevelir un mort, il vaut mieux l'enterrer nud que de le laisser sans enterrer ''. »
On voit ce que Calvin rapproche, égalise, en fait de convenance !
1. Desfuler, desfublcr [désaffubler]. Sans régime indirect: se découvrir, ôter son chapeau, surtout pour saluer et en marque de respect. — i. Bf, p. 541, 542- HI, xx, 33. — .■). 1543 (>S-»5)- 'V, x, 29, 30. — 4. Jbici., 31.
Calvin en arrive ainsi à la prière dominicale, le modèle des prières. Nous pouvons (' cognoistre une très grande (immeiisam) bonté et doulceur » de notre Père céleste, en cela précisément « qu'il nous a baillé un formulaire d'oraison, auquel, comme en un tableau, il nous a mis en évidence tout ce qu'il est licite de souhaiter et désirer de luy ; tout ce qui nous peut servir et proftiter, et tout ce qui nous est bcsoing et nécessaire de luy demander. De ceste bénignité et mansuétude nous povons prendre une singulière consolation '. "
Laissant de coté les détails d'une exégèse riche et pratique, nous notons seulement trois points, caractéristiques, à des point de vue divers.
1. Les luthériens, conservant l'usage de l'Eglise catholique-romaine, comptent dans l'oraison dominicale sept demandes. Calvin n'en compte que six, partagées en deux groupes : les trois premières « spécialement destinées pour requérir la gloire de Dieu ; » les trois dernières « contenant spécialement les choses que nous devons demander pour noz nécessitez. » — Avec les « anciens docteurs», Calvin estime que: «Ne nous induis point en tentation, mais délivre-nous du maling » sont les deux « membres » d'une seule et môme « pétition "■'. »
2. Notre Père. Nous renvoyons à ce que nous avons dit déjà sur le dogme de la paternité divine (dogme, fait, sentiment), qui est pour Calvin le dogme, le fait, le sentiment primordial, fondamental.
« II s'appelle nostre Père, et veult estre de nous ainsi appelle, nous délivrans de toute defliancc, par la grande doulceur qui est comprinse en ce nom {tanta nominis suavitate). Car il ne se peut trouver nulle telle affection (tnillus major amoris affectiis) d'amour que d'amour paternelle ^ »
Père ! « Sur tous les pères, très bon et très pitoiable. » — « Et afin de nous donner plus de certitude que c'est à nous, si nous sommes chrestiens, qu'il est tel Père, il n'a pas voulu seulement estre de nous appelé Père, mais il a voulu nommément que nous l'appelions Nostre, comme si nous luy disions : Père qui es si doulx à tes enfans, et si bon à leur pardonner, nous, tes enfans, te requérons, estant asseurez que tu es nostre Père, qui n'as envers nous que paternelle affection et volunté, quoyque soyons indignes d'un tel père, quelque mauvaistée qu'ayons eue, ou quelque imperfection ou povreté qui soit en
nous ' »
3. Notre! Encore une fois, à l'encontre du préjugé qui reproche à l'ancienne orthodoxie de n'avoir eu de préoccupation que pour le salut personnel, individuel, Calvin insiste sur le mot : notre. Il nous est ici « baillé doctrine «, non pas
1. BF, p. 542, 543. m, XX, 34. - -'. Bf , p. 543, 544. Ibid.. 35. - :t. B"--, p. 545- Ibid., 36. — l. B^, p. 546. Ibid., 37. — Les deux dernières propositions manquent dans le texte latin.
