‹ Jean Calvin, les hommes et les choses de son temps (volume 4)Chapitre 91 sur 149 · APRÈS LA MORT · texte numérisé non relu

APRÈS LA MORT

royaume '. » — La réponse vaut, quelle que soit linterprétation que l'on adopte pour le mot paradis.

Rn résume: « I/csprit est l'image de Dieu, à la similitude duquel il a vigueur et intelligence, et est éternel. Et tandis qu'il- est en ce corps, il monstre ses vertus; et quand il sort de ceste prison, il s'en va à Dieu, du sentiment duquel il jouit, cependant qu'il repose en l'espérance de la résurrection bienheureuse; et ce repos luy est un paradis. Mais quant à l'esprit de l'homme réprouvé, cependant qu'il attend le terrible jugement sur soy, il est tormenté de ceste attente, laquelle l'apostre pour ceste cause appelle redoutable. S'enquérir plus outre, c'est se plonger dedans l'abysme des secrets de Dieu ■. »

En mourant, imitons donc le Christ, et recommandons nos âmes à Dieu ; imitons aussi saint Etienne, et remettons nos âmes en la garde de notre Seigneur Jésus. « De nous enquérir plus curieusement de Testât qui est entre la mort et la résurrection, il n'est ny licite, ni utile.... C'est folie et témérité de nous enquérir de choses incognues, plus haut que Dieu ne nous permet d'en s^-avoir.... Tenons-nous comme barrez en ces bornes que Dieu nous assigne ^. »

Calvin, selon son habitude, ne pose pas la plume avant d'avoir repris un à un tous les passiiges que ses adversaires ont invoqués. C'est un procédé qui fait honneur à son besoin de se rendre compte de tout, de ne laisser aucune objection sans réponse, mais qui est fatigant, et qui, aujourd'hui, nuit beaucoup à l'intérêt de ses discussions. De cette longue énumération, nous ne conserverons que deux traits. L'un est amusant : « Nous esplucherons maintenant les linges et drapeaux, ausquels ils emmaillottent les âmes endormies, et destremperont le pavot, lequel ils leur font avaller pour les endormir '\ » — L'autre trait, au contraire, est saisissant : c'est une de ces paroles qui trahissent tout à coup les sentiments personnels, d'habitude cachés, du Réformateur. Il s'agit du sentiment du péché. Calvin écrit : « Pensons un peu... quel Adam estoit du tout, quand il ouit ceste voix horrible : Adam, où es-tu ? Cela est plus facile à penser qu'à dire ; combien qu'on ne le puisse mesme penser, si quant et quant on ne le sent [ne cogitari quidam potest, nisi sentiatur )■'.... Je di qu'il n'est nullement besoin de parolles à ceux qui ont esté quelquefois picquetz [compimcti) du cautère de la conscience. Et ceux qui ne l'ont expérimenté [expcrti). qu'ils oyent les Escritures •*. »

On sent ici le langage de l'expérience.

Comment ressusciterons-nous ? — « Nous ressusciterons en la mesme chair que nous portons aujourd'huy. quant à la substance; mais non pas quant à la

1. Opuscules, p. 25. — s. Ibid., p. 27. — 3. 1559. III, xxv, 6. — 4. Opuscules, p. 28. — ."i. Opéra V, p. 204. — 6. Opuscules, p. 31.

JEAN CALVIK IV 44

qualité ', comme la mesme chair de Jésus-Christ, qui avoit esté oflFerte en sacrifice, estant ressuscitée, a eu autre dignité et excellence en soy, tout ainsi presque que si elle eust esté changée -. »

C'est la résurrection des corps. Nous avons déjà traité ce sujet. Ici nous nous bornerons à une seule remarque. Calvin use indifTércmmcnt des mots chair et corps. PZn réalité, il s'agit pour lui de la résurrection des corps. — C'est comme saint Paul, dans son fameux chapitre i Corinthiens XV, le fameux chapitre sur la résurrection : « Autre est la chair des hommes, autre la chair des bêtes.... Il y a aussi des corps célestes et des corps terrestres » (3o. 40). — Par résurrection de la chair, nous sommes donc bien autorisés à entendre résurrection des corps.

Tout cela dit. Calvin invite les fidèles à fixer leurs yeux sur cette résurrection finale et glorieuse, et « la méditation de la vie à venir, » dans laquelle on a vu surtout une négation de la vie présente, devient une « méditation de la résurrection » : « Nul n'a deuement, ne fermement proufité en l'Evangile, s'il ne s'est accoustumé de méditer continuellement la résurrection bienheureuse. » — Et si l'on a prétendu que la première méditation était triste, il est difficile de contester que la seconde ne soit « joyeuse ». « Quand nous avons les yeux ainsi arrestez en haut, et que rien ne les empesche ne retient yci-bas, » nous finissons par être « ravis d'une joye inénarrable et magnifique \ » — Que si on blâmait cette seconde méditation, comme on a blâmé la première, Calvin citerait une fois de plus saint Paul, oubliant tout ce qui est derrière lui pour courir vers ce but (Philip. III. 14); mais, dit-il, « nous sommes citoyens des cieux » (Philip. 111,20)*.

Naturellement, Calvin distingue la résurrection des élus et la résurrection des réprouvés. Mais, sur le ciel et sur l'enfer, il est d'une extrême sobriété.

De l'excellence du bonheur dont nous jouirons au ciel, « quand on aura dict tout ce que pourront exprimer toutes langues humaines, à grand'peinc en auraon touché la moindre partie ■\ » — Il n'en faut pas moins éviter de soulever des questions « frivoles et mauvaises, » et d'être « tousjours frétillans en appétit désordonné de plus sçavoir qu'il n'est licite. »

L'Ecriture enseigne qu'il y aura au ciel des différences: « la mesure de gloire ne sera point égale. » Tous n'auront pas comme saint Paul une foule de fidèles pour « gloii-e et couronne » ; tous ne siégeront pas, comme les apôtres, « sur douze thrônes » ; môme l'Ecriture promet « non seulement vie éternelle aux fidèles, mais aussi quelque loyer particulier en icelle. » Ainsi saint Paul demande « que Dieu rende à Onésiphore en ce jour-là les bienfaits qu'il avoit reçus de

I. « Nous retiendrons la substance de nostre corps, mais la qualité sera changée. » fif, p. 294. i. III, XXV, 8. — .1. III, XXV, I. — 4. € La rémunération des justes et punition des iniques sont tellement conjoinctes que l'une emporte l'autre. » Kf, p. 296. — "i. B'', p. 294. III, XXV, lo.

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