que « chascun particulièrement l'appelle son Père, mais que plustost tous en commun l'appelions nostre Père, » et cela pour nous « admonester combien doibt estre fraternelle l'affection des uns envers les autres, qui sommes tous enfans communs d"un père. » L'oraison du chrétien doit donc être « commune » et comprendre non seulement « tous ceux qui luy sont frères en .lésus-Christ, » mais — voilà qui est à noter — « tous les hommes qui vivent sur terre, desquelz nous ne sçavons point ce que nostre Seigneur a déterminé de faire : mais seulement leurs devons désirer tout bien et en espérer pour le niieulx. » — Et le texte latin de i559 intercale ici une observation, négligée bien à tort par le traducteur de i56o: « Ce qui est non moins pieux qu'humain » {nnn minus piinn qiiam humanum). Ainsi le dogme de la prédestination ne change pas notre conduite vis-àvis des hommes. Car nous ignorons qui est prédestiné ou qui ne l'est pas. « En somme, toutes noz oraisons doyvent estre tellement communes, qu'elles regardent tousjours la communité que nostre Seigneur a mise en son règne et en sa maison '. » — Sans doute nous pouvons prier pour nous-méme, pour tel et tel, mais moyennant « que nostre affection ne s"cscarte et destourne de la considération du proffit et conservation de cestc communité, mais s'y rapporte entièrement "-. «
Du reste ce trait de la vraye prière exprimé par le mot notre est le trait commun aux trois dernières demandes: « Elles monstrent évidemment que les oraisons des chrestiens doivent estre communes {piiblicas) et tendantes à l'édification et proffit général de l'Eglise, et à l'advancement publique de la communion des fidèles. Car par icclles rcquestes nul ne demande que privément {priratim, à part, dit i56o) il luy soit donné; mais tous en commun nous requérons nosirc pain, que no{ péchés nous soyent remiz, que ne soyons induitz en tentation, mais que soyons délivrés du maling^ »
4. La quatrième requête est celle « où nous demandons à Dieu les choses qui nous conservent et qui subviennent à nos nécessitez,... généralement tout ce dont nostre corps a besoing pour son usage. » Ainsi nous nous donnons à Dieu « comme en charge (/// cjus curam)... pour estre de luy nourriz, entretenuz et conservez. Car ce très bon Père n'ha point en desdaing de prendre mesmes nostre corps en sa protection et sauvegarde, afin d'exercer nostre foy en ces basses et petites choses, quand nous attendons de luy tout ce qu'il nous fault, jusques à une myette de pain et une goutte d'eaue^ »
Ici Calvin repousse l'idée catholique-romaine qu'il s'agit du pain « supersubstanciel ». Ce faux mysticisme, ce faux ascétisme, que des théologiens protestants et modernes reprochent à Calvin de n'avoir pas dépassé, lui est parfaitement étranger. Il s'agit du pain réel, matériel, c'est-à-dire du pain qui nourrit notre corps; il s'agit de notre corps: « Si en ceste vie fragile et caduque nous n'attribuyons à Dieu office de Père nourricier, l'oraison manqueroit et seroit
I. ii', p. 540, 547. m. x.x, 38. — 2. Hr, p. 547. Ibid., 3y. ^ :). Bf, p. 559. Ihid., p. 47- - ''• ''' . P- 553- Ibid., 44.
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comme rompue en partie (mutila esset, serait mutilée) '. » Les enfants de Dieu doivent être spirituels, dit-on ! Encore une fois faux mysticisme, faux ascétisme ! « Comme si la bénédiction et faveur paternelle de Dieu ne reluisoit pas mesmes au boire et manger qu'il nous donne, ou qu'il fust escrit en vain que le service que nous luy rendons a les promesses tant de la vie présente que de celle qui est à venir » (ajouté en i55g)".
Le reste de lexégàse de cette requête n'est pas moins remarquable. Mais nous ne pouvons plus que reproduire la conclusion générale.
5. Cette prière est « l'oraison légitime ». Ce qui ne veut pas dire que nous sommes astreints « à ceste oraison et formulaire de prier, qu'il ne soit licite d'en changer une syllabe, ne d'user d'autres paroles en priant •'. »
Prions librement, tout en sachant « que à tous toute espérance est bien ostée de pouvoir inventer autre meilleur formulaire d'oraison; » et prions sans cesse, tout en nous constituant « en nostre particulier certaines heures, lesquelles ne passent point sans oraison, et qu'en icelles toute l'affection de nostre cœur y soit entièrement appliquée (et qiiœ tntos animi ajfectiis iii hoc pciiitus occupatos habcant) '. » ,
I. 1559. m, XX. — 2. 1559. Ibid. — :!. Bf, p. 560. Ibid., 48, 49. — l. Bf, p. 561. Ibid., 50